La fracture socialiste

Un échec de plus
(Photo AFP)

Au-delà d’un cas individuel que le chef de l’État a cru bon de traiter personnellement pour aboutir une décision qui lui vaut aujourd’hui les critiques acerbes de presque toute l’opinion, l’affaire Leonarda aura été la paille qui brise le dos du chameau, l’incident de parcours qui aura révélé, dans toute sa gravité, la fracture du PS. Pis, la fracture du pouvoir.

LES FAITS eux-mêmes ne méritaient ni l’émotion collective, sans doute recherchée par quelque association obscure ou quelque militant déterminé tentant de provoquer le gouvernement, ni le traitement que nos dirigeants ont cru utile de lui apporter. L’expulsion a eu lieu dans des conditions tout à fait légales et, si le rapport administratif évoque « un manque de discernement » chez les policiers qui sont allés trouver Leonarda dans son bus scolaire, c’est pour exprimer, non sans un peu de lâcheté, l’impartialité de ses auteurs : en dépit de ce qu’ils écrivent, il était évidemment impératif que la famille Dibrani fût réunie avant d’être renvoyée au Kosovo. Des milliers d’immigrés clandestins se noient au large de Lampedusa ou de la Sicile, et, tout à coup, la France n’a de coeur et d’yeux que pour le cas d’une famille qui, au terme de quatre ans et dix mois de séjour dans notre pays, a échoué dans tous ses recours.

Il y a des cas plus douloureux.

La suite a montré que, enhardis par une médiatisation énorme, Leonarda et son père ont pris à partie le président de la République française (« Hollande, c’est n’importe quoi ! », a déclaré Resat Dibrani, qui a vite appris le langage de la contestation telle qu’il est utilisé en France) . Aussi grave que soit l’interruption de l’apprentissage d’un enfant, il y a des cas plus douloureux que celui de la famille Dibrani. Mais peu importe. François Hollande, en confirmant l’expulsion mais en offrant à Leonarda de revenir, pour aussitôt essuyer un refus de la jeune fille, s’est ridiculisé. A-t-il seulement le droit d’ignorer une mesure d’expulsion mise en oeuvre conformément à la loi ?

Tout ce que l’on a appris depuis près d’une semaine de cette affaire et des personnages qu’elle met en scène n’a aucunement changé le point de vue d’une partie des élus socialistes, de la gauche mélenchoniste, du PC et des Verts ; et, une fois de plus, les insultes ont fusé : « scandaleux », « abject », « idiot ». Pas un de ces parangons de vertu ou d’intelligence qui se souvienne qu’il doit peut-être son poste électif à la victoire de M. Hollande en 2012. Pas un qui ait le courage de dire si les pancartes lycéennes où l’on pouvait lire « Hollande, démission » amorçaient une bataille au terme de laquelle le chef de l’État élu pour cinq ans serait chassé de l’Élysée. Pas un qui ne se soit demandé si une politique d’immigration, aussi généreuse soit-elle, ne doit pas comporter une forme de fermeté. Ce qui est grave, c’est que la gauche de la gauche y croirait presque, comme si un chaos consécutif au fiasco ne favorisait pas l’arrivée au galop de l’extrême droite, trop heureuse de prospérer sur cette chienlit. Bref, la gauche fait, elle aussi, tout ce qu’elle peut pour assurer le triomphe du Front, comme si elle s’inspirait du très mauvais exemple que la droite donne en la matière.

Une crise morale.

C’est que M. Hollande, une fois de plus, n’a pas compris que sa politique du compromis, autre manière de ne pas décider ou de prononcer en toute occasion des jugements de Salomon, est ce qui irrite le plus ses concitoyens. De sorte que, à une crise rude et longue qui nous secoue tous depuis plus de cinq ans, et dont les retombées radioactives continuent à nous empoisonner, s’ajoute une crise morale, institutionnelle, politique qui nous plonge dans l’incertitude, la perplexité et parfois dans le désespoir.

Il reste que, en dépit de la décision très imparfaite du président, il est le seul rempart contre la tornade démagogique qui vient de s’abattre sur le pays. On voudrait non pas une bataille qui ruinerait tout le monde et dont seul le FN profiterait dès lors que la droite classique s’embourbe chaque jour un peu plus dans ses conflits d’ego, mais un président qui, sous le coup d’une colère légitime, tranche une fois pour toutes et impose sa volonté à des hommes voués à saper sa gestion de l’intérieur ; qui en finisse avec des « amis », y compris Mme Trierweiler, insensibles à l’intérêt général et portés par l’émotion plutôt que par un programme ; qui devienne enfin autoritaire.

RICHARD LISCIA 

 

 

 

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One Response to La fracture socialiste

  1. Roland MIARD dit :

    Hollande parvenu à la présidence de la république est une belle illustration du principe d’incompétence de Peter : on monte toujours dans une hiérarchie jusqu’à un niveau de trop !

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