On repart de zéro

Cambadélis, chef du PS ?
(Photo AFP)

 

François Hollande ne s’est pas contenté de changer de Premier ministre et de gouvernement, il a chamboulé l’Élysée et le parti socialiste. Après avoir nommé 14 secrétaires d’État, qui s’ajoutent aux 16 ministres, il a remplacé le secrétaire général de l’Élysée, Pierre-René Lemas, par Jean-Pierre Jouyet et nommé Harlem Désir aux Affaires européennes, ce qui contraint le PS à se trouver un nouveau Premier secrétaire.

LA DÉMARCHE la plus significative, c’est pourtant la nomination de Christian Eckert au Budget. M. Eckert était rapporteur du budget à l’Assemblée nationale et, à ce titre, il incarnait parfaitement la désormais fameuse « inventivité fiscale » dénoncée par Manuel Valls dans son discours de politique générale de mardi. Reste à savoir s’il ne sera pas encore plus encombrant dans ses nouvelles fonctions. En tout cas, cette seule décision suffit à confirmer de façon éclatante que le nouveau gouvernement a adopté la politique de l’offre et renonce à toute hausse d’impôts.

Hollande joue sa survie.

Tout a été fait, depuis le début de la semaine, pour se débarrasser des gêneurs. M. Hollande, comme tout le monde, était las de l’insuffisance notoire de M. Désir en tant que premier secrétaire, bien que celui-ci fût intronisé en 2012 avec l’aval de MM. Valls, Moscovici, Peillon et Le Foll. Ils viennent de tirer la leçon de leur erreur. C’est Jean-Christophe Cambadélis, écarté en 2012, avec la complicité de M. Hollande, qui est pressenti pour succéder à M. Désir, mais les militants du PS, surtout ceux de l’aile gauche, ne l’entendent pas de cette oreille et vont présenter leurs propres candidats. Le choix sera fait mardi prochain par les instances du parti. Le président n’aurait pas le droit de s’immiscer dans la vie interne du PS ? Cela reste à voir. Le chef de l’État joue une partie qui décidera de sa survie politique et, de même que M. Valls, par quelques câlineries, a surmonté l’opposition de l’aile gauche du parti qui, malgré ses états d’âme, a voté la confiance, de même M. Hollande saura mettre à la tête du PS l’homme qui lui convient.

Une riposte très politique.

On aura remarqué que la réponse du président de la République à la défaite de la majorité aux élections municipales est plus politique qu’économique ou sociale. Il a remplacé des hommes ou des femmes qui lui sont attachés par d’autres qui lui sont tout aussi proches ; il se donne les moyens d’agir lui-même avec plus d’autorité en changeant de fond en comble le fonctionnement de l’Élysée ; il tente de mettre le PS sous sa tutelle ; il réussit à circonvenir, au moins provisoirement,  l’aile gauche de son camp ; et, depuis le début de la semaine, ni lui, ni M. Valls ne répondent à aucune critique, d’où qu’elle vienne. En revanche, ils ont riposté par un changement -d’hommes, de méthodes et de discours- presque équivalent à celui qui suit des élections générales.

Pour tout dire, la série d’actes politiques accomplis en quelques jours est tout à fait impressionnante. Elle se traduit d’ailleurs par une hausse de 3 points de la cote de popularité de M. Hollande, tandis que M. Valls recueille 58 % d’opinions favorables, dans un sondage (46 % seulement selon TNS-Sofres-« Le Figaro »). Sans doute cette réforme en profondeur de l’exécutif précède-t-elle une action politique, ferme, déterminée et de nature à bouleverser beaucoup d’habitudes et de positions confortables. Ceux qui freinent les réformes des quatre fers parce qu’ils n’ont rien à y gagner comprennent aujourd’hui que le président et son Premier ministre ne se sont pas embarrassés de scrupules pour refonder l’exécutif. Et donc qu’ils n’en auront pas davantage pour bousculer les conservatismes nationaux ou locaux.

Mais, bien sûr, ils doivent aller très vite, et adopter des réformes avant l’été. C’est dans les trois premiers mois que se décide le sort d’un nouveau gouvernement. Aller vite, c’est aussi ne pas s’attarder sur les critiques, les réserves, les préventions, les objections. C’est bousculer les conseilleurs et tous ceux qui placent la théorie avant les résultats.

RICHARD LISCIA

 

 

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