Le temps du new deal

À la recherche d’un plan
(Photo AFP)

L’annonce, par France Info ce matin, que le gouvernement s’apprêterait à accorder aux Français un « cadeau fiscal » après le second tour des municipales décrit moins un accès de générosité soudaine des pouvoirs publics que la précipitation d’un exécutif aux abois désireux d’améliorer sa popularité. Ce serait une décision dictée par la panique et, surtout, cosmétique : le pays a besoin d’un plan de relance économique efficace plutôt que d’une mesure démagogique.

MÊME S’IL ÉTAIT attendu par la majorité, le choc des municipales la plonge dans une telle consternation qu’il achève de libérer toutes les pensées inconoclastes qui circulent depuis longtemps au PS et chez ses alliés ou détracteurs de gauche. L’extrême gauche et les Verts triomphent, qui rappellent qu’ils l’avaient bien dit et que les zigzags de l’exécutif entre la social-démocratie et le social-libéralisme finiraient par discréditer le pouvoir. Au sein du PS,  on note la même attitude, mais plus discrète, chez ceux qui désapprouvaient depuis pas mal de temps le programme du gouvernement. Mais le président de la République doit se concentrer sur un seul point : les Français ne cherchent pas à savoir quel chemin est le plus vertueux ou quelle méthode est la plus efficace. Tout ce qu’ils demandent depuis deux ans, ce sont des résultats au niveau de l’emploi et du pouvoir d’achat. Tout ce qu’ils demandent, c’est un espoir pour l’avenir.

Le fusil à un coup.

Ce n’est pas parce qu’on aura mis dans leur poche 40 ou 50 euros de plus par mois qu’ils recommenceront à croire à des lendemains qui chantent, même si les plus pauvres s’en satisferont. La politique inquiète les gens : ils craignent depuis longtemps que la plupart des mesures mises en vigueur par le chef de l’État résultent de compromis entre les tendances multiples qui se querellent au sein de la majorité. Ils veulent des choix pragmatiques, et même technocratiques, qui aient une chance de soulager la société française de ses maux. Après une dose élevée de socialisme bon teint, atténué d’un grain d’ellébore, M. Hollande a changé de cap pour aller rejoindre les recettes qui ont fait tant de bien à l’Allemagne, mais, là encore, en y ajoutant son grain de sel national et en limitant donc, surtout si l’on tient compte de la lenteur du processus démocratique, les effets de ses décisions.

Une baisse de la fiscalité sera la bienvenue si elle est financée par des économies nouvelles. Il est temps que le gouvernement, ou celui qui serait appelé à lui succéder, s’impose une discipline budgétaire sans failles et qu’il accélère la progression à pas lunaires dont le ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, s’est fait une spécialité. Sur le remaniement, ministériel ou gouvernemental, et sur la nécessité d’unifier l’action de Bercy, où servent aujourd’hui sept ministres pas toujours compatibles, on a tout dit. Mais, sous le prétexte qu’un changement de Premier ministre est un « fusil à un coup », selon M. Hollande lui-même, on n’a pas bougé.

Le président a perdu la maîtrise du temps.

Les élections municipales marqueront le retour en force de l’UMP avant de consacrer une percée du Front National qui sera plus visible après les élections européennes. Elles ont bousculé M. Hollande et déstabilisé le pouvoir. Le président a perdu la maîtrise du temps. Le message du peuple est que, si le chef de l’État ne peut tirer qu’un coup, c’est maintenant qu’il doit le faire. Il a donc le choix : soit il tente de réunifier la gauche en reprenant les thèses irresponsables de ceux qui croient qu’il faut ignorer l’euro, l’Europe et les déficits et rendre aux Français, à crédit, la part de pouvoir d’achat qu’ils ont perdue ; soit il se donne les moyens de baisser la fiscalité, d’augmenter la consommation et de créer des emplois en taillant à la hache dans les budgets publics. Il n’est pas impossible que la déroute des municipales soit mauvaise conseillère.

RICHARD LISCIA

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One Response to Le temps du new deal

  1. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    Je crois effectivement que le pire est possible, et que les socialistes au pouvoir (à commencer par le président) sont capables de nous trouver des annonces et mesures diverses qui porteront l’estocade au pays et à ses forces vives.
    On a souvent entendu dans le passé de parler de « la droite la plus bête du monde » à propos de la France, mais nous avons tous les jours la preuve que c’est la gauche la plus bête et la plus archaïque du monde qui est aux manettes depuis mai 2012.

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