Modèles italiens

Sarko puissance 10
(Photo AFP)

Pour riposter aux attaques lancées par Nicolas Sarkozy contre la justice, la gauche l’accuse de berlusconisme. L’ancien président français serait la copie conforme de l’ancien président du conseil italien, lequel est bien connu, justement, pour les accusations dont il abreuvait les magistrats qui traitaient ses multiples affaires. Par ailleurs, la comparaison entre Matteo Renzi, « wonder boy » de la politique italienne et Manuel Valls est devenue l’analyse la mieux partagée par la classe politique. Qu’en est-il vraiment ?

COMME Silvio Berlusconi, M. Sarkozy dit qu’il est victime d’un complot de l’appareil judiciaire contre lui. Il va même plus loin puisqu’il affirme qu’il y a collusion entre la justice et le pouvoir. Mais la comparaison s’arrête là. L’ex-président français n’est pas l’homme le plus riche de son pays, il n’a pas utilisé sa majorité parlementaire pour faire voter des lois utiles à ses intérêts financiers, et on ne lui connaît aucun débordement sexuel, pas plus qu’il n’a organisé des parties fines dans ses demeures (faits qui ont valu sa chute à M. Berlusconi). M. Sarkozy gouvernait, comme ses prédécesseurs et son successeur, avec des hauts et des bas. M. Berlusconi n’a jamais tenté de réaliser la moindre réforme et restait si indifférent à la dérive financière de l’Italie qu’il s’était disqualifié aux yeux de l’Allemagne et de la France.

Lois d’exception.

Alors que la gauche ne peut reprocher à M. Sarkozy que des propos, la gauche italienne se révoltait contre des lois d’exception qui portaient atteinte au fonctionnement de la démocratie. On ne peut pas dire que, pendant son mandat, M. Sarkozy ait si bien retourné les institutions qu’il en tirerait profit aujourd’hui. La preuve : les affaires multiples où son nom est mentionné, sa mise en examen actuelle, la deuxième, les risques qu’il continue à courir et qui sont immenses. Certes, M. Berlusconi exécute actuellement une peine d’intérêt général en veillant sur des malades, mais, compte tenu du poids de son dossier, il s’en sort plutôt bien.

Par ailleurs, Manuel Valls reproduit-il les performances de Matteo Renzi ? Non. Il dirige une majorité qui a été battue aux municipales et aux européennes alors que le président du Conseil italien a remporté un triomphe lors du scrutin européen. M. Valls n’est pas le chef de l’exécutif et n’a pas les mains libres. Il est constamment cornaqué par François Hollande tandis que M. Renzi, qui, pour le moment, bénéficie d’un état de grâce, fait à peu près tout ce qu’il veut et lance des réformes. Surtout, M. Valls lutte contre le scepticisme de l’opinion alors que les Italiens encouragent M. Renzi.

Il y a jeune et jeune.

On croit voir chez les deux hommes le même profil parce qu’ils sont jeunes, décidés, dynamiques et rapides. Mais M. Renzi a douze ans de moins que M. Valls, il est donc extrêmement jeune par rapport aux fonctions qu’il occupe, ce qui augmente un prestige personnel qui l’autorise à agir promptement. Le chef du gouvernement italien n’est pas obligé de composer tous les jours avec des dissidents qui le désavouent, s’opposent à son action, ou essaient de déposer au Parlement des propositions de loi qui vont dans le sens inverse de ce qu’il fait. De même, M. Berlusconi est de seize ans plus âgé que M. Sarkozy.

On a fait un peu vite des rapprochements dictés par les apparences. M. Sarkozy n’est pas encore tombé au fonds du puits d’ignominie où barbote aujourd’hui M. Berlusconi, ce qui ne préjuge en rien de ce qui lui arrivera dans les semaines et les mois qui viennent. M. Valls ne dispose pas des atouts dont bénéficie M. Renzi. L’ancien président ne mérite pas encore d’être comparé à Silvio Berlusconi. Quant à notre Premier ministre, il est surtout séduit par le parcours de M. Renzi et il l’envie.

RICHARD LISCIA

 

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