Valls : l’art du possible

Valls fait du Valls
(Photo S.Toubon)

Ni dans la majorité, ni dans l’opposition, les commentaires soulevés par le discours de politique générale prononcé hier à l’Assemblée par Manuel Valls n’ont été généreux. Beaucoup contiennent un hommage à son énergie et à sa détermination, d’autres soulignent ce qu’il pouvait y avoir d’émouvant dans son éloge d’un pays qui nomme à la tête du gouvernement un immigré naturalisé, mais la plupart notent le flou de certaines dispositions, en particulier celles dont le financement ne semble pas assuré.

INTERROGÉ ce matin sur BFM-TV, M. Valls a indiqué que les quelque onze milliards de dépenses nouvelles qui ne sont pas encore compensées par des économies seraient financées par une compression supplémentaire du budget de l’assurance-maladie. Cela revient à placer un fardeau peut-être trop lourd sur le dos de la bête ou à différer la résolution du problème. Il est vrai que quelques points importants qu’il a exposés ouvrent la porte à des interprétations contradictoires. Mais son texte est novateur, brillant, et il va au coeur des problèmes qui plombent le pays. « J’ai fait du Valls », a dit le Premier ministre, qui affirme que l’influence de François Hollande sur le contenu de son discours s’est limitée à des « clarifications », et n’en a pas modifié la philosophie générale.

La fin de l’ère Ayrault.

Franchement, c’est ce qui importe. On n’a pas assez salué l’exercice auquel s’est livré le tout nouveau chef du gouvernement, raillé en pleine séance par des députés de l’opposition, sortant à peine d’une confrontation dangereuse avec les écologistes, suspect aux yeux de l’aile gauche de son propre parti mais qui, néanmoins, n’a pas hésité à annoncer des réformes de grande ampleur, à les dater, à les chiffrer. Il a fait passer sur un pays démoralisé le souffle de son ambition. Il a mis un terme à l’ère Ayrault, car ce qu’il a dit et la façon dont il l’a dit n’ont rien de commun avec les projets, le discours, le style de l’ancien Premier ministre. Du même coup, grâce à la qualité de sa vision générale, il a relativisé les imperfections techniques de son programme. Si on commence à croire ce qu’il dit, on ne va pas lui chercher noise sur tel ou tel point obscur, on attendra de voir. Il ne pouvait pas tout expliquer en quarante-cinq minutes.

La résistance des roitelets.

Aussi remarquable qu’ait été son discours, M. Valls n’est pas le nouveau héros français, le sauveur du pays, la panacée nationale. Il rencontrera des difficultés considérables dans l’application de son programme. Parce qu’il a eu l’audace de prévoir une réforme en profondeur des collectivités locales, régions et départements, il a déjà déclenché la résistance de tous les roitelets des territoires qui s’accrochent frénétiquement à leur petite part de pouvoir. Malgré des dispositions généreuses pour les entreprises, il n’a pas obtenu le blanc-seing du patronat. Et ses « amis » de gauche veillent, l’arme au pied.

Mais qu’attendait-on de lui ? Qu’il marche sur l’eau ? Compte tenu des institutions, nous ne pouvions pas rêver d’un Premier ministre plus courageux, plus ouvert à ceux, de gauche ou de droite, qui s’inscrivent dans l’opposition, plus convaincant (« Il faut dire la vérité »). Pour Manuel Valls, le moment du diagnostic est terminé. Nous savons tous ce qu’il faut faire, mais nous n’osons pas le faire. On ne va pas bouder un homme qui compte s’atteler enfin à la tâche. Certes, il agit sous l’empire de l’ambition, certes, il compte accroître sa popularité car il a un dessein pour lui-même, certes il y a trop d’embûches sur son parcours pour qu’il ne trébuche pas. Mais on ne va sortir de la crise sans y laisser des plumes.

RICHARD LISCIA

 

 

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2 Responses to Valls : l’art du possible

  1. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    Tout à fait d’accord avec vous. Bravo à Manuel Valls pour son courage et ce discours d’intronisation.
    Et honte aux députés de l’opposition qui ont été d’un niveau primaire (et d’école primaire) dans leurs comportements et complètement irresponsables.
    Ils ont encore un peu plus contribué à décrédibiliser la classe politique aux yeux des Français.
    Et ils devraient faire montre d’humilité, car ce n’est pas l’opposition qui a gagné aux municipales, c’est François Hollande qui a perdu. Les députés de l’opposition ont perdu une belle occasion de se taire et de se montrer constructifs, réfléchis, et simplement bien élevés; ils n’ont même pas d’éducation, eux à qui l’on confie le soin de faire les lois.

  2. Dr Delahousse dit :

    Wait and see, mais j’avoue que je n’y crois guère, témoin la perennisation des mêmes dans l’équipe.

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