Rentrée amère

Le champion du temps perdu
(Photo AFP)

Le premier conseil des ministres de la rentrée, ce matin à l’Élysée, n’aura pas été celui de la confiance retrouvée et de l’enthousiasme : les journaux sont pleins des projets gouvernementaux, des stratégies destinées à contrer le terrible constat d’une croissance nulle pendant les six premiers mois de l’année, de l’absence totale de résultats en matière de déficits, de dette, de croissance et d’emploi. Mais le coeur, décidément, n’y est pas.

POUR AU MOINS deux raisons : la première est que François Hollande et Manuel Valls ont épuisé tous les instruments de la relance économique sans avoir obtenu une amélioration de la conjoncture. La seconde est que leur échec multiplie à l’infini le nombre de conseilleurs, de frondeurs et de dissidents. Si le gouvernement a échoué, c’est parce que le président de la République refuse d’ignorer les donneurs de leçons de la gauche qui continuent de croire à la politique de la demande. Quand, aujourd’hui, on nous apprend que de nouvelles baisses d’impôts vont être annoncées, pour un montant compris entre un et deux milliards d’euros, comment ne pas exprimer notre scepticisme? Le pouvoir est englué dans une défaite économique compliquée par une contestation politique dont la vrille la plus perçante vient de la gauche et non de la droite.

La poisse ?

Le découragement populaire est tel que les Français, harcelés sans cesse par des discours savants sur les raisons de la déliquescence, se demandent si, tout simplement, ce gouvernement a la poisse. Ce n’est pas vrai. Il paie d’abord le mensonge originel d’une campagne électorale pavée de promesses hasardeuses, insoutenables, qui, en définitive, n’ont pas été tenues, sauf pour les réformes de société. Mais il fallait au pays autre chose que le mariage pour tous et une réforme judiciaire vouée au laxisme sécuritaire. En 2012, il fallait aller vite, engager des réformes structurelles propres à dynamiser notre industrie, reconnaître les nouveaux fondamentaux imposés par la mondialisation, au lieu de croire, comme Arnaud Montebourg, que la petite France allait résister à un mouvement planétaire.

D’autres l’ont fait.

Ensuite, au bout de deux ans de marasme ininterrompu, François Hollande s’est donné une nouvelle chance, en la personne de Manuel Valls. Il aurait dû lui lâcher la bride sur le cou,  laisser libre cours à son autoritarisme, lui permettre d’engager les politiques indispensables que lui, Hollande, n’avait pas eu le courage de lancer. Au lieu de quoi, comme d’habitude, le chef de l’État s’est efforcé de contenter tout le monde : les hommes d’affaires, l’aile gauche de son parti, ses amis et ses adversaires. Le mal profond du pays aujourd’hui, c’est l’espoir intime que François Hollande continue à nourrir : son second mandat présidentiel. Il n’a eu de cesse de tenir compte de la dissidence socialiste, d’amadouer les députés frondeurs, de limer les armes acérées que M. Valls aurait voulu utiliser. Le désespoir français, désormais, ne découle pas de la méfiance qu’inspire M. Hollande, mais du terrible désastre politique que lui a dicté son instinct de conservation : il n’y a pas d’alternative de droite parce que la droite est décomposée, et il n’y a pas d’alternative au sein de la gauche parce que M. Valls a été neutralisé par M. Hollande.

On a perdu du temps, avec les deux premières années du mandat présidentiel. L’impression, en cette rentrée et que l’on a perdu aussi les trois ou quatre mois qui ont suivi l’intronisation de Manuel Valls, ce nouveau Premier ministre qui sent déjà la naphtaline. Or, pour les réformes, c’est le temps, c’est la vitesse, c’est même la hâte qui comptent. Aller vite, prendre tout le monde par surprise, bousculer tous les conservatismes (regardez ce que l’on est en train de faire de la réforme territoriale), voilà comment on conjure le destin. Mais, bon sang !, du Canada à l’Allemagne en passant par le Danemark, d’autres l’ont fait.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Rentrée amère

  1. phban dit :

    François Hollande est un crocodile de marigot politicien, un manœuvrier de parti. Il n’a aucune vision, il ne sait que naviguer entre deux eaux, à trouble vue, de courant en courant.
    Et Valls s’est lui-même jeté dans le piège de son plus médiocre adversaire, en se liant pieds et poings, dommage !

  2. Ojj dit :

    Constat alarmiste mais néanmoins probablement réaliste. Il serait préférable que notre président ait un reste d’honneur pour reconnaître son échec et s’effaçer plutôt que d’entrainer inexorablement le pays dans un abîme sans fond. A défaut, sans échéance électorale majeure anticipée, il est à craindre que le pays aille dans le mur

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