La stabilité aux forceps

Un Premier ministre exigent
(Photo AFP)

C’est une majorité ric-rac que Manuel Valls a obtenue hier soir : 265 voix pour, 232 contre et 67 abstentions. Pour autant, ce n’est pas « un revers important », comme l’affirme Jean-François Copé. Le Premier ministre a en effet rallié le plus grand nombre à une feuille de route pour les trois ans à venir qui inscrit la politique gouvernementale dans un réformisme durable.

M. VALLS a pratiquement prononcé hier une second discours de politique générale. Le vote n’avait qu’une valeur « consultative », mais le chef du gouvernement a souligné que non seulement il assumait la politique de l’offre mais qu’il voulait une majorité de gauche pour la mettre en oeuvre. Indiscutablement, il a pris un gros risque : face à la fronde de nombreux élus socialistes, des écologistes et de l’extrême gauche, il a choisi la voie la plus difficile, en réclamant son soutien à une représentation nationale prête à lui infliger un désaveu. Il a en outre levé toute ambiguïté : il ne s’agissait pas, pour lui, de lancer en catimini une politique qui appelle une révision déchirante au sein même de la gauche ; il fallait que les députés votent en sachant que, dorénavant, toutes les actions gouvernementales seront marquées au coin de cette politique et que ceux qui lui apporteraient leurs suffrages s’engageaient sur le long terme.

Les frondeurs sont soulagés.

La partie du PS et les écologistes qui se sont dressés contre le gouvernement ne l’entendent pas de cette oreille. À chaque mouvement en avant, ils se battront. Mais il est vrai que la plupart sont soulagés de s’être fait entendre sans avoir remis en question la légitimité de M. Valls, sans l’empêcher de poursuivre sur la voie qu’il s’est tracée et qu’il a réitérée avec force hier, sans avoir provoqué le début d’une crise de régime. Ils voulaient bien se distinguer, ils ne voulaient pas casser la baraque et en porter longtemps la responsabilité.

Le chef du gouvernement n’aura pas la tâche facile, d’autant qu’il s’est imposé plusieurs exigences, à commencer par la pratique assidue du dialogue avec la gauche, ce qui, en soi, est de nature à freiner son action, alors que, de toute évidence, il doit aller vite, et même très vite, si les réformes attendues doivent être adoptées. On ne saurait négliger sa performance au niveau du discours, de la forme et de la communication. Il sait afficher une autorité forte tout en prônant l’échange d’idées démocratique. Son inspiration, c’est moins Jaurès que Mendès. Voilà pourquoi cet homme dispose d’atouts que n’avait pas son prédécesseur et pourquoi l’espoir de la droite de l’affaiblir jusqu’à ce qu’il échoue nous semble vain. Comme n’importe quel Premier ministre de la Vè République, M. Valls trouvera dans les institutions de quoi le protéger, même si, en cas d’échec, elles finissent par le détruire.

Pas d’autre majorité.

Il n’est pas du tout impossible que, lancé dans une course dont l’enjeu est vital, l’exécutif soit appelé à trancher le débat avec la gauche par la manière forte. Pour ses débuts, M. Valls a préféré apaiser les élus. Plus tard, s’ils se révoltent, il demandera au président de brandir la menace d’une dissolution. Parmi les commentaires, les plus fournis contiennent une analyse sur le morcellement de la majorité et sur la recomposition possible d’une majorité différente qui se débarrasserait de la gauche du PS et inclurait les centristes. C’est un plan sur la comète. Nous ne sommes pas encore passés à la VIè République, et on aura remarqué que, sur une politique de l’offre chère à la droite et une réduction des dépenses prônée par le centre depuis 7 ans, droite et centre ont voté contre M. Valls. Il se peut que la gauche se brise sur la réforme. Mais M. Hollande ira jusqu’au bout de son mandat et le changement viendra des élections générales.

RICHARD LISCIA

 

 

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One Response to La stabilité aux forceps

  1. Edrei Yves dit :

    Tout d’abord sur le fond, les propositions semblent logiques mais il y a un manque évident de précisions.Et de toute façon tout dépendra de la façon de procéder ; d’où la la possibilité de voir apparaitre des mécontents, voire des opposants farouches.
    Sur la forme : la fin du discours nous montre un Premier ministre qui se prend pour un grand tribun,avec un côté un peu trop dictatorial.
    J’ ai trouvé cela un rien ridicule et surtout peu convaincant.

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