PS : rien n’est réglé

« Camba » : lucidité
(Photo AFP)

Sifflé au début de son discours à l’université d’été du PS à la Rochelle, acclamé à la fin, Manuel Valls s’est sorti sans trop de dommages de ce rassemblement socialiste ; mais il sait, dans son for intérieur, qu’il n’a rien réglé, qu’il n’a pas réuni la totalité des élus de son camp autour de son programme et qu’il va devoir l’appliquer avec ou sans leur consentement. « J’aime les socialistes », a-t-il affirmé après avoir dit au Medef : « J’aime les entreprises ». Compte tenu de l’anachronisme des idées qui continuent à fleurir au PS, il faut bien, pourtant, qu’il choisisse entre ses deux passions.

ON NE PERÇOIT aucune discipline dans les rangs du parti, et pas davantage au gouvernement. Christiane Taubira, égérie de la gauche sans concessions, a fait un pied-de-nez au Premier ministre en arrivant triomphalement à la Rochelle ; Martine Aubry veut que l’encadrement des loyers, levé par M. Valls parce que la mesure de Cécile Duflot a provoqué l’effondrement du marché immobilier et de la construction, soit appliqué à Lille et dans les villes qui le souhaitent. M. Valls n’a pas répondu à ces provocations : il voulait, dimanche, refermer l’épisode rocambolesque ouvert lundi par la démission de son premier gouvernement. Sa tactique est claire : pas besoin de se fâcher pour le moment, réservons notre énergie pour les batailles budgétaires qui s’annoncent à l’Assemblée et feignons d’être zen avant de montrer les dents.

Chahut d’écoliers.

Le chef du gouvernement a donc réussi à réduire la tension, mais d’une manière tout à fait provisoire. Les frondeurs et ceux qui les soutiennent n’ont pas mis une sourdine à leurs revendications. Ils continuent à croire qu’ils sont en mesure de modifier en profondeur la politique de l’exécutif. Cet entêtement les conduira à la crise de régime s’ils ne prêtent pas attention au dégoût que leurs palinodies inspirent à l’opinion. Le président de la République, fidèle à sa stratégie du louvoiement, fera peut-être des concessions à la marge, mais il ne peut plus reculer : le problème n’est plus seulement les déficits ou le budget, c’est la foire d’empoigne qu’est devenue la scène du pouvoir où un ministre (Montebourg) n’a cessé de brocarder le chef de l’État et continue à le faire après son limogeage, où une autre, (Taubira) a pris l’engagement solennel, comme tous ses collègues, de ne plus faire de vagues et s’est empressée d’adresser un message subversif aux socialistes réunis à la Rochelle, où l’absence totale de respect pour la fonction, sinon pour celui qui l’occupe, ressemble au chahut d’écoliers que le maître d’école n’impressionne plus.

Cynisme et naïveté.

Sous le sacerdoce sans cesse invoqué, sous l’ardente référence aux idéaux, sous l’exaltation des mots qui ne veulent plus rien dire, comme « gauche » ou « débat d’idées », percent en réalité des ambitions individuelles qui associent un cynisme calculateur à la naïveté opérationnelle : ils croient qu’ils vont tout changer en se battant sur les barricades de la Commune, alors que leur campagne, si elle se poursuit, finira par un désastre pour leur camp. Quand le Premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, admet que François Hollande risque ne pas être candidat à un second mandat, on décèle une atmosphère de fin de règne. Pendant que les trublions du PS poursuivent leur soliloque et se moquent de leur chef, le blocage institutionnel se dessine à l’horizon, avec, parmi d’autres probabilités, l’arrivée au pouvoir du Front national.

RICHARD LISCIA

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