Le tireur fou et la presse

Un visage reconnaissable
(Photo AFP)

Un homme armé a blessé grièvement hier un assistant photographe à « Libération », s’est ensuite rendu à la Défense où il a menacé le siège d’une grande banque, a pris en otage un automobiliste pour aller aux Champs-Élysées. Il a dit à l’otage qu’il sortait de prison, qu’il était « prêt à tout », qu’il avait une grenade. Il est recherché par toutes les polices, on le voit assez clairement sur des vidéos, il court toujours.

L’ÉMOTION dans le pays est considérable. Le jeune homme d’une vingtaine d’années qui a pris une balle dans le poumon est dans un état alarmant. En fin de semaine dernière, le même individu avait mis en joue un rédacteur en chef à BFM-TV.  Son esprit est confus, ses motivations ne sont pas cohérentes, mais il est très dangereux. Il s’en est suivi une vive réaction dans les rédactions parisiennes dont les représentants, avec l’approbation de la ministre de la Culture, Aurélie Filipetti,  ont réaffirmé avec force qu’il s’agissait d’une atteinte intolérable à la liberté de la presse, et que les journaux ne pouvaient pas être « bunkérisés ». Mais le public déplore surtout le sort réservé par ce criminel à une victime totalement innocente. Il est peu probable que cet homme dérangé ait le dessein de s’en prendre aux journalistes plutôt qu’aux banquiers ou à d’autres catégories professionnelles. Il tire principalement sur ce qui « brille », sur ce qui a accès aux médias, sur ceux dont on parle et, loin de s’en prendre à des personnages célèbres, qu’il ne sait ou ne peut aller chercher, il tente d’intimider le public dans son ensemble.

Protéger la presse, mais le public aussi.

Il est donc vraisemblable qu’il campe le personnage d’ennemi public. Il s’habille un peu à la manière d’un soldat, il est inspiré par les faits-divers américains, peut-être par les phénomènes d’exécutions massives qu’il n’est pas sûr de vouloir imiter. C’est forcément un déséquilibré, ce qui exclut une campagne de terreur menée par un individu isolé et aux abois contre les médias français. Sa dangerosité demeure immense : il a déjà tiré sur un innocent, il risque d’aller plus loin. Le problème n’est donc pas de protéger la presse seule, il est de protéger tout le monde et ce ne sera possible que s’il est arrêté et mis hors d’état de nuire.

Il n’est pas impossible que le contexte de mécontentement général ait favorisé l’éclosion de ce type de comportement criminel. C’est l’effet pervers d’une crise sociale sans précédent et d’autres détraqués risquent d’imiter le « fou » de « Libération ». La police dispose d’éléments utiles sur le personnage. Sur la photo publiée ci-dessus, on voit assez bien son visage, on peut calculer son âge à quelques années près (entre 35 et 45 ans, dit la police), on peut diffuser son portrait pour recueillir des signalements. Il est remarquable que le président de la République se soit senti obligé de commenter ce fait-divers depuis Israël, où il séjournait.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Le tireur fou et la presse

  1. Chambouleyron dit :

    Prendre prétexte des agissements d’un fou pour : « qu’avec l’approbation ( ?) de la ministre de la Culture, Aurélie Filipetti les représentants des rédactions ( ?) réaffirment avec force qu’il s’agissait d’une atteinte intolérable à la liberté de la presse » me semble proche de la manipulation. Car la liberté de la presse n’est aucunement en danger dans notre pays si ce n’est par le politiquement correct qu’elle pratique à l’envie et l’emballement médiatique narcissique intempestif qui reste son fond de commerce. Seul le blessé mérite notre compassion. Votre chronique mélange le pharisianisme parisien, les bons sentiments tous azimuts, l’indignation de bon aloi, l’étonnement bienséant … pour enfin se terminer par un « Il est remarquable que le président de la République se soit senti obligé de commenter ce fait-divers depuis Israël, où il séjournait » d’une belle hypocrisie. Vous ne pouvez pas toujours être au top. Je vous lis avec plaisir et assiduité.

    Réponse
    Dans votre ardeur à me contredire, vous ne vous êtes pas rendu compte que l’article était écrit au second degré et que je ne crois pas à une atteinte à la liberté de la presse ni à la nécessité, pour la ministre et le président, d’intervenir dans cette affaire.J’ajoute que votre « plaisir » et votre « assiduité » sont surtout une façon d’équilibrer un propos injuste. Enfin, je ne cherche pas à toujours être au top, mais je sais exactement ce que je fais.

  2. Dr CLEMENT dit :

    Bien répondu, M. Liscia, je crois que ce Monsieur va maintenant vous lire avec moins de plaisir et moins d’assiduité.Continuez et encore merci pour vos analyses toujours pertinentes et surtout toujours informatives et non pas manipulatrices comme l’affirme ce lecteur.

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