Ayrault reprend la main

« Ma main ne tremble pas »
(Photo AFP)

« Ma main ne tremble pas ». Par cette figure de style, le Premier ministre a signifié ce matin sur France Info que le temps des reculades du gouvernement était révolu. Il confirme que l’écotaxe, réaménagée dans le cadre d’une concertation, sera bel et bien appliquée, que le gouvernement ne renoncera pas à sa réforme des rythmes scolaires et que la TVA sera augmentée au début de l’année prochaine, comme prévu.

JEAN-MARC AYRAULT, pour une fois, s’est moins montré attaché à la « défense des valeurs républicaines » qu’à démontrer que nécessité fait loi. Il a renvoyé les critiques de son propre camp dans la catégorie des individualistes qui cherchent « leur quart d’heure de gloire ». Il a prétendu ignorer le tempo imposé par les élections municipales qui ont lieu dans quatre mois. Il a reconnu que le pays traversait des temps difficiles, avec une abondance de souffrances humaines. Mais il a rappelé que la France consacre chaque année 50 milliards au service de sa dette, soit plus que le budget de l’Éducation nationale et qu’il fallait bien rembourser les emprunts.

Quelques illusions.

Le Premier ministre a donc accompli une petite prouesse que l’on n’attendait plus de lui. Derrière les mots de son discours, on pouvait percevoir les sous-entendus : où nous mène  la contestation de tout et par tous, sinon à un chaos dont nous risquons de ne plus nous relever ? Quelle est l’alternative ? Un changement de gouvernement ? Mais pour appliquer quelle nouvelle politique ? Une dissolution ? D’une part, ce n’est pas le pouvoir qui va se faire harakiri et, d’autre part, personne n’aperçoit, dans l’opposition, l’unité et le programme de gouvernement susceptibles de nous rassurer. En outre, dans une période aussi critique, on peut douter de l’efficacité d’une cohabitation. Pour la droite et le centre, une meilleure stratégie consisterait à gagner les municipales, à éviter un désastre aux européennes et à se préparer sérieusement à l’alternance en 2017,  après avoir choisi son chef de file, ce qui ne sera ni facile ni rapide.

Là-dessus, la Commission européenne a donné son blanc-sein au projet de budget du gouvernement français, après avoir avoir, pendant quelques semaines, exprimé diverses critiques relatives à l’insuffisance de la baisse de la dépense publique. Le débat sur le rapport hausse des impôts-diminution de la dépense est clos. « Le projet de budget, affirme la Commission, est validé », et le gouvernement a pris « les mesures nécessaires pour corriger le déficit en 2013-2014″… « L’effort structurel est très proche des objectifs fixés ». La France a choisi des moyens termes pour tenir compte d’un mécontentement populaire qui, parvenu à un certain degré d’hystérie, risque de créer des désordres irréparables. C’est ce à quoi nous devons tous penser : les fameux « bonnets rouges » de Bretagne se sont-ils arrogé des droits qui frisent la délinquance fiscale ? Les hausses d’impôts, y compris celle de la TVA, méritent-elles que des corporations mettent à bas ce qu’il reste de dynamisme économique en France ? Le gouvernement devait rappeler qu’il suit une ligne de crête terriblement étroite et qu’une contestation trop systématique de tout ce qu’il fait risque de nous plonger tous dans le précipice.

Les excès du Front national.

Enfin, la multiplication des insultes lancées contre le pouvoir, avec les attaques ignobles contre la ministre de la Justice, a choqué beaucoup de Français qui se situent dans l’opposition ou se sont élevés contre la politique gouvernementale. L’extrême droite a joué contre elle-même en se transformant en épouvantail. Elle nous a rappelé ce qui fait son essence, l’intolérance et la haine. Elle nous a prouvé qu’elle n’est pas du monde auquel appartient la très grande majorité des Français. Affaibli, certes, le gouvernement actuel est aussi le gardien des institutions. Il n’est pas du tout certain que, avec un gouvernement différent, les Français paieraient moins d’impôts et trouveraient plus d’emplois. Il reste à M. Ayrault et à son équipe à apporter des résultats. Leurs mesures paraissent d’autant plus injustes que les sacrifices qu’elles exigent ne sont, à ce jour, compensés par aucune amélioration du sort des Français.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Ayrault reprend la main

  1. Besancenot Jean-François dit :

    Cet éditorial est tout à fait remarquable : enfin un peu d’honnêteté, d’intelligence et de lucidité parmi ce fatras insensé d’imbécilités et de contre-vérités déversé à flux continu par journaux, blogs et émissions TV…
    Bravo et merci, M. Liscia

  2. Le PS possède toutes les majorités (Elysée, AN, Sénat, régions et principales grandes villes). On peut même évoquer un certain « pouvoir absolu ». Il est donc inévitable qu’il devienne, dans l’opinion publique, responsable de tous les maux des Français-e-s, même si c’est faux. Prévenir un cinglant retour de bâton extrême-droitier, prévisible car le net rejet de la droite sarkozyste est encore dans les mémoires, serait peut-être judicieux.

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