Le FN n’est pas une fatalité

Laurent Lopez
(Photo AFP)

La victoire à Brignoles (Var) de Laurent Lopez, membre du Front national qui devient conseiller général dans le cadre d’une élection cantonale partielle, témoigne certainement de la bonne santé du Front, mais sa signification est quelque peu exagérée : Brignoles a toujours été une terre du ras-le-bol et de la protestation et, la crise aidant, le FN progresse un peu partout en France, ouvrant la voie au tripartisme. Rien ne prouve cependant que son succès à Brignoles indique un mouvement durable et irréversible.

PREMIÈREMENT,  le front républicain, contrairement aux attentes, a parfaitement fonctionné : le taux de participation a atteint 47,47 % , soit treize points de plus qu’au premier tour. On ne peut donc pas dire que l’électorat, en l’occurrence, ait été sensible à l’idée subtile de François Fillon de « voter pour le moins sectaire ».  Les électeurs de gauche et de droite se sont mobilisés, en nombre insuffisant il est vrai, pour faire barrage au Front. Deuxièmement, on a comparé Brignoles à Dreux où, en 1983, le FN avait remporté une municipale à la suite d’une alliance avec la droite classique. Ce n’est pas le cas de Brignoles  en 2013 : la gauche, absente du second tour, a passé la main à l’UMP, dont la candidate a obtenu 46 % des suffrages, preuve que des socialistes ont voté le rejet du Front. L’autre différence, c’est que le FN ne prend pas seulement des voix à la droite, il est porté par une fraction de l’électorat de gauche. Troisièmement, la mobilisation anti-FN a entraîné une tout aussi forte mobilisation pro-FN.

L’élection cantonale de Brignoles n’en déstabilise pas moins les esprits, sinon dans l’opinion, qui n’en fait pas une affaire d’État, mais chez nos dirigeants, comme Jean-Marc Ayrault, qui a cru bon de dénoncer l’absence de soutien de l’UMP à sa candidate, ce qui lui a valu une riposte méprisante de Jean-François Copé. Un peu de sang-froid serait utile pour mieux s’opposer au Front national. Et ce que l’on retiendra de cette agitation dans le landerneau politique, c’est que, en définitive, l’électorat fait mieux son travail que les partis.

Un danger.

Il n’y a pas en France de « diabolisation » de l’extrême droite. Elle constitue un danger pour les idéaux républicains, pour notre économie, pour nos institutions. En revanche, les déclarations politiques et les médias entretiennent une peur maladive dans l’opinion à propos du FN. Le « Nouvel Observateur » a publié jeudi dernier un sondage qui place le FN au premier rang, à 24 % des suffrages aux élections européennes de 2014. Le tout assorti d’un titre de couverture qui en dit long : « Le sondage qui fait peur ». Mais on peut se s’interroger sur la valeur d’une enquête d’opinion réalisée à neuf mois de la consultation, avec des têtes de liste incertaines et avant même que la campagne ait commencé. Sans compter que ce qui est vrai pour les élections européennes, faussement considérées par l’opinion comme une plébiscite pour ou contre l’Union, ne l’est pas pour les autres scrutins.

Il est relativement facile de se débarrasser de cette peur artificielle. Il suffit de refuser le Front en toute circonstance. Il n’est pas au-dessus des forces des partis de démonter la mécanique du Front et de montrer qu’il nous conduit au précipice. Enfin, il est souhaitable que des leaders d’opinion, par exemple M. Fillon, ne commettent pas l’erreur de considérer le FN comme un parti fréquentable. Ce qui s’est passé à Brignoles montre que le front républicain, s’il se reconstitue en chacune des circonstances, finira par marquer des points.

À Marseille, Samia Ghali.

Il y avait aussi à Marseille, hier, une primaire socialiste pour les élections municipales. La sénatrice Samia Ghali est arrivée en tête avec 25,25 % des voix, contre 20,65 % au député Patrick Mennucci. La ministre Marie-Arlette Carlotti, arrivée troisième (19,52 % des suffrages) est éliminée pour le second tour. Mme Carlotti a accusé ses rivaux d’avoir pratiqué le clientélisme avec des moyens exceptionnels. Elle passe donc pour une mauvaise perdante même si elle peut prouver ses dires. Le Premier ministre ne lui en demande pas tant (il lui aurait conseillé de ne point trop en faire), mais n’entend pas non plus la limoger. Elle reste donc au gouvernement. La victoire provisoire de Mme Ghali, également maire des quartiers Nord, apporte un peu de fraîcheur au chaudron marseillais où le degré d’insécurité rivalise avec le degré de corruption. Comme elle a du chien et semble sincère, on lui souhaite bon courage pour le second tour où son charme pourrait l’aider contre ce vieux routier qu’est M. Mennucci. Mais, bien sûr, les électeurs ne votent pas forcément pour les beaux yeux d’une candidate.

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to Le FN n’est pas une fatalité

  1. A3ro dit :

    Apparemment, vous ne pardonnez pas à Fillon ses déclarations sur le FN. Je vous comprends, moi non plus. Mais ses déclarations d’aujourd’hui dans « les Echos » me font dire qu’il a probablement fini d’expérimenter avec ce genre de phrases hasardeuses et qu’il a (enfin) compris ce que les gens attendent de la droite.

    Si le succès du FN peut être un électrochoc salutaire pour les partis républicains, eh bien, je crois qu’on a paradoxalement des raisons de s’en réjouir.

  2. dr bonsens dit :

    Cher Richard, si l’on comprend « idéal républicain » comme la recherche du bien commun, c’est le parti socialiste qui est un vrai danger et un poison mortel!
    En effet ce parti qui règne en maître sur les quatre pouvoirs (médiatique,exécutif,législatif,et judiciaire) n’a de cesse de s’attaquer rageusement aux fondements de notre société.
    – La famille, en la mettant sur un pied d’égalité avec des unions contre nature et en accentuant sur cette cellule de base de toute société une pression fiscale quasi confiscatoire (baisse du quotient familial, suppression du crédit d’impôt des lycéens et étudiants,suppression de la majoration de 10% des retraites pour les parents de trois enfants ou plus etc…
    – La protection de la vie, en légiférant au mépris de ses instants les plus fragiles : autorisation de recherche sur les cellules embryonnaires, bientôt l’euthanasie et l’on pourrait compter dans beaucoup d’autres domaines les méfaits du PS, danger bien réel et qui ne sévit pas que dans le Var.

    Réponse : la diabolisation du PS n’exonère pas le FN de ses propres tares

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