Amérique, royaume de l’absurde

Obama doit tenir bon
(Photo AFP)

Les Américains, les marchés, le monde sont provisoirement soulagés : il semble bien que le président Obama et le parti républicain soient en train de négocier un compromis sur le budget et le plafond de la dette (qui doit être rehaussé le 17 octobre au plus tard). Mais dans l’affaire, qui n’est pas la première du genre, les États-Unis et leurs institutions ont perdu leur crédibilité.

LE BUDGET et la dette des États-Unis ne constituent pas un domaine exclusivement américain : leur structure a une influence sur le monde entier. Les Chinois, qui détiennent quelque mille milliards de dollars de dette américaine, ont exprimé leur stupéfaction face  à un psychodrame voulu par le Tea Party, rassemblement d’élus populistes dont l’influence sur le parti républicain est démesurée et dont l’action politique se résume à exercer un chantage permanent sur l’exécutif. Les exigences de ces extrémistes, qui font de l’individualisme et du libéralisme économique une sorte de passion religieuse, sont sans rapport avec la ligne du parti républicain qui, malheureusement, ne les désavoue guère et voit dans leur contribution un moyen de saper la politique de Barack Obama, même si, de toute façon, il reste président jusqu’en janvier 2017.

Quel compromis ?

On nous dit qu’un compromis est en vue, mais à propos de quoi ? Les républicains veulent que M. Obama renonce à sa réforme de l’assurance-maladie, entrée en vigueur depuis le 1er octobre, alors qu’elle a été adoptée par le Congrès et entérinée par la Cour suprême, en échange de leur vote du budget et du rehaussement du plafond de la dette. Mais  l’Affordable Healthcare Act est une loi historique, un legs que le président veut laisser à la société américaine. On mesure la bêtise des opposants à cette loi quand les sondages montrent qu’il y a une majorité contre l’Obamacare et une majorité identique pour l’Affordable Healthcare Act, alors que c’est exactement la même chose. Le président ne peut pas renoncer à un progrès qui sera la marque de son second mandat. On pense donc à prendre des mesures transitoires qui, hélas, ne régleront rien : un budget voté pour trois mois seulement et dont il faudra renégocier le contenu ; et un nouveau plafond de la dette qui n’assurerait la solvabilité des États-Unis que pour un temps limité.

Les républicains jouent contre eux-mêmes : les sondages montrent que, si l’opinion est écoeurée par le comportement de ses élus en général, elle est plutôt remontée contre le parti républicain qui, à défendre les idées de ses intégristes, devient lui-même indéfendable, alors que la popularité personnelle de Barack Obama a récemment gagné quatre points, à 45 %.  Nombre de spécialistes de la vie politique américaine reprochent à M. Obama de n’avoir pas su préparer le terrain, de n’avoir pas négocié à temps ou de s’être montré intransigeant. Peut-être que les mêmes l’auraient trouvé faible s’il était passé sous les fourches Caudines d’idéologues au petit pied. Après tout, la position des républicains est illégale : il y a eu une majorité pour l’Obamacare et il n’y aucune raison démocratique de refaire une loi. Le Tea Party n’est pas moins sectaire, dangereux et violent que les djihadistes, qui,  convaincus qu’ils détiennent la seule et unique interprétation de la loi religieuse, tentent de l’imposer au reste du monde.

Plus d’État. 

Si la France a un urgent besoin d’infliger une cure d’amaigrissement à son État obèse, les États-Unis, inversement, ont besoin de plus d’État. Avec le Tea Party, on sombre dans l’absurde : le pays le plus riche du monde serait incapable d’organiser pour ses habitants le minimum de solidarité sociale, incapable de prendre les saines mesures qui diminueraient la criminalité, incapable de lutter contre le réchauffement climatique, incapable de procéder à une modeste redistribution des richesses alors que un pour cent des citoyens continuent à s’enrichir au détriment des 99 %. M. Obama n’est ni communiste, ni même social-démocrate. Un pays n’est pas puissant parce qu’il est capable d’aligner le plus grand nombre de bombes H et le plus grand nombre de porte-avions, mais parce que les gens qui y vivent sont plus heureux qu’ailleurs.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Amérique, royaume de l’absurde

  1. A3ro dit :

    Ah c’est si beau, si seulement la dernière phrase était vraie ! Mais c’est un peu angélique quand même. On pourrait dire qu’un pays est meilleur qu’un autre si ses habitants y sont heureux, mais la puissance ne dépend que de peu du bonheur des gens…

  2. Marc MARIN dit :

    Trés bon article

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