Pourquoi c’est Obama qui a gagné

Un sang-froid admirable
(Photo AFP)

L’accord conclu au Congrès entre démocrates et républicains n’est pas satisfaisant. En effet, s’il permet à l’économie américaine, paralysée depuis quinze jours, de redémarrer, il renvoie au début de février 2014 la résolution des problèmes fiscaux du pays, budget et endettement. Pourtant, c’est le président Obama qui a remporté cette manche essentielle. Voici pourquoi.

AIGUILLONNÉS  par les élus du Tea Party, les républicains exigeaient l’abandon de la réforme de l’assurance-maladie et d’autres coupes importantes dans les dépenses sociales. Ils n’ont rien obtenu sur ces deux points. En prenant en otage la machine économique américaine, ils ont créé un mécontentement qu’ils vont probablement payer lors des midterm elections de novembre 2014, quand il s’agira de renouveler un tiers du Sénat et la totalité de la chambre des représentants. C’est à la chambre que se situe le bastion du Tea Party et, même s’ils sont assurés d’être réélus grâce à un découpage électoral qui les favorise, ils ont fini par faire plus de mal au parti républicain qu’à Barack Obama. Le speaker de la chambre, John Boehner, a subi, à cause d’eux, une défaite dévastatrice et John McCain, ancien candidat républicain à la présidence, a fustigé une campagne anti-Obama purement idéologique et en définitive insoutenable.

Politique du bord de l’abîme.

La menace qui pesait sur les perspectives financières et économiques des États-Unis a causé des dommages irréversibles. Elle s’est traduite par la perplexité du monde, c’est-à-dire une méfiance particulière à l’égard du dollar ; elle aurait coûté 0,6 % du PIB, selon Standard and Poor’s : et le seul fait que, d’ici au début de février, le Congrès va examiner les moyens de rationaliser le processus budgétaire donne des sueurs froides à tous les acteurs économiques, américains ou étrangers. Cette incertitude n’est pas bonne pour M. Obama, mais l’électorat américain en fait porter la responsabilité au parti républicain. Le président des États-Unis, en revanche, garde intacte sa réforme de l’assurance-maladie qui est devenue une réalité depuis le 1er octobre.  Même si sa fermeté relève d’une politique du bord de l’abîme (mais qui croyait vraiment que l’affaire ne s’arrangerait pas à la dernière minute ?), elle aura été payante : il entend bien reconquérir la majorité à la chambre, ce qui renforcerait son pouvoir de décision pour les deux dernières années de son second mandat.

Rendez-vous en novembre 2014.

Obama, face à des démagogues quelque peu demeurés (ce sont des gens qui se tirent une balle dans le pied de façon répétitive), n’est pas celui qui a flanché quand il a fallu intervenir en Syrie. Il a laissé pourrir le conflit avec les républicains et il les a placés devant leurs propres responsabilités. Le sang-froid exceptionnel dont il a fait preuve nous laisse entrevoir sa stratégie pour la suite : il abordera la prochaine crise avec la même maîtrise. Tout en disant aux Américains qu’il entend donner à la négociation et aux compromis la place qu’ils méritent, il veut laisser les républicains se suicider dans un nouvel affrontement impopulaire. Comme toute démocratie parlementaire, l’Amérique se gouverne au centre, ce que le Tea Party, dont l’essence est extrémiste, ne comprendra jamais. Les dirigeants républicains modérés en ont assez d’être à la traîne d’une minorité qui a contaminé leur mouvement et, au fond, leur tâche urgente sera de circonvenir ou même de se débarrasser d’une faction plus dangereuse pour eux-mêmes que pour leurs adversaires démocrates.

RICHARD LISCIA

 

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One Response to Pourquoi c’est Obama qui a gagné

  1. A3ro dit :

    « Toute démocratie se gouverne au centre » : une évidence pas si évidente pour nos propres partis politiques, tous si enclin à se réclamer compatibles avec leurs extrêmes respectifs.

    L’estimation de 0.6 point de PIB me semble particulièrement haute : après tout, ce n’est pas l’économie entière qui était paralysée, juste l’administration, qui est relativement peu présente aux Etats-Unis. Même si le pays avait été figé sur place pendant 2 semaines, la perte n’aurait été que de 2/52*3% = 0.12 % de PIB. A moins que le pays soit entré en récession accélérée pendant ces 2 semaines, cela me parait très haut.

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