L’UMP, ou l’art de perdre

Guaino ne votera pas pour Lamassoure
(Photo AFP)

Henri Guaino, député des Yvelines et ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, a décidé il y a quelques jours  de ne pas voter pour la liste UMP dirigée par Alain Lamassoure en Île-de-France, lors des élections européennes du 25 mai. Alain Juppé a critiqué la position de M. Guaino et lui a conseillé de démissionner. Le député des Yvelines a répondu qu’il n’entendait pas quitter son parti, où il semble trouver quelques soutiens.

M. GUAINO, en effet, n’est pas seul. On sait par exemple que Laurent Wauquiez, ancien ministre,  exprime, au sujet de l’Europe, des idées (le retour à une Union des Six) qui ne sont pas désavouées par certains élus UMP.  Lesquels pourraient imiter M. Guaino au moment du scrutin. La question ne porte plus, en conséquence, sur des cas périphériques de dissidence qui pourraient être réglés par un simple rappel à la discipline, mais sur un différend idéologique qui oppose deux courants du parti. Il ne manquait plus que ça ! Alors même que l’UMP n’est pas assurée d’arriver en tête et que tout le monde s’attend à un très bon score du Front national, la campagne à peine commencée officiellement et bientôt terminée risque, à la faveur de débats agités, d’encourager une partie des sympathisants du parti à choisir l’abstention.

Un rendez-vous de routine.

Jean-François Copé rejoint Alain Juppé et demande à M. Guaino de tirer les conséquences de ce qu’il dit. Mais le président du parti sait bien que la querelle avec l’ancien conseiller présidentiel recouvre un désaccord sur le fond, c’est-à-dire sur une politique européenne dont la droite propose des versions différentes et contradictoires, ce qui ne manquera pas d’accroître la perplexité de l’électorat. L’UMP, d’ailleurs, aborde les élections européennes comme un rendez-vous électoral routinier. Elle a désigné comme candidats quelques personnalités politiques qui ont été recalées aux législatives de 2012 ou aux municipales de 2014, comme si le Parlement européen était un lot de consolation. Elle tend en outre, sous la houlette de M. Copé, à étouffer le conflit qui oppose la direction du part aux Wauquiez, Mariani, Myard et autres.

C’est l’Europe qu’ils veulent changer.

Elle a tort sur le plan démocratique puisque le rôle même d’une campagne électorale, c’est l’échange d’idées. Mais, dans le cas de l’UMP, la ligne de partage traverse le même parti. L’ancien président de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, député de Haute-Savoie, estime qu’ « on ne peut pas se réclamer d’une formation politique et ne pas voter pour la liste qui porte ses idées ».  Malheureusement pour la droite, ce n’est pas l’UMP que certains de ses élus euro-sceptiques veulent changer, c’est l’Europe. Et, au fond, tout ce que veut l’apparente majorité euro-enthousiaste, c’est gagner les élections en évitant des débats passionnels susceptibles d’éloigner les électeurs des urnes. Mais on ne raye pas d’un trait de plume des discours fracassants qui posent des questions auxquelles M. Lamassoure s’efforce de répondre, sans peut-être trouver au sein de l’UMP le soutien dont il a besoin.

Il ne s’agit « que » de l’Europe, mais la querelle opposant pro-Européens et anti-Européens au sein de l’UMP est la répétition de ce qui se produira à la présidentielle de 2017 si, d’ici là, le parti ne met pas au point un programme de gouvernement précis, crédible,  dont le financement sera prévu jusqu’au dernier centime.  On constate un déficit de contenu et de leadership à l’UMP qui, pendant la campagne électorale, aura fait pâle figure, comme si elle pouvait se permettre, après la débâcle de 2012, de ne pas montrer ses muscles.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to L’UMP, ou l’art de perdre

  1. Bouffard dit :

    Il semble donc que M. Guaino ait choisi la voie raisonnable de l' »exil intérieur », à savoir celle de l’abstention. Peut-être bien celle finalement de la cohérence et de la sagesse. Manifestement, il s’agit pour lui de quitter la ligne des conservateurs Français qui acceptent une Europe-casino livrée au seul horizon indépassable de la doxa ultralibérale mondialisée. M. Guaino à le courage (Gaullien) de dire non à M. Lamassoure (« je résume : « le néolibéralisme de droite = la seule politique possible) et à M. Lamy (« je résume : « le néolibéralisme de gauche = la seule politique possible »). Courage, M. Guaino, M. Copé, le vrai ultralibéral de droite, n’a sûrement pas fini de vous faire souffrir.

  2. Delteil christian dit :

    L’Europe des Six est la seule valable. Elle définit les règles, ceux qui veulent venir doivent les accepter. L’Europe des Six dirige. On accepte ou on sort. Pas d´Anglais dans cette histoire qui regardent à l’ouest plus qu’à l’est. Politique financière, étrangère, fiscale, policière et de l’immigration décidée par les fondateurs. On suit ou on sort. Quel foutoir à 26 ou 28! Il faut une tête et pas du fromage mou.

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