Otages : la bonne nouvelle

Les otages avec M. Le Drian et le président Oussoufou
(Photo AFP)

La libération de Thierry Dol, Daniel Larribe, Pierre Legrand et Marc Féret, ces quatre hommes détenus par des djihadistes pendant trois ans au Mali, est une sujet de liesse nationale, un espoir pour les sept otages français encore aux mains de leurs ravisseurs au Mali, au Nigeria et en Syrie, une source rare d’optimisme pour les Français accablés par la conjoncture économique et sociale. C’est aussi une chance pour François Hollande, pas fâché, en ces temps d’impopularité, de redorer son blason.

LA DISPONIBILITÉ des ministres Jean-Yves Le Drian et Laurent Fabius, pour les journalistes, le choc de la nouvelle inattendue, l’effort prodigieux de communication fourni par le gouvernement ont pleinement contribué au message de confiance que le pouvoir a voulu adresser aux Français. Il est en effet impossible de ne pas partager la joie des ex-otages et de leurs familles après l’épreuve longue et cruelle qu’ils ont subie. De même qu’il est impossible de ne pas percevoir le tour de force accompli par François Hollande : quand il a lancé l’offensive au Mali, les familles craignaient à juste titre que leurs proches fussent des cibles tout désignées. Non seulement le président a réussi à libérer le Mali, mais ses services ont reconstitué les réseaux permettant de négocier avec les ravisseurs ; et la libération est intervenue au moment même où l’armée française participe à une opération destinée à « nettoyer » les poches insurrectionnelles qui menacent la stabilité du Mali.

La droite s’incline.

M. Hollande a donc administré la preuve qu’on peut tenir tête aux mouvements terroristes sans compromettre la vie des otages. Personne ne pouvait en être sûr. D’aucuns pensent encore que l’action militaire de la France au Mali a retardé leur libération. Mais le résultat est là : la France a permis que s’installe à Bamako un pouvoir démocratique issu des élections, elle a écarté la menace terroriste, elle protège encore la région et elle a obtenu tout en même temps que les quatre détenus lui soient rendus. L’opposition,  qui attaque le gouvernement tous les jours, parfois sur des dossiers où sa propre responsabilité est engagée, comme l’écotaxe, ne peut, cette fois, que rejoindre le choeur des laudateurs.

Une rançon a-t-elle été versée ? Non, répondent MM. Le Drian et Fabius, qui ne mentent qu’à moitié: comme pour faire une suggestion, ils insistent sur le rôle « essentiel » joué par le président du Niger, Mahmadou Issoufou, qui aurait fait de la libération des otages son affaire personnelle. C’est peut-être lui qui a payé la rançon, évaluée par certaines sources à quelque 20 millions d’euros, étant entendu que les accords sur l’uranium avec Areva doivent être renégociés à des conditions sans doute plus avantageuses pour le Niger.

Le chef de l’État ne peut cependant compter que sur un répit de très courte durée. Il sait fort bien que ses exploits géopolitiques n’ont pas amélioré durablement sa popularité qui, aujourd’hui, ne dépasse pas les 26 % dans les sondages les plus favorables. Il est plongé jusqu’au cou dans une série dramatique de problèmes pratiquement insolubles. Sa technique de gestion, faite de décisions rapidement amendées ou abandonnées, ne produit aucun résultat. La question porte moins sur le fameux « matraquage » fiscal que sur le fait que, à l’heure qu’il est, la hausse des impôts est devenue une fin en soi, qui ne diminue par les déficits et la dette, ne favorise pas la croissance et augmente le taux de chômage.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Otages : la bonne nouvelle

  1. Herodote dit :

    Sur le versement d’une rançon aux ravisseurs, la chose est évidente, sauf à croire ces derniers soudain pris de compassion! Mlle Diane Lazarevic, fille du cinquième otage manquant, (« C dans l’air » du 30 octobre) retient le rôle déterminant de l’argent qui a fait défaut pour son père.
    Accessoirement, n’y a-t-il pas une contradiction entre affirmer : « Le président a réussi à libérer le Mali.. » et ajouter plus loin… « au moment même où l’armée française participe à une opération destinée à «nettoyer » les poches insurrectionnelles qui menacent la stabilité du Mali. » ? Il faut donc attendre encore un peu pour la libération du Mali.
    Dans les deux cas le rôle prestigieux prêté à notre diplomatie semble devoir être revu à la baisse.

  2. Bitard Claude dit :

    On aurait pu ajouter un bémol.
    Pourquoi, -si ce n’est, cette fois, pour profiter d’un évènement arrivant fort opportunément-, cette habitude, française, d’envelopper les retours d’otages d’un célébration officielle, enflée de flons flons d’émotion, de mots pompeux et souvent convenus ? Il n’est pas sûr, – à observer l’otage qui se voile le visage, les barbes ou vêtements derrière lesquelles on se cache comme derrière des lunettes solaires ; tout simplement, peut-être, pour s’assurer une transition acceptable vers ce retour à la civilisation-. On peut penser que la plupart préfèreraient regagner leur domicile en se passant de cette étape « éblouissante »…
    Au risque d’être taxé de cynisme, j’ajouterai qu’ils n’ignoraient certainement pas les risques courus, en acceptant ce travail.
    Faut-il pour autant les traiter en héros ?

    Réponse : oui, ils connaissaient les risques. C’est peut-être la raison pour laquelle il faut les traiter en héros. On choisit parfois son métier mais rarement son poste de travail.

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