Une réforme, c’est dur

Opiniâtre et téméraire
(Photo AFP)

Le ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, éprouve de vives difficultés dans la mise en oeuvre de sa réforme des rythmes scolaires. Il fait face à l’hostilité des municipalités, confrontées à une réorganisation des cours et à des coûts supplémentaires, et à la colère des parents, qui ne voient pas, pour l’instant, les avantages de la réforme. Il répond qu’il ne peut pas être jugé sur les complications de gestion qu’entraîne un changement aussi profond, mais qu’il existe un consensus national sur la nécessité de répondre aux besoins de formation des élèves par un nouveau calendrier scolaire.

LA RÉFORME des rythmes scolaires est mal financée : l’enveloppe de quelque centaines de millions mise à la disposition des collectivités locales par l’État est insuffisante. Les éducateurs se querellent : les enseignants ne voient pas d’un bon oeil l’intrusion d’animateurs  dans des salles de classes qui ne sont pas toujours disponibles. Certains parents se plaignent de ce que le temps consacré à d’autres formes d’éducation que l’apprentissage de base soit stérile ou gâché. Les engagements financiers pris par le gouvernement ne sont valables que pour cette année et M. Peillon, ce matin, sur France Info, a été incapable de dire ce qu’il en sera l’année prochaine. Pour l’ancien Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, « on est passé du désordre à la pagaille et de la pagaille à la colère. J’accuse le gouvernement de casser l’école maternelle avec cette réforme mal préparée ». Selon Christian Jacob, président du groupe UMP à l’Assemblée « moins de vingt pour cent des communes se sont engagées » à appliquer la réforme.

Un brillant philosophe.

Il y a du vrai dans tout ce qui est dit. La réforme est mal partie. M. Peillon est un « brillant philosophe », comme le dit M. Jacob, et on connaît son opiniâtreté qui se traduit parfois par une périlleuse témérité. C’est un idéaliste qui a une vision complète de ce que doit être l’école républicaine et de la manière dont elle doit être mise au service des écoliers, puis des étudiants. Il n’est pas homme à reculer devant une détérioration grave du système d’éducation français qui conduit quelque 20 % des enfants à arriver au collège sans vraiment savoir lire ou écrire, ou compter. Lequel d’entre nous ne voudrait pas qu’il soit remédié à ce désastre indigne d’un pays comme le nôtre ?

M. Peillon a donc fait le bon diagnostic, en tout cas un diagnostic que partage avec lui l’opposition : son prédécesseur, Luc Chatel, avait établi un rapport entre des rythmes scolaires accablants et le piètre résultat de l’éducation. Dans l’opposition, il n’y a pratiquement personne pour défendre le statu quo. Nous mêmes, dans cette chronique, avions accueilli positivement la réforme des rythmes, et avions même suggéré l’inévitable, à savoir que les grandes vacances doivent être raccourcies, ce à quoi M. Peillon songe intensément.

Toujours douloureuse.

Par principe, une réforme est toujours douloureuse. François Hollande a fait une réforme cosmétique des retraites parce qu’il n’a pas voulu affronter la colère des groupes d’influence, syndicats et extrême gauche, à quelques mois des élections municipales. L’opposition elle-même ne saurait nier que, en s’élevant avec une telle vigueur contre les nouveaux rythmes scolaires qu’elle avait pourtant appelés de ses voeux, elle joue une carte électoraliste. Si un jour M. Peillon est désavoué par le Premier ministre ou par le chef de l’État, ce ne sera pas parce qu’il a tort, mais pour des raisons électorales. Il affirme avoir le soutien de Matignon et de l’Élysée, on verra jusqu’où et jusqu’à quand. Le vrai problème, c’est que le président envoie ses ministres à la bataille tous azimuts, mais qu’il n’a pas un sou pour financer tout un tas d’ambitieux projets. Si la droite n’a pas changé les rythmes scolaires, c’est parce qu’elle n’en avait plus les moyens.

Tout ça ne fait pas de M. Peillon un mauvais ministre ni de son projet un cataclysme. Les citoyens que nous sommes voudraient, en toute occasion, distinguer, dans l’action gouvernementale, le bon grain de l’ivraie. Les échéances électorales, la férocité de la bataille droite-gauche, les erreurs flagrantes de gouvernance et les scandales qui jalonnent la vie politique ne leur permettent pas toujours d’établir cette clairvoyante discrimination.

RICHARD LISCIA

 

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3 Responses to Une réforme, c’est dur

  1. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    Tout à fait d’accord…Pour une fois qu’un ministre du gouvernement actuel propose quelque chose qui va plutôt dans le bon sens!
    Qu’il ait le courage de bousculer encore plus le mammouth, et de réduire les vacances d’été des enseignants, en introduisant pour l’été une formule du type des zones scolaires, au moins pour les marges (avant le 14/07 et après le 15/08) : nos 2 mois estivaux de cessation d’activité sont complètement archaïques!
    Mais les enseignants ne veulent pas toucher aux « zavantages zacquis », comme la CGT dans d’autres corporations, et c’est comme ça que le mammouth est en train de crever de sa pléthore et de son obésité, dans une insuffisance cardiaque progressive, qui arrive au stade terminal.

  2. Levadoux dit :

    « Les éducateurs se querellent : les enseignants ne voient pas d’un bon oeil l’intrusion d’animateurs dans des salles de classes qui ne sont pas toujours disponibles. Certains parents se plaignent de ce que le temps consacré à d’autres formes d’éducation que l’apprentissage de base soit stérile ou gâché. »
    C’est bien là un des problèmes. On ose parler d’éducateurs et non plus de professeurs !
    Et on ose mettre sur le même plan « enseignants » et « animateurs » !
    On ose payer avec votre argent des animateurs à l’école!
    L’école, quelle école ? Elle existe encore et on apprend quoi ?
    Le réel problème, ce sont les élèves qui devraient compter sur l’école pour les instruire qui vont « rester sur le carrreau », les autres s’en sortiront toujours !

  3. Chambouleyron dit :

    Personnellement je ne me sens pas de taille à juger si la réforme de M. Peillon va dans le bon sens ou dans le mauvais ; mais si, de droite comme de gauche, les politiques semblent d’accord sur une réforme, c’est bien. Encore faudrait-il que les fonctionnaires de ce mammouth le soient. Enfin, comme à l’habitude, les moyens financiers ne suivent pas et cette patate chaude est renvoyée vers les maires qui n’en peuvent mais. Je me rappelle les années 70, sur la radio de ma voiture lors de visites aux malades vers 21 heures Lionel Jospin, ministre de l’Education nationale injectait déjà 275 millions de francs pour sa réforme. Allons, haut les cœurs, le prochain président nous concoctera une nouvelle réforme difficile à mettre en place !

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