Les otages, la Syrie et le djihad

Deux des otages, Didier François et Édouard Élias
(Photo AFP)

Le France s’est réjouie de la libération des quatre otages qui étaient détenus en Syrie. En même temps, elle constate qu’ils ont été maltraités et qu’ils étaient gardés par des geôliers qui parlaient le français, ce qui confirme que nombre de nos nationaux sont allés en Syrie pour participer à la guerre civile. Au danger, pour nos journalistes, d’aller enquêter sur place, s’ajoute donc un danger infiniment plus grand, celui que présentent des djihadistes qui reviendraient en France pour y semer le désordre et la violence.

LE GOUVERNEMENT est conscient de cette menace qu’il va essayer de conjurer dans un plan qui sera examiné demain en conseil des ministres. La prise de conscience est essentielle : non seulement ces jeunes gens qui choisissent le terrorisme intégriste brisent les liens qu’ils ont avec des familles le plus souvent respectueuses du droit et des us et coutumes, mais ils s’inscrivent dans un cycle de violence capable d’en faire les ennemis de notre pays. Or il est très difficile, pour une société ouverte, d’empêcher des jeunes gens de partir pour l’étranger, de même qu’il est pratiquement impossible de les empêcher de revenir. Le contrôle des complots amorcés dans le secret de logements tranquilles, parfois familiaux, passe inévitablement par une réduction des libertés qui affecterait l’ensemble de la population.

Une voie étroite.

Les pouvoirs publics auront sûrement le souci de ne pas porter atteinte à nos libertés essentielles, ce qui se traduira par le choix d’une voie étroite, fondée essentiellement sur le renseignement. On connaît les crimes qu’ont commis en France les intégristes et nos services nous ont évité beaucoup d’attentats ou de prises d’otages, et ils continuent à le faire. La surveillance d’Internet, l’infiltration des groupes tentés par le djihad, et peut-être un renforcement de la législation constituent les meilleurs instruments de la prévention. Elle exige néanmoins des moyens supplémentaires dès lors qu’apparaît une criminalité nouvelle qui n’existait pas il y a encore deux ou trois ans et que la guerre civile en Syrie a créé un immense appel d’air qui a aspiré des dizaines de citoyens français, pendant que des centaines (peut-être des milliers, selon certaines sources) seraient séduits par cette nouvelle forme d’aventure.

Guerre silencieuse.

Il sera ardu de concilier nos habitudes avec cette forme de guerre silencieuse, à laquelle le droit pose des limites mais qui n’en est pas moins intense. L’un de nos services secrets a tenu à faire savoir, lors de la libération des otages, qu’il les avait suivis à la trace en Syrie. C’est une révélation réconfortante qui tend à montrer que, dans les situations les plus complexes, le bras de la France est long. En outre, nous disposons d’alliés utiles chez les familles de ces combattants en herbe qui ne choisissent le djihad que parce qu’ils se révoltent contre l’ordre et donc contre leurs propres parents. Lesquels ne souhaitent nullement, dans la majorité des cas, que leurs enfants aillent se faire tuer en Syrie ou ailleurs. On se souvient que deux adolescents, presque des enfants, sont partis pour le Proche-Orient, au grand dam de leurs parents qui ont alerté les pouvoirs publics et ont fini d’ailleurs par les récupérer, même s’ils s’indignent de ce que leur progéniture soit poursuivie en justice.

De la simple fugue au projet criminel, il y a chez ces jeunes en déshérence toute la gamme confuse des sentiments d’indépendance, de révolte, de goût de l’aventure qui naissent dans des esprits encore mal structurés. Ce qui veut dire que le simple recours à la force ne suffit pas, qu’il faut démêler les motivations, puis les actes. C’est, pour tous ceux qui protègent notre sécurité, une tâche particulièrement ingrate.

RICHARD LISCIA

 

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