Obama change de braquet

Un président qui ne joue plus
(Photo AFP)

Barack Obama a prononcé dans la nuit son discours sur l’état de l’Union, conformément à la tradition annuelle. Il s’en est pris au Congrès réuni devant lui, en lui reprochant son refus de coopérer  avec l’exécutif ; et il a adopté un ton volontariste, allant  jusqu’à menacer représentants et sénateurs de gouverner par des « executive orders », décisions présidentielles qui ne sont pas soumises à l’approbation des parlementaires. 

LA SAGESSE conventionnelle veut que le président Obama est en perte de vitesse, que sa popularité est basse (40% d’opinions favorables), qu’il est victime de ses hésitations, qu’il n’a pas tenu ses engagements. Une analyse plus juste montre que le président américain combat une opposition qui, pratiquement, lui refuse toute légitimité bien qu’il ait élu et réélu avec des majorités larges, que son bilan est bien meilleur qu’on ne veut le dire et qu’il a encore plus de deux ans pour terminer une tâche déjà en partie accomplie. Le gouvernement américain a combattu la crise avec succès. Il a fait baisser sensiblement le chômage, qui, il est vrai, reste relativement élevé à 6,7 % (quatre points de moins qu’en France),  la croissance est repartie en progressant de 4,1 % (en rythme annuel) au troisième trimestre de 2013,  la balance extérieure américaine s’est redressée, le déficit budgétaire a fondu de moitié (8% du PIB en 2009, 4,1% en 2013).

Un geste pour la classe moyenne.

M. Obama veut maintenant que le retour progressif de la prospérité profite aux classes pauvres et moyennes dévastées par la crise. Il veut donner du pouvoir d’achat aux Américains. Il entend augmenter le salaire minimum de 39 % en le portant à plus de 10 dollars de l’heure. Il a tenté de le faire l’an dernier, le Congrès a rejeté la décision présidentielle, comme si les élus n’avaient pour seule vocation que de favoriser les riches et les banques responsables de la crise de 2008. Dans son discours, M. Obama s’est inscrit dans une démarche « de gauche », mais les mots n’ont pas le même sens des deux côtés de l’Atlantique : aux États-Unis la classe moyenne s’est appauvrie depuis cinq ans et des millions de citoyens sont passés sous le seuil de pauvreté.

Certes, on peut douter de la capacité du président de gouverner de façon autoritaire alors que la majorité est républicaine à la Chambre des représentants et que les démocrates risquent de perdre leur majorité au Sénat à la faveur des élections de mi-mandat en novembre prochain. Mais la stratégie du chef de l’exécutif va bien au-delà des conflits de tendance dans un pays où un Tea Party déraisonnable empoisonne le conservatisme classique. L’opposition républicaine a tout à fait le droit de préférer l’idéologie libertaire à ses intérêts électoraux mais elle en paiera le prix en 2016. Ou bien elle accepte de servir le peuple dans toutes ses composantes, ou bien elle refuse d’améliorer le sort des pauvres, des minorités et des chômeurs et un démocrate succèdera à M. Obama.

Ce qu’il a déjà fait.

La politique monétaire adoptée par la Banque fédérale des réserves a produit des résultats que l’on continue de qualifier de « fragiles » alors qu’ils sont considérables. Bien entendu, la tâche n’est pas terminée ; bien entendu, l’Amérique doit réduire sa dette publique qui dépasse 100 % du PIB ; bien entendu, elle doit intégrer les 11 millions d’immigrés clandestins qui font tourner la machine économique mais n’ont aucun droit; bien entendu, les gains de la croissance doivent aller non pas aux banquiers et aux nantis mais à ceux qui travaillent dur. Mais il est bon que M. Obama soit enfin sorti de sa prudence et tienne aux élus un discours ferme, autoritaire : c’est quand même l’opposition qui a mis en oeuvre une politique d’obstruction qui a indigné les citoyens, et a ridiculisé l’Amérique en fermant les services publics comme dans un pays du tiers monde en faillite.

Les Américains ont souffert de la crise économique, mais ils ne savent pas nécessairement que la politique monétaire et budgétaire d’Obama les a sauvés d’un désastre qui aurait pu durer plus longtemps. Ils ne savent pas quels risques la « Fed » (banque centrale) a pris avec sa politique de « quantitative easing » qui a inondé l’économie avec de l’argent à bon marché. Ils ne savent pas quels dangers un Tea Party au pouvoir leur ferait courir. Je suis convaincu qu’il est trop tôt pour établir un bilan d’Obama, qu’il faut attendre ce qu’il fera dans les prochains mois en politique intérieure et extérieure, mais que le monde doit déjà le remercier d’avoir évité une catastrophe financière dont les conséquences auraient été irrémédiables pour tous les pays.

RICHARD LISCIA 

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