Il y a 50 ans, Kennedy…

Kennedy a laissé un héritage
(Photo AFP)

Le 22 novembre, c’est-à-dire après-demain, l’Amérique et le monde se recueilleront pour le cinquantième anniversaire de l’assassinat du président John Fitzgerald Kennedy. On a tout dit et tout écrit (des milliers de livres !) sur les circonstances de ce crime qui aura marqué le XXè siècle et l’histoire des États-Unis. Aujourd’hui, une sorte de consensus s’est formé autour de la thèse d’un seul assassin, Lee Harvey Oswald. Le plus important, c’est d’évaluer l’héritage laissé par le président défunt.

JUGER JFK à l’aune de la société contemporaine n’est pas facile. Les révélations sur les maladies dont il souffrait, sur son immense appétit sexuel, sur ses multiples liaisons, en particulier avec Marilyn Monroe, sur le rôle de son père et de l’argent dans son ascension politique ont largement terni son aura. Il n’était pas un modèle, mais il était protégé par le secret et la raison d’État, de sorte que les Américains, subjugués par ses discours magnifiques (« Ne vous demandez pas ce que l’Amérique peut faire pour vous, demandez-vous ce que vous pouvez faire pour l’Amérique »), l’a pris pour modèle avec un enthousiasme qui lui aurait sûrement permis d’être réélu sans difficultés.

Une merveilleuse éloquence.

Cependant, gouverner, c’est souvent s’exprimer et sa merveilleuse éloquence en a fait un leader incontestable. Il a montré en outre, pendant la crise des missiles en 1962, qu’il était un homme d’action extraordinaire, capable, en prenant un risque insensé, de faire reculer l’Union soviétique. Mal conseillé par des généraux et une CIA médiocres, l’échec de la Baie des Cochons, un an plus tôt, l’avait accablé. Au soir de la défaite infligée par Cuba, il pleurait sur sa responsabilité dans le drame de ces hommes qu’il avait envoyés inutilement à la mort. Il n’est pas pour autant celui qui a déclenché la guerre du Vietnam, contrairement à ce qui disent beaucoup de commentateurs, qui rappellent qu’il a été le premier à envoyer des « conseillers militaires » américains en Indochine. Mais au moment de sa mort, il songeait à les rapatrier et à mettre un terme à l’engagement des États-Unis.

En France, nous étions déçus par la succession de Kennedy. Vieux politicien retors du Texas, le vice-président Johnson n’avait pas une once du charme, de l’élégance et de la classe de son prédécesseur. On n’a peut-être pas assez souligné combien Johnson, avec le zèle qu’il estimait devoir au président martyr, a donné suite à d’immenses projets : une émancipation des Noirs sans précédent, l’adoption de Medicare, assurance-maladie des seniors, en 1965, le financement de la NASA qui fit exactement ce que Kennedy avait promis en envoyant des astronautes sur la Lune. En 1967, Johnson, horrifié par la tournure que prenait la guerre du Vietnam, écoeuré par son impopularité ( » Hey, hey, LBJ, how many kids did you kill today  » ?), renonça à se présenter pour un second mandat.

De meilleures causes.

Je me souviens l’avoir très mal jugé à l’époque car personne ne me semblait capable de remplacer Kennedy. C’était une opinion très injuste. Johnson a appliqué à la lettre, et au-delà, le programme social de Kennedy. Il s’est trompé sur le Vietnam et il a payé le prix de son erreur en se sacrifiant. Dans les décennies qui ont suivi, deux présidents démocrates, Bill Clinton et Barack Obama, se sont inspirés de Kennedy. Ils sont, comme lui, de formidables orateurs. Ils ont porté la flamme de la justice sociale, de la lutte contre le racisme (Toni Morrison, prix Nobel de littérature n’a-t-elle pas appelé Clinton « le premier président noir » ?) et tenté de donner à l’Amérique un rôle plus vertueux dans le monde. La paix israélo-palestinienne semble bien lointaine, mais Clinton a tout fait pour en rapprocher l’échéance. Les hésitations et ratiocinations que l’on reproche à Obama correspondent à son désir d’en finir avec l’hégémonie américaine et de mettre les moyens puissants dont dispose l’hyper-puissance au service de meilleures causes.

C’est Kennedy qui a lancé le mouvement, celui d’une Amérique qui, sans jamais baisser la garde et quel que soit le degré de moralité de son président, milite pour la paix et l’émancipation des peuples soumis à la force et à la dictature. Même Bush (le père) l’avait compris, qui a conduit le premier conflit avec l’Irak de main de maître et a su négocier avec succès le tournant historique que représentait la chute de l’URSS. Et puis, quand on voit ce qu’on a fait à Clinton à la suite de ses frasques sexuelles, on se dit que Kennedy n’avait peut-être pas tout à fait tort de cacher les secrets de sa vie privée.

RICHARD LISCIA

 

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