Baisse des impôts : un mirage

Cazeneuve : on fera ce qu’on peut
(Photo AFP)

La rumeur, aidée par des allusions gouvernementales, court depuis plusieurs jours : les impôts vont baisser en 2016, heu, non, en 2015. Interrogé sur France Info ce matin, Bernard Cazeneuve, ministre du Budget, a douché l’espoir populaire : les impôts baisseront si c’est possible. Or ce n’est pas possible si l’on tient compte de l’endettement dangereux du pays et des difficultés à tenir les engagements en matière de réduction du déficit budgétaire.

FRANÇOIS HOLLANDE avait promis de ramener le déficit de l’État à 3% à la fin de 2013, nous en sommes à 4%. Il a réussi, il est vrai, à obtenir de la commission de Bruxelles un délai de deux ans pour équilibrer le budget. Il n’est pas certain que, même avec ce délai, qui a beaucoup indigné les Italiens, forcés, eux, d’aller plus vite, il tiendra ses promesses. On peut toujours éprouver de l’indulgence pour un échec qu’une conjoncture épouvantable rend nécessaire. On n’en a pas pour une méthode électoraliste qui se sert cyniquement du mensonge pour soulever dans la population un vain espoir.

Mise au point.

Bernard Cazeneuve a mis les choses au point : son objectif est de ramener la pression fiscale de 46,1% actuellement à 45,8 %, soit un gain modeste de 0,3 point. Ce n’est pas à proprement parler une ambition insensée et, si l’objectif est réalisé, il ne va pas apporter au contribuable un immense soulagement financier. Il vaut mieux le savoir, plutôt que de croire à un prochain bond du pouvoir d’achat. Hier, l’Élysée a annoncé qu’il envisageait une baisse des impôts sur les ménages dès l’année prochaine, c’est-à-dire sur les revenus de cette année. Il s’agit d’une information que rien ne rend crédible, ni l’effort de réduction de la dépense publique qui commence à peine, ni les recettes de l’État qui ont baissé en 2013 à cause du ralentissement économique. Interrogé sur une baisse des impôts dès l’an prochain, M. Cazeneuve a répondu : « Si nous pouvons, nous le ferons ». Ce qui transforme un projet en hypothèse éloignée.

En tout cas, le secrétaire général de la CGT, Thierry Lepaon, estime qu’il n’est pas raisonnable de croire à une baisse des impôts en 2015. Si c’est la CGT qui le dit… Ce qui est inquiétant, c’est que le changement de cap du président, présenté comme la simple accélération de son ancien programme, ce qui est pour le moins discutable, est visiblement mis au service d’une popularité personnelle qu’il a besoin de renforcer à tout prix. Il a identifié les sujets qui rendent les Français hargneux à son égard et il veut les convaincre que, désormais, il ne leur annoncera plus que de bonnes nouvelles. Plus facile à dire qu’à faire et, surtout, l’exercice est périlleux. Ou bien il nous chante des comptines, ou bien il dit vrai et alors il est prêt à sacrifier la redressement des comptes du pays à sa réélection pour un second mandat.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Baisse des impôts : un mirage

  1. Plapla dit :

    Bien vu, M. Liscia !

  2. PAPOUNET dit :

    Pourquoi voulez-vous que ce gouvernement baisse les impôts ? La dette de notre pays se monte à plus de 2000 milliards d’euros, vous pensez que l’argent va tomber du ciel par magie ?
    Tout le monde veut se soigner gratuitement, être protégé gratuitement et que l’État éduque les enfants des citoyens gratuitement mais personne veut payer des impôts. Nous avons un pouvoir d’achat supérieur à de nombreux pays avec le confort de vie qui va avec, mais on entend tous les jours des pleurs venant de ces citoyens mécontents. Notre tissu industriel est moribond, les devises nécessaires au bon fonctionnement de notre pays ne rentrent plus et nous vivons sur le mirage du tertiaire. Il serait temps que les gens remontent leurs manches pour aller au charbon car notre pays ne risque pas d’aller mieux sur des larmes inutiles et improductives.

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