La danse du centre

Borloo et le signe du destin
(Photo AFP)

À aucun moment de sa conférence de presse du 14 janvier, le président de la République n’a semblé envisager un renversement des alliances pour mener à bien sa « politique socialiste de l’offre ». Néanmoins, il a reconnu indirectement qu’il s’attendait à une bronca dans les rangs de la gauche et que, pour la maîtriser, il ferait en sorte que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault engage sa responsabilité, autrement dit, qu’il pose la question de confiance.

DANS LE CAMP de la droite, la réorganisation est en cours. La création de l’UDI, sous la houlette de Jean-Louis Borloo, ne semblait pas devoir entraîner de conflit majeur avec l’UMP, dès lors que M. Borloo s’inscrivait fermement dans l’opposition. L’UDI tente en outre de former avec le MoDem de François Bayrou une sorte de confédération du centre dont on verra assez vite si ses liens sont solides. Fait positif : Jean-François Copé a décidé de retirer le candidat UMP à la mairie de Pau et, selon les sondages, M. Bayrou est à peu près assuré de devenir maire de cette ville en mars. C’est un cadeau que lui fait la droite dure, qui n’a pas oublié qu’il a voté Hollande au second tour de la présidentielle. Personne n’est parfait et la rancune, même celle de M. Copé, a les limites du pragmatisme.

Jusqu’où ?

M. Borloo a été conduit à expliciter sa pensée au sujet de la nouvelle politique économique du chef de l’État. En bonne logique, il ne voit pas pourquoi il dénoncerait des propositions qu’il n’a cessé d’appeler de ses voeux ; il entend donc soutenir le président et son pacte de responsabilité ; il n’est pas question de le combattre s’il parvient à résoudre quelques problèmes lancinants causés par la crise économique et financière. Mais jusqu’où le chef de l’UDI ira-t-il dans cette démarche d’appui au président socialiste ? Il ne lui est pas difficile de dire qu’il est beaucoup trop tôt pour qu’il se prononce. Rien n’indique, pour le moment que l’aile gauche du PS et le Front de gauche ont l’intention de mettre à genoux le gouvernement de M. Ayrault. Dans ces conditions, M. Borloo n’est pas pressé de dire qu’il ne verrait éventuellement aucun inconvénient à apporter au président de la République une majorité de rechange que M. Hollande ne lui demande pas. En tout cas, pas encore.

La nature du centre.

Cependant, M. Copé et l’UMP n’observent pas la chorégraphie de M. Borloo sans se poser des questions sur la nature éternelle d’un centre tantôt soudé à l’opposition par le magnétisme de celle-ci,  tantôt attiré par la force de gravitation qu’exerce le pouvoir. L’UMP, déjà quelque peu divisée au sujet des décisions adoptées par M. Hollande (elle non plus ne devrait pas s’élever contre la politique qu’elle a préconisée), s’inquiète de la danse du ventre des centristes qui, à force de logique, semblent toujours sur le point de trahir. En réalité, on tire des plans sur la comète. L’aile gauche du PS n’est pas contente, mais elle se sait très dépendante de la bonne santé politique du président et n’envisage pas de casser la baraque. François Hollande ne perdra pas sa majorité au printemps prochain. On ne sait pas s’il a annoncé son revirement (à la fois économique et idéologique) uniquement parce qu’il y était contraint, ou s’il a eu aussi le machiavélisme de semer la zizanie entre la droite et le centre. S’il a pensé à cet effet secondaire, mais pour lui désirable, c’est bien joué.

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to La danse du centre

  1. phban dit :

    Hollande est vraiment un maître dans l’art subtil du louvoiement. Cela dit, peu importe, si seulement il pouvait effectivement, pour une fois, mettre en oeuvre ce qu’il annonce !

  2. PAPOUNET dit :

    Décidément l’obscurantisme politique n’a pas de limite. Si je me souviens bien, le très valeureux Borloo s’est dégonflé à plusieurs reprises, à commencer par les élections présidentielles. Borloo, le plus normand des hommes politiques, qui soudain se sent proche de Bayrou pour essayer d’avoir une place au soleil lors des prochaines élections. Tout le monde se doute qu’il va avoir de drôles de surprises ! La seule question qu’on devrait se poser est celle de savoir si cet homme politique va brader notre territoire pour le fameux gaz de schiste.

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