Hollande doit faire du Valls

Il lui faut plus d’autorité
(Photo AFP)

Jean-Christophe Cambadélis devait être élu aujourd’hui premier secrétaire du parti socialiste en remplacement de Harlem Désir, nommé secrétaire d’État aux Affaires européennes. L’immixtion du président de la République dans une procédure interne du PS soulève la grogne de nombre d’élus et de militants, qui voudraient exprimer des points de vue indépendants de ceux du pouvoir. Mais le chef de l’État doit agir vite s’il veut reconquérir une partie de sa popularité et obtenir des résultats. Il est donc contraint d’ignorer les sensibilités.

SON ARRIVÉE à la tête du PS exauce les voeux de M. Cambadélis, qui, en 2012, était un candidat malheureux contre M. Désir, lequel a été imposé par un quarteron de personnalités socialistes, dont Manuel Valls. L’expérience a montré que M. Cambadélis aurait été un premier secrétaire plus subtil ou plus habile que M. Désir. Mais, en l’imposant aux militants (et à quelques ténors ombrageux du PS), M. Hollande ne lui rend pas vraiment service si, par malheur, le nouveau leader du parti glisse sur leurs peaux de banane. Cependant, la défaite électorale de la gauche a entraîné des comportements divers qui compliquent le jeu politique du chef de l’État. Il a tenté de garder dans son gouvernement des écologistes dont le refus traduit des calculs cyniques et arrogants, comme s’ils n’avaient pas leur part de responsabilité dans la déroute ; il voit se dresser contre lui des socialistes qui refusent, eux aussi, d’en assumer les conséquences ; et enfin, il constate que s’organise contre lui une coalition de gauche comprenant tous ceux qui proposent une alternative aventureuse.

Changer lui-même.

François Hollande, dont la popularité ne dépasse pas 18 %, n’a pas d’autre choix, après avoir tout changé au gouvernement, au PS et à l’Élysée, que de changer lui-même. Et s’il veut réduire l’écart de popularité avec Manuel Valls (58 %), il doit, à son tour, faire du Valls. Le Premier ministre a dit, sous l’effet d’une prudence que dicte son score embarrassant dans les sondages, qu’il poursuivrait la politique engagée par le chef de l’État. Tout le monde sait qu’il doit aller au-delà de cette politique et qu’il ne le fera que si M. Hollande lui-même l’y autorise. On ne peut bâtir une politique de l’offre et laisser des socialistes réclamer une politique de la demande ; on ne peut annoncer la suppression des conseils départementaux et laisser Karine Berger (députée PS) dire qu’ils sont indispensables ; on ne peut même pas essayer d’obtenir un délai de Bruxelles pour le retour à l’équilibre budgétaire, alors que nous sommes le mauvais élève de l’Europe. Il faut, pour réaliser le tour de force qui consiste à comprimer les dépenses tout en favorisant la croissance, mettre en oeuvre des mécanismes compliqués et fragiles que la contestation aurait tôt fait de démolir.

M. Hollande souhaite appliquer la tactique de la main de fer (Valls) dans un gant de velours (lui) . À lui de rassembler la majorité, au Premier ministre d’enfoncer dans la gorge de la même majorité des décisions qu’elle rejette, conteste ou souhaiterait amender. La défaite aux municipales a entraîné à gauche une aspiration à davantage de « démocratie interne », au moment précis où l’ampleur de l’échec exige une politique du poing sur la table. M. Valls ne doit pas faire que du Valls, il doit faire du Renzi, du nom du président du conseil italien qui gouverne comme un TGV. Et M. Hollande, lui, doit apprendre à froisser les âmes sensibles, à abattre les barricades idéologiques, à prendre des risques. Il est possible que la grogne des élus lui complique la tâche au Parlement. Mais il sera jugé sur les résultats.

RICHARD LISCIA

 

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3 Responses to Hollande doit faire du Valls

  1. perhouan dit :

    La dissolution, c’est pour quand ? Très vite,j’espère. Hollande au repos et en embuscade de cohabitation et la droite qui en prend plein le gueule.
    2017 est alors en vue.

  2. Dr Delahousse dit :

    Ce n’est pas rassurant tout ça, c’est le moins que l’on puisse dire.
    Pauvre France et pauvres de nous.

  3. Herodote dit :

    « Vaste programme », dirait le général. Trop pour un président à la traîne, et périlleux pour le Premier ministre exposé à l’obligation de résultats. Mais sans doute ce qu’il faudrait faire.

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