Buisson ardent

Buisson, mauvais choix de Sarkozy
(Photo AFP)

À deux semaines et demie des élections municipales, l’affaire ne pouvait pas plus mal tomber pour l’UMP. Le « Canard enchaîné » publie aujourd’hui le contenu de quelques-uns des très nombreux enregistrements des conversations de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, à l’époque où il était président. Ces enregistrements secrets ont été réalisés par son conseiller Patrick Buisson, ancien directeur de « Minute », organe de l’extrême droite et dont l’influence, notamment sur la politique d’immigration de la droite a été très contestée.

M. BUISSON fait l’objet d’une enquête au sujet des sondages qu’il a fait réaliser à l’Élysée et dont une de ses sociétés était la principale bénéficiaire. Il y a trois semaines, le magazine « le Point » révélait l’existence de ces enregistrements découverts dans le cadre des investigations. Aujourd’hui, « le Canard » en révèle le contenu partiel. À gauche, bien sûr, on se réjouit du récit permanent des turpitudes de la droite. À l’UMP, on n’est plus seulement embarrassé, on est stupéfait et amer, surtout chez ceux du parti qui n’ont pas approuvé la politique migratoire de M. Sarkozy, son discours sur les Roms et la création du ministère de l’Identité nationale. On découvre que M. Buisson ne s’est pas contenté de préconiser un durcissement considérable de la politique d’immigration, il a trahi le président qui lui avait accordé une place importante dans son dispositif.

À qui profite la révélation.

L’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, affirme que le président est « furieux ». On le serait pour moins que ça. Pour atténuer l’effet désastreux des révélations du « Canard », il souligne que les enregistrements, partie intégrante du secret de l’instruction, n’auraient pas dû être divulgués, et qu’un personnage mal intentionné à l’endroit de l’ancienne majorité a commis une faute lourde. Il n’a pas tort. L’enquête va à la fois fournir, sur le long terme, le contenu des bandes et s’intéresser à celui qui a violé le secret de l’instruction.

Aux embarras du président de l’UMP, Jean-François Copé, au sujet de l’enrichissement, avec les deniers de l’UMP, d’une société de communication qui réalisait ses événements de campagne électorale, s’ajoute donc une affaire grave qui déchire le parti et montre que M. Sarkozy n’aurait pas dû accorder sa confiance à M. Buisson. Il n’est pas du tout impossible que cette accumulation de scandales se traduise par un surcroît du nombre d’abstentions chez des électeurs sympathisants de l’UMP. Il sera toutefois difficile, pour ceux de l’UMP, Henri Guaino, Jean-Pierre Raffarin, Alain Juppé, François Baroin et d’autres qui ont contesté le combat de l’ancien président contre les flux migratoires, de plaider en faveur d’un renouveau idéologique du parti en faisant l’amalgame entre une politique sévère de l’immigration et le bas niveau moral de ceux qui la soutiennent. On peut s’inquiéter de la capacité du pays à accueillir « toute la misère du monde » sans pour autant sombrer dans l’étrange paranoïa dont M. Buisson semble souffrir.

Mais la majorité actuelle, elle-même assaillie par des difficultés chaque jour moins contrôlables, ne risque pas de faire dans la dentelle. Elle verra dans la conduite scandaleuse de M. Buisson la preuve que l’intolérance et la xénophobie de l’extrême droite sont inséparables de la culture du secret et du mépris pour le droit. Quant au public, il se demandera quand le fonctionnement de la démocratie en France s’affranchira des méthodes, des coups fourrés, des abus de droit qui empoisonnent nos institutions.

RICHARD LISCIA

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