L’aveu d’impuissance

L’histoire d’une rupture
(Photo AFP)

Valérie Trierweiler publie aux éditions « les Arènes » un livre intitulé « Merci pour ce moment » qui, en dépit du titre, ne dresse pas du président Hollande un portrait favorable. L’hebdomadaire où travaille l’ex-première dame, « Paris-Match » propose à ses lecteurs quelques extraits de l’ouvrage où on ne trouvera aucun secret d’État mais le récit d’une rupture qui a bouleversé l’auteure. Les hommes politiques interrogés depuis ce matin à ce sujet jurent qu’ils ne liront pas le livre de Mme Trierweiler.

ILS SE HÂTENT en effet de se démarquer d’une affaire strictement privée et sentimentale au moment où la France rencontre des difficultés alarmantes. L’Élysée annonce que le gouvernement de Manuel Valls engagera sa responsabilité le mardi 16 septembre, comme l’y conviaient ses adversaires socialistes. Personne ne croit vraiment que le Premier ministre ne trouvera pas une majorité, même si, de toute évidence, le schisme entre les « frondeurs » et le pouvoir est consommé. La gauche de la gauche a tout fait, depuis quelques jours, pour brocarder M. Valls, pour s’opposer à ses idées, pour réclamer un retour à l’orthodoxie socialiste. L’épisode Rebsamen en témoigne. Le ministre du Travail a annoncé hier qu’il allait multiplier les contrôles de Pôle emploi pour écarter les chômeurs qui ne cherchent pas un emploi ou refusent ceux qui leur sont proposés. Avec trois millions et demi de chômeurs, les fraudeurs ne peuvent représenter qu’une petite minorité, et peut-être la priorité n’est-elle pas de lutter contre ceux qui vivent aux crochets du contribuable. Mais la riposte de la gauche et des syndicats a été d’une violence inouïe, comme si François Rebsamen était le pire des réactionnaires.

Sapin baisse les bras. 

Dans ce contexte politique extrêmement malsain, qui pose la question de la survie de l’exécutif, les nouvelles économiques sont chaque jour plus mauvaises. Michel Sapin, ministre des Finances, déclare qu’il ne sera pas capable de réduire la dépense publique de 21 milliards cette année (le premier lot d’un total de 50 milliards en trois ans) pour diverses raisons qui sont toutes excellentes (absence de croissance, début de déflation, rentrées fiscales en berne), mais qui placent la France dans une situation intenable vis-à-vis de Bruxelles. Car nous n’avons respecté aucun des objectifs budgétaires des années précédentes du mandat de M. Hollande, nous continuons à emprunter et notre dette nationale va dépasser les 100 % du PIB dès cette année. Mme Trierweiler décrit un François Hollande que le pouvoir a rendu cynique et méprisant, et même barricadé à l’Élysée ; on suppose que ces nouveaux revers de sa politique économique, associés à la chute constante de sa popularité, ne le rendront pas plus aimable.

Est-il permis de dire que, si M. Sapin baisse les bras publiquement, c’est parce que, pendant les deux premières années du mandat présidentiel, le chef de l’État a engagé une politique erronée, caractérisée notamment par de nouvelles dépenses et des hausses d’impôt qui ont empêché le retour de la croissance ? Et que, au moment où il change enfin de politique, provoquant de la sorte un séisme dans son propre camp, il ne trouve pas les ressources qui assureraient un redressement progressif du pays ? Battu par les statistiques, le président est tellement contesté par les siens qu’ils ne souhaitent plus sa candidature à un second mandat. C’est leur hostilité toujours croissante qui, dans un contexte économique et financier désastreux, crédibilise les hypothèses catastrophiques de dissolution de l’Assemblée ou de démission du président. M. Hollande continue à se battre dans un espace qui ne cesse de rétrécir, dans les commémorations,  les inaugurations ou les visites où il promène sa mine bonhomme et lance ses plaisanteries. Tout le reste joue contre lui : la double opposition qui le harcèle, le cumul d’échecs annoncés quotidiennement, une chute sans précédent dans les sondages d’opinion.

RICHARD LISCIA

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8 Responses to L’aveu d’impuissance

  1. phban dit :

    Quelle implacable trajectoire, digne d’un conte moralisateur à la mode d’autrefois, dont le titre pourrait être : « La triste chute de l’hypocrite ».

  2. Delteil christian dit :

    De Gaulle à Claude Guy son aide de camps : » Voyez- vous, je suis hanté, je suis rongé par la pensée de ce que la France perd chaque jour », alors qu’il attendait son retour aux affaires.
    Et nous, nous le sommes à la pensée de ce que la France a perdu en deux ans et demi depuis l’élection de ce président. Comment la majorité de nos concitoyens a-t-elle pu se laisser berner de la sorte ? Et surtout, comment certains peuvent-ils encore faire confiance, de moins en moins nombreux il est vrai, à ce pantin qui s’agite sous la pluie ? Nous paierons cette erreur encore longtemps.

  3. François Hollande est-il responsable de la crise de 2008 ? Car nous n’en sommes pas vraiment remis, semble-t-il. Pas facile de prendre les commandes d’un bateau qui prend l’eau … De là à parler de catastrophe ou de désastre, c’est un peu excessif concernant la cinquième (sixième ?) puissance économique du monde.

    • Delteil christian dit :

      Ne nous gargarisons pas avec la cinquième ou sicième puissance du monde pour nous donner l’illusion de notre « puissance ». Disparue, et depuis pas mal de temps, cette puissance, au fur et à mesure que nous baissons dans le classement. Nous étions la première, puis la seconde et maintenant…force est de constater que les gesticulations de notre président n’impressionnent personne, et même pas lui.

      • Chacun son tour pour les premières places. Abolis, les privilèges liés à la naissance ou au mariage; encore que, fils de, fille de, femme de, époux de, cela marche encore très bien …
        Nous avons quand même de beaux restes, non ? Je n’ai pas l’impression que François Hollande gâche l’héritage reçu. Nous sommes un pays social et c’est très bien. Cela coûte cher, mais bon.
        Quel-le que soit le-la capitaine de cinq ans, le vieux bateau vogue. Profitons-en, nous les Français-e-s, qui sommes encore très « enfants gâté-e-s ».
        Car la concurrence devient féroce. Bientôt 8 milliards !
        http://www.worldometers.info/fr/population-mondiale/

  4. Jeanjean dit :

    « Profiter ». Cette ligne de conduite, me paraît irresponsable, sauf à se désintéresser de l’avenir de nos enfants qui seront les pauvres de demain. Sans vouloir faire du repli sur soi anti-européen ou anti-mondialisation puisqu’on ne peut rien tout seul, ou du chauvinisme nationaliste, recommander ce dogme de jouissance relève de l’idéologie soixante-huitarde dont il faut impérativement s’affranchir.

  5. Robert SAINT-JACQUES dit :

    Les problèmes de cœur et de rancœur de Mme T, ne regardent qu’elle et son ex-partenaire. Les exposer, c’est, de part et d’autre, un signe de faiblesse et les commenter c’est, au fond, parler pour ne rien dire.
    Les Français ont élu, il y a plus de deux ans, le président sur un programme et dans un contexte socio-politico-économique reconnu par tous comme particulièrement difficile et, sondages récurrents à l’appui, les Français regrettent leur choix électoral et semblent convaincus que le président n’est pas l’homme de la situation.
    L’heure est grave et nous sommes à deux doigts d’une impasse majeure. « C’est maintenant » que le président doit choisir: agir ou partir.

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