L’Ukraine envahie par les Russes

Sait-il où il va ?
(Photo AFP)

Les combats font rage dans l’est de l’Ukraine et, depuis le début de la crise entre Kiev et Moscou, on dénombre 2 600 morts, militaires et civils. Le président ukrainien, Petro Porochenko, a rencontré Vladimir Poutine, mais la conversation n’a produit aucun résultat. Kiev et Washington accusent Moscou d’avoir dépêché des soldats russes en Ukraine, de sorte que la guerre civile, qui semblait tourner à l’avantage du gouvernement ukrainien, se transforme en une bataille disproportionnée entre la Russie et l’Ukraine.

L’EUROPE et les États-Unis sont appelés à prendre de nouvelles sanctions contre la Russie qui souffre déjà des dispositions prises antérieurement. L’inconvénient des sanctions économiques est qu’elles pénalisent autant celui qui les adopte que celui qui les subit. Bien entendu, la Russie multiplie les menaces et annonce que, l’hiver prochain, elle n’acheminera pas  son pétrole et son gaz en Europe. Dirigeants français, allemands et américains excluent tout engagement militaire en faveur de l’Ukraine, ce qui déclencherait une conflagration européenne. Poutine le sait, qui procède par touches successives, en testant les Occidentaux, pour savoir à quel moment ils vont se fâcher et le combattre. L’Ukraine demande à être intégrée dans l’OTAN, ce qui contraindrait l’Organisation atlantique à voler à son secours. J’imagine qu’on va lui demander un peu de patience.

Une guerre d’usure.

Vladimir Poutine sait-il seulement ce qu’il veut ? Il a déjà conquis la Crimée sans tirer le moindre coup de feu et, s’il avait voulu s’emparer de la totalité de l’Ukraine, il l’aurait déjà fait et mis les Occidentaux devant le fait accompli. Il semble vouloir laisser les rebelles au pouvoir dans le Donbass, la région de Donetsk et, pour éviter qu’ils soient annihilés par l’armée ukrainienne, il a rétabli l’équilibre en envoyant des chars et des soldats russes, tandis qu’une force de 20 000 russes campe à la frontière, selon l’OTAN. On dira que rien ne s’oppose à la volonté de Poutine et que, s’il s’agit de maintenir l’Ukraine dans le giron russe, il va forcément triompher. Mais il s’est lui-même engagé dans une guerre d’usure d’où il pourrait ne pas sortir indemne. Il y a des pertes dans le camp russe, et déjà, des familles demandent pourquoi leur pays, qui n’est pas en guerre officiellement, a envoyé des jeunes gens à la mort. Les sanctions européennes et américaines ont produit leurs effets sur l’économie russe : exil massif des capitaux, comptes russes à l’étranger bloqués, chute alarmante du rouble, pénurie de nombreux produits sur le marché.

Une question de popularité.

Ce que risque Poutine, c’est donc, après une envolée de sa cote de popularité grâce à une politique de force en Ukraine qui enflamme le nationalisme russe, un brutal retour aux réalités, si le niveau de vie des Russes diminue et si l’aventure ukrainienne se transforme en Vietnam pour la Russie. L’expérience afghane et les deux atroces guerres de Tchétchénie ne sont pas si lointaines que les Russes les aient oubliées. Bien qu’il soit un despote, Vladimir Poutine a besoin de convaincre une majorité de Russes que ses projets hégémoniques méritent qu’ils fassent des  sacrifices. S’il coupe les robinets du gaz et du pétrole, ils en seront les premières victimes car ils vivent des exportations d’énergie. Il y a peu de chances que le conflit s’élargisse ou embrase l’Europe, mais il faut se préparer à un affrontement lent où tout le monde perdra des plumes, sans jamais oublier qu’à une solution négociée, parfaitement possible, M. Poutine a préféré la confrontation militaire, avec tout ce qu’elle implique, depuis huit mois, de mensonges, d’hypocrisie et de violences.

RICHARD LISCIA

 

 

 

 

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2 Responses to L’Ukraine envahie par les Russes

  1. Robert SAINT-JACQUES dit :

    Le tsar sait ce qu’il veut : le retour de la Grande Russie. Il connaît les arcanes de la politique intérieure et des relations internationales, il connaît les échiquiers politico-économico-militaires et il maîtrise, à sa façon certes, une certaine communication. Il a orchestré l’annexion voire, pour ceux pour qui l’histoire et le verbe comptent, le retour de la Crimée dans le giron russe. Ce fut pour lui et nombre d’autres, un épisode banal et d’ailleurs, l’encre a fort brièvement coulé mais pas le sang. Il n’envahira pas l’Ukraine; l’engrenage serait majeur et délétère, tant dans que hors les murs. Son action vise, depuis de longs mois et au prix de nombreux morts, à permettre que certaines régions puissent « officiellement » demander leur rattachement à la mère Russie, avant que le nouvel État ukrainien n’y ait rétabli l’ordre. Les impatiences locales, le temps, les sanctions et autre conflits dont, et surtout, celui maintenant clairement identifié EI, poussent le tsar soit à précipiter les choses, soit à laisser son armée privée d’une banale logistique de base, puisque certains de ses soldats s’égarent en Ukraine et, semble-t-il, certains de ses blindés font de même. Il serait donc judicieux que l’ONU prête, d’urgence et directement, quelques GPS aux soldats et blindés russes pour qu’ils puissent clairement localiser la frontière russo-ukrainienne et partant garantir la paix aux confins de l’Ukraine.

  2. MARBOUTIN dit :

    La diplomatie française et européenne semble bien s’égarer. L’intérêt naturel des Européens est d’accepter le rapprochement de la Russie, plutôt que de la pousser vers la Chine. Même Jacques Attali le dit. Alors, les mêmes erreurs commises par rapport aux dictateurs. Pas très intéressant.
    Ils passeront.

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