Foot, opium du peuple

L’équipe de France au Brésil
(Photo AFP)

La coupe du monde de football commence ce soir à Sao Paulo dans un contexte plein de contradictions : elle est célébrée avec l’enthousiasme traditionnel des peuples, dans le pays qui incarne à lui seul le football, elle apaise toutes les inquiétudes, les craintes et même les terreurs. Mais, pour la première fois, les Brésiliens sont divisés à son sujet,  beaucoup d’entre eux contestent la décision de leur gouvernement d’avoir posé la candidature du Brésil, des soupçons pèsent sur les conditions dans lesquelles le calendrier des Mondial est établi.

ON A LE DROIT d’aimer le football. L’expérience a largement montré que cette passion enflamme toutes les classes sociales, que de nombreux intellectuels, hommes ou femmes politiques, citoyens de toutes sortes s’enthousiasment pour ce sport. Lequel a donné lieu à d’innombrables études, livres, documents ou documentaires, émissions de télévision, débats publics (ou privés). C’est un phénomène planétaire. Il souffre cependant de son succès. Il rassemble des masses si impressionnantes qu’il devient le réceptacle d’énormes investissements. Le foot est un État qui ponctionne une partie non négligeable de la richesse produite et dont les héros sont surpayés. Il déclenche, bien entendu, de folles ambitions : le désir de gagner conduit les propriétaires des équipes à acheter les footballeurs les plus performants, souvent à prix d’or. C’est un sport dominé par l’argent.

Un monde de violence.

Dans le passé, moins souvent aujourd’hui, il a été parfois mortel en déclenchant des mouvements de foule incontrôlés qui ont tué beaucoup de gens. On le présente comme un facteur de paix bien qu’il entraîne des phénomènes nationalistes d’une ampleur inégalée et une violence dans les stades qui s’apparente (un peu) à celle des batailles de gladiateurs. Vae victis ! Il est vrai que, lorsque les amateurs de foot assistent à la défaite de leur équipe nationale, ils continuent à voir les matches suivants avec la même ferveur. Le chauvinisme n’empêche pas l’esthétisme. Le foot a inspiré des textes d’une très haute qualité littéraire qu’ont aimé lire ceux qui, frappés par une sorte d’infirmité inexplicable, ne parviennent toujours pas à comprendre comment le périple interminable d’un ballon entre deux buts peut être aussi distrayant. On le leur a démontré : le foot fait partie intégrante de la culture, au sens le plus noble du terme.

Il n’empêche que, dans le cas du Brésil, on se demande si sa présidente, Dilma Roussef, a eu raison de porter la candidature de son pays pour 2014. Certes, elle n’avait pas prévu que la croissance des pays émergents, à l’époque très vive, allait pâtir de la crise et que le prix de la coupe, par comparaison avec le ralentissement de l’économie brésilienne, paraîtrait aussi élevé. Elle n’avait pas non plus prévu que, tout à coup, la revendication sociale des Brésiliens deviendrait iconoclaste au point de contester une compétition que l’on croyait inscrite dans leurs gènes. Il y a deux Brésil aujourd’hui : celui qui se plaint des embarras que la coupe du monde crée dans ses cités et en dénonce le prix, et celui qui continue à célébrer le foot avec une ferveur élégiaque. Il va y avoir des élections générales au Brésil et Mme Roussef risque d’y affronter le mécontentement national.

Du Brésil au Qatar.

Pourtant, la présidente brésilienne n’est nullement une autocrate qui aurait cédé à la mégalomanie, comme Poutine à Sotchi. Elle a cru bien faire pour son pays, lequel est la patrie du football. Dans ce domaine, la concurrence est universelle et donne lieu à des dérives. Par exemple, les conditions dans lesquelles la coupe 2022 (c’est si loin !) a été attribuée au Qatar font l’objet de questions insistantes, depuis l’idée saugrenue d’organiser un tournoi dans un pays où il fait 50 degrés jusqu’au rôle de l’argent dans la décision prise par la Fédération internationale de football. Panem et circenses, soit. Une forme stricte de régulation n’en devient pas moins indispensable.

RICHARD LISCIA

 

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2 Responses to Foot, opium du peuple

  1. Dr Jérôme Lefrançois dit :

    Lorsque je vois et j’entends les « anencéphales » joueurs de foot (écoutez-les parler-car ils n’écrivent pas-!), lorsque je vois que les mêmes sont emplis d’argent, lorsque je vois les foules en délire, et les mêmes mouvements de foule (par essence même sources de dangers et de comportements incontrôlables) chez les spectateurs du foot, lorsque je vois les supporters-hooligans hurlants et éructant leur agressivité, lorsque je vois l’affairisme et les magouilles qui entourent le foot, je déteste le foot et tout ce qui l’entoure.
    Probablement que, outre la (basse) démagogie et le clientélisme qui caractérisent la classe politique, cette dernière fait mine de s’intéresser au foot parce que, au moins pendant ce temps, le « peuple » ne pense pas…

  2. Dr Delahousse dit :

    Rien à ajouter…

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