Écoutes : l’Europe se fâche

Merkel et Hollande à Bruxelles
(Photo AFP)

Les Américains commencent à se sentir mal à l’aise. Après avoir minimisé les révélations d’Edward Snowden sur les écoutes illégales que la National Security Agency (NSA) pratique contre des pays amis de l’Amérique, ils se rendent compte aujourd’hui que le mécontentement des Européens, sans atteindre un point critique, doit être traité promptement et, si possible, efficacement.

LA PRESSE américaine s’était livrée à des commentaires goguenards sur la naïveté présumée des Français au sujet des écoutes électroniques de la NSA. À l’entendre, nous reprocherions aux États-Unis ce que nous ne sommes pas capables de faire, argument qui ne cadre guère avec l’idée, très répandue, que tout le monde écoute tout le monde. Les commentateurs américains devront changer de ton, si ce n’est déjà fait. Angela Merkel, souvent classée par les magazines d’outre-Atlantique comme « la femme la plus puissante du monde » s’est fâchée tout rouge. Du coup, elle a trouvé en François Hollande un allié naturel puisque les premières révélations de Snowden concernaient les écoutes concentrées sur la France. Entretemps, on a appris que la NSA avait eu le front d’écouter le téléphone portable de la chancelière, puis que 35 chefs d’État ou de gouvernement étaient régulièrement surveillés.

Le terrorisme a bon dos.

Barack Obama est peut-être débordé par ses services, mais il ne les a pas désavoués. Ses conseillers continuent à plaider en faveur d’une lutte intense contre le terrorisme qui passe, bien sûr, par la surveillance électronique. Cependant, il est difficile de croire que la chancelière allemande ou la présidente du Brésil, qui a annulé un visite officielle aux États-Unis quand elle a appris qu’elle était écoutée, sont des femmes dangereuses pour la sécurité du peuple américain. Il est donc logique que les Européens réunis au sommet de Bruxelles hier et aujourd’hui, demandent des comptes à la superpuissance.

Un premier geste de Washington : Lisa Monaco, conseillère de M. Obama pour la sécurité intérieure, a reconnu que les révélations à répétition depuis juin dernier « ont créé des tensions considérables dans nos relations avec certains de nos partenaires étrangers les plus proches ». Mais le seul moyen de remédier à cet imbroglio diplomatique, c’est de faire en sorte que cessent les écoutes de tous les dirigeants et élus des pays amis des États-Unis.

Déclin ou pas ?

Toutefois, les Européens se sont bien gardés de brandir leurs armes, dont la plus efficace aurait été la suspension des négociations sur un immense accord de libre-échange entre l’Amérique et l’Union européenne. C’est dire que les 27 se contenteront de promesses formelles de Barack Obama. Elles ne seront crédibles que si les dirigeants américains admettent que l’affaire n’est pas une plaisanterie tout juste bonne à exciter les moqueries d’une presse souvent anti-française, dont les accents sont d’ailleurs comparables à l’anti-américanisme qui suinte de tous les propos que l’on tient en France dans la presse et même au niveau des élus. Ce qui appelle une autre réflexion : ce sont les mêmes qui, dans notre pays, annoncent le « déclin » américain avec une multitude d’arguments et qui dénoncent, tout en même temps, l’hégémonie d’une puissance tellement riche et pourvue de moyens exorbitants que les 500 millions d’Européens seraient incapables de lui tenir tête. Faudrait savoir.

Le sommet d’hier et d’aujourd’hui aurait donc pu être celui d’une relance de l’Union. Il n’en a rien été. Mme Merkel ne formera sans doute pas son gouvernement de grande coalition avec les sociaux-démocrates avant la fin de l’année ; plusieurs dispositions plus urgentes qu’on ne croit restent donc en suspens. Il y a beaucoup à faire dans le domaine bancaire, dans le rapprochement économique et fiscal, dans le contrôle du fonctionnement des banques, toujours libres de jouer à la roulette l’argent contenu dans les comptes courants. Et dans la lutte contre le chômage. Seul point positif : on a abordé le sujet sensible  de l’immigration. Après les drames méditerranéens, tout le monde veut une politique décente d’accueil des immigrés clandestins qui ne doivent pas mourir parce qu’ils croient trouver le paradis en Europe. Reste à trouver les moyens de cette politique.

RICHARD LISCIA

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