L’affaire Aquilino Morelle

Aquilino Morelle
(Photo AFP)

Aquilino Morelle, un conseiller influent du président Hollande (il contribuait notamment à la rédaction de ses discours) a annoncé aujourd’hui sa démission. Un article du site « Mediapart » venait en effet d’accuser M. Morelle, qui est médecin, d’avoir été impliqué dans un conflit d’intérêts : en 2007, alors qu’il était inspecteur de l’IGAS, il avait accepté de travailler pour un laboratoire pharmaceutique danois. M. Morelle affirme qu’il en avait demandé l’autorisation à son autorité de tutelle, ce dont l’IGAS n’aurait pas la trace écrite.

L’ARTICLE de « Mediapart » ne se contente pas de révéler un conflit d’intérêts portant sur une somme relativement modeste (12 500 euros), il dresse du conseiller de l’Élysée un portrait peu flatteur. Le Dr Morelle, avait, dit « Mediapart », des goûts de luxe qu’il ne craignait pas d’exhiber à l’Élysée. Il s’agit d’un de ces travers regrettables que l’on découvre parfois, ou souvent, chez des personnages politiques. Ce qui est inquiétant, c’est que le pouvoir l’ait laissé faire, sans le rabrouer. Si la droite profite de l’affaire pour railler « la République exemplaire » chère à François Hollande, la gauche, elle, a fait ce qu’il fallait pour s’affaiblir un peu plus.

Qui est visé ?

D’abord, on a l’impression que le président ne sait pas toujours choisir ses lieutenants : on ne devrait pas entrer à l’Élysée (et y prendre du galon récemment à la faveur de la réorganisation du cabinet présidentiel) sans avoir subi un examen attentif de son passé. Ensuite, si prodigieux que soit le talent des journalistes de « Mediapart », on peut craindre qu’ils ont moins cherché ce scoop qu’il ne leur est tombé dans le bec. En effet,  l’accusation de conflit d’intérêts risquait de ne pas être décisive; « Mediapart » fait donc des révélations sur les goûts luxueux de M. Morelle, comme si l’intention  était d’obtenir la destruction politique du personnage. L’objectif a été atteint en un temps record. Est-ce François Hollande qui était visé ? Ou est-ce plutôt Manuel Valls ? MM. Valls et Morelle, tous deux d’origine espagnole, se connaissent bien et s’entendent. La presse supposait d’ailleurs que M. Morelle serait pour le nouveau Premier ministre un « correspondant » à l’Élysée.

Or les informations publiées par « Mediapart » ne peuvent venir que de l’Élysée, où le départ de Pierre-René Lemas et son remplacement par Jean-Claude Jouyet au poste de secrétaire général ont pu être mal vécus par divers autres conseillers, qui n’approuvent pas le programme de M. Valls ; et ils ne sont pas les seuls s’opposer à lui parmi les élus et les militants socialistes. Sans approuver des comportements à éthique variable, nous pensons que M. Morelle est la victime d’une cabale qui a brillamment réussi. Au moment où le plan d’économies annoncé par le Premier ministre soulève la colère noire d’une partie du PS, un petit projet pervers pour affaiblir M. Valls en contraignant l’un de ses amis à démissionner n’est pas à exclure.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to L’affaire Aquilino Morelle

  1. Un peu de « tenue républicaine » ne nuit pas. On imagine mal Charles de Gaulle avec 30 paires de chaussures personnelles, cirées par des employé-e-s de « La France ».

  2. Les discours de M. Hollande m’ont souvent semblé creux, vides du poids que doivent avoir les mots quand on les profère sans y croire vraiment, ou pire encore, en sachant qu’on les prononce en mentant. Je ne crois pas que notre président perde un conseiller si précieux: il se sépare d’un homme qui a mélangé allègrement fonds publics et fonds privés, qui s’est comporté comme un petit marquis de Louis XIV. S’il s’avère qu’il a réellement menti sur l’existence d’un conflit d’intérêts lorsqu’il faisait partie de l’IGAS, je trouve cela gravissime, même si vous jugez que les émoluments reçus sont  » modestes « (12 500 euros). Cela traduit l’état d’esprit d’un homme pas tout à fait honnête, qui n’a rien à faire dans les hautes sphères de l’état.

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