Victoire contre l’ostracisme

Un défenseur de la langue française
(Photo AFP)

Le philosophe Alain Finkielkraut a été élu au premier tour membre de l’Académie française. Il n’y aurait rien de particulier dans ce succès si M. Finkielkraut n’était la victime d’une cabale d’intellectuels qui, après l’avoir agoni d’injures pendant plusieurs années, ont tenté de lui interdire l’accès à l’immortalité. Les attaques dont il fait l’objet portent moins sur son talent et son intelligence  que sur des prises de positions relatives à l’éducation et à l’identité française qui lui ont valu le qualificatif de réactionnaire et, parfois, de néo-fasciste.

M. FINKIELKRAUT est cet intellectuel fébrile que vous avez sûrement vu à la télévision et qui s’exprime en des termes philosophiques que vous aurez eu du mal à comprendre. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont « la Défaite de la pensée » et « l’Identité malheureuse » dans lesquels il pose un regard consterné sur les dérives de la modernité et l’échec de l’intégration des minorités. Il est d’un pessimisme qui risque d’affliger ses meilleurs amis. Il dénonce notamment les failles d’un enseignement qui s’est dégradé en partie parce que les pouvoirs publics ont transformé en lauréats les élèves ou étudiants qui ne le méritaient pas, et en partie parce que, loin d’avoir assimilé les générations issues de l’immigration, nous les laissons parfois, ou souvent,  adopter des idées et des comportements qui trahissent Jules Ferry et la république.  Tout cela fait de lui, selon ses détracteurs, un « réactionnaire » qui, venu de la gauche, serait tombé dans la droite extrême. Comme Alain Finkielkraut se déclare sioniste et qu’il est juif de surcroît, ce qui fait beaucoup de défauts aux yeux d’une société moins tolérante qu’on le croit, il est devenu l’épouvantail idéal de la gauche bien-pensante.

Incapables de s’exprimer.

En lisant un bon portrait de lui dans « le Figaro » de ce matin, j’ai appris que M. Finkielkraut venait à peine de se doter d’une carte bancaire et qu’il ne connaissait rien à Internet. Sans doute ses adversaires se servent-ils de ces « carences » pour dénoncer son inadéquation aux structures de la société contemporaine. Dans ce cas, je me sens solidaire de lui car je partage l’effroi que lui inspirent l’évolution inquiétante du langage, l’inversion des valeurs qui décrit le mieux la crise nationale, et le danger d’une modernité fourre-tout qui fait de nos jeunes des communicants très rapides mais incapables de s’exprimer correctement.

Je trouve scandaleux qu’on n’ait pas perçu chez M. Finkielkraut l’ensemble de qualités et de savoir qui forment sa riche personnalité. Je sais que, constamment fâché avec le monde, il en perd parfois le sens de l’humour et que, dans les médias, il exprime trop vite un prodigieux agacement qui ne laisse pas de place suffisante au débat. Mais il est quand même l’immense défenseur de la république et de la langue française. Et il le fait avec tant d’exigence (et de sévérité) que cela le désignait naturellement pour faire partie de l’Académie française. Dans la démesure des critiques dont il fait l’objet, on trouvera quelque chose de profondément irrationnel : la lucidité n’est pas un vecteur idéologique. On n’est pas réactionnaire parce qu’on constate que l’école d’aujourd’hui forme mal les enfants ; on n’est pas réactionnaire parce qu’on constate que la société d’aujourd’hui intègre mal ou pas du tout les immigrés ou leurs descendants ; on n’est pas réactionnaire parce qu’on s’insurge contre les épouvantables travers de la communication numérique, avec ses SMS en charabia, ses messages pleins de haine, ses analyses absurdes conçues par des analphabètes ; on n’est pas réactionnaire quand on regrette que « aujourd’hui, Picasso est une voiture ».

Tentative de mise à l’index.

Le pire, c’est qu’on a voulu le baillonner, le mettre à l’index et, en définitive, le faire taire pour n’avoir pas à lui répondre. On a cherché à le mettre en échec à l’Académie au point que Jean d’Ormesson, avec d’autres immortels,  a déclaré qu’il démissionnerait si Finkielkraut n’était pas élu. Voilà que le « réactionnaire » triomphe de ses adversaires les plus pervers, ceux qui se disent de gauche, mais sont encore plus conservateurs que lui; car ils veulent ignorer ce qui les dérange et, surtout, éliminer ce qui met en péril leur confort intellectuel. Les voilà, les réac’ de 2014 : des hommes et des femmes qui n’ont toujours pas compris combien il en a coûté à la France d’appliquer leurs dogmes.

RICHARD LISCIA

 

 

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2 Responses to Victoire contre l’ostracisme

  1. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    Bravo et merci pour votre commentaire.
    Encore une fois, les prétendus défenseurs de la liberté veulent interdire à quelqu’un (et quel brillant cerveau !) d’avoir la liberté de s’exprimer. Ceci en dit long sur l’état de pourrissement de notre société et de (ce que certains nomment) la « bien-pensance des socialo-bobos qui tiennent les rênes de beaucoup (trop) de pouvoirs.
    Moi aussi, je suis honoré de me sentir solidaire d’Alain Finkielkraut et de ce qui l’effraie!

    Un « vieux » médecin de 62 ans.

  2. Giorgi Hélène dit :

    J’admire le courage d’Alain Finkielkraut qui sait tenir bon; il va toujours au bout de sa pensée dans ses plus fines ramifications, ce que j’apprécie dans ses livres et son émission « Répliques ». L’attitude de certains à son égard est ignoble, lamentable ; ils confondent changement et progrès; ce dernier n’existe que grâce au respect de l’esprit humain. Ma génération a connu les horreurs liées au mythe de « l’homme nouveau ».
    Merci Monsieur Liscia pour votre article

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