Haro sur Ayrault

Ayrault résiste

La commémoration du 11 novembre, pendant laquelle le président de la République a été conspué sur les Champs-Élysées par quelques factieux d’extrême-droite (73 interpellations, 4 arrestations) s’est traduite par de nouveaux craquements au sein de la majorité. Cette fois, le député PS Malek Boutih s’en est pris au Premier ministre dont il souhaite la démission.

M. BOUTIH estime que, pour le moment, le chef de l’État n’est pas en cause, mais que, s’il ne procède pas un vaste remaniement gouvernemental avec changement de Premier ministre, « sa personne et sa légitimité seront mises en cause ». M. Boutih exprime depuis longtemps son scepticisme face à l’action politique du gouvernement. Sa prise de position lui a valu, comme il se doit, une bordée d’injures tirée par son propre camp. Il la maintient en rappelant que les institutions de la Vè République prévoient le changement de gouvernement comme instrument destiné à apaiser une crise. Il n’a pas tort. Sauf que, en l’occurrence, Jean-Marc Ayrault applique à la lettre le programme voulu par le président. « J’ai une tâche difficile à accomplir, rien ne m’impressionne », a déclaré M. Ayrault ce matin. Autrement dit, il ne bougera pas parce que M. Hollande ne lui demande pas de partir.

Valls ou Aubry ?

M. Boutih, invité par « le Parisien » à suggérer des noms de Premiers ministres possibles, évoque ceux de Manuel Valls ou de Martine Aubry. Ces deux personnalités sont aux antipodes idéologiques. C’est le problème spécifique de cette crise qui est maintenant plus politique que sociale. Dans le magma en fusion du mécontentement populaire, il y a ceux, les plus nombreux, qui voudraient que l’on rase gratis, moins d’impôts et plus de dépenses. Il y a les autres, les moins nombreux, qui estiment que la relance de l’économie passe par une réduction de la dépense et une réindustrialisation. Les effets de la seconde méthode ne seront pas immédiats et ne répondront à l’impatience populaire qu’à long terme. Toute la question est de savoir si le pays peut tenir un ou deux ans, pendant un psychodrame accompagné de violences, d’usure des institutions, de destruction de biens publics.

Le choix de Martine Aubry serait, de ce point de vue, celui d’une aventure dans laquelle M. Hollande n’est pas prêt à s’engager. La maire de Lille s’empresserait d’alléger le fardeau qui accable les pauvres et la classe moyenne, elle ne réduirait la dépense que parcimonieusement, elle introduirait, pour reprendre sa propre phraséologie, beaucoup de compassion dans les rapports sociaux. Elle guérirait le pays de sa crise de nerfs, mais l’environnement monétaire, européen et mondial interdit ce choix. Mme Aubry n’est ni l’ennemie de l’euro ni celle de l’Union. Il n’empêche que la dépense sociale est un engrenage infernal. Connaissant sa sincérité et son intégrité, on peut être certain qu’elle n’accepterait de prendre les rênes du gouvernement que si elle obtenait des garanties du président.

La sortie de Martin Schultz.

Le mouvement qu’elle représenterait est moins faible qu’on ne le croit. Ce matin, Martin Schultz,  social-démocrate allemand, président du Parlement européen, candidat à la présidence de la Commission de Bruxelles (ce qui agace Angela Merkel), a apporté de l’eau au moulin de la gauche du parti socialiste français. Il estime que la dépense publique ne constitue pas le mal absolu, qu’elle créée des emplois, qu’elle permet elle aussi une reprise économique. Il n’est donc pas hostile au programme de M. Hollande. Ses déclarations sont paradoxales. C’est son parti, le SPD, qui a lancé les grandes réformes qui ont fait de l’Allemagne le géant économique d’aujourd’hui. Ces réformes se sont traduites par une politique de l’offre qui a comprimé les salaires et donc augmenté la productivité ; et fait de l’Allemagne le plus grand pays exportateur du monde, devant la Chine (en proportion du nombre d’habitants). Donc, M. Schultz ne voudrait pas pour la France ce qui a si bien réussi à l’Allemagne. Faut-il l’écouter?

RICHARD LISCIA 

 

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One Response to Haro sur Ayrault

  1. Chambouleyron dit :

    Votre chronique est limpide. Je crois que le psychodrame est de rigueur.

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