Expulsion et compassion

Haro sur Valls
(Photo AFP)

Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, est de nouveau l’objet d’une attaque en règle lancée par son propre parti parce qu’une adolescente kosovare du 15 ans et répondant au nom de Leonarda, qui vivait dans le Doubs, à Levier, a été interpellée et ramenée dans sa famille en vue d’une expulsion, conformément aux lois sur l’immigration. M. Valls a affirmé que la procédure a été respectée, mais il a quand même ordonné une enquête administrative.

IL Y A d’abord les faits. Ils sont difficiles à établir puisqu’il en existe au moins deux versions. Leonarda se trouvait dans un bus scolaire avec ses camarades de classe. Les gendarmes auraient fait arrêter le bus dans un parking, en auraient extrait l’adolescente et l’aurait ramenée dans sa famille. L’affaire a eu lieu le 9 octobre dernier et ce n’est que hier, le 15 octobre, qu’elle s’en transformée en scandale. Les associations, des membres éminents du parti socialiste, par exemple David Assouline, porte-parole du parti, ont demandé des comptes à M. Valls.  Bruno Le Roux, chef du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, a estimé qu’il ne fallait pas « aller chercher les enfants à l’école ». Des précédents existent : du temps de Nicolas Sarkozy, l’opinion avait été émue lorsqu’un grand-père maghrébin fut interpellé et expulsé alors qu’il attendait sa petite-fille à la sortie de l’école. Comme chacun sait, il ne faut surtout pas que la gouvernance socialiste ressemble de près ou de loin à la précédente.

Polémique interne au PS.

Humainement, les reconduites à la frontière sont très pénibles. La famille de Leonarda vivait en France depuis quatre ans et demi et aurait pu, au terme des cinq ans, demander la régularisation de sa situation. Sans doute le préfet du Doubs a-t-il voulu anticiper une telle demande. Mais on a moins dénoncé la décision d’expulser que les conditions dans lesquelles elle a été mise en oeuvre, bien que l’on ne dispose pas d’un récit précis et sûr sur la conduite des forces de l’ordre. Du coup, les insultes ont fusé : M. Valls a été traité d’ « ignoble ». Le PCF le juge « abominable ». Le Front de gauche réclame sa démission. On se demande quelles épithètes il faudra trouver pour les tueurs en série. La polémique a gagné tous les socialistes. Même le Premier ministre a réclamé des éclaircissements à M. Valls et Claude Bartolone, président de l’Assemblée a tweeté cette phrase immortelle : « Il y a la loi. Mais il y a aussi des valeurs avec lesquelles la gauche ne saurait transiger. Sous peine de perdre son âme ».

Une politique restrictive d’immigration est diamétralement opposée aux fameuses valeurs d’une gauche intransigeante. Si elle veut garder ses valeurs, elle ouvre grand ses bras à l’immigration. Si elle veut poursuivre les reconduites à la frontière, elle transige avec le principe d’amour du prochain. La posture par laquelle on adopte une loi démocratiquement tout en dénonçant ceux que l’on a désignés pour l’appliquer relève de l’hypocrisie pure ou de la perversité.

Un calcul politique.

D’ailleurs, on ne croit pas une seule seconde que l’affaire Leonarda oppose des garde-chiourme et des humanistes. Il s’agit, ni plus ni moins, pour la gauche du PS, d’affaiblir Manuel Valls, récemment sorti vainqueur de deux différends qu’il a eus avec la ministre de la Justice, Christiane Taubira, et avec la ministre du Logement, Cécile Duflot. La gauche de la gauche se réorganise avec l’objectif de donner un coup d’arrêt à son ascension politique, à sa connivence avec le président de la République, à son ambition à peine cachée de remplacer un jour Jean-Marc Ayrault à Matignon.

De sorte que l’humanisme affiché par les détracteurs de M. Valls n’est que le produit de leur cynisme. Ils font un calcul politique en prétendant défendre la veuve et l’orphelin. Ils transforment en affaire d’État une histoire qui, hélas, se reproduit tous les jours, comme s’il n’y avait pas de problème plus urgent à régler. Le ministre de l’Intérieur est assez intelligent pour comprendre ce qui bout sous le couvercle de la cocotte-minute : une pression pour qu’il modifie sa politique d’immigration, certes, mais aussi pour qu’il rentre dans le rang et ne devienne pas ce qu’il veut être, un recours.

RICHARD LISCIA

 

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