Sarko : retour imminent

La route est longue
(Photo S. Toubon)

La rumeur d’un retour prochain de Nicolas Sarkozy sur la scène politique devient assourdissante. On lit, ici et là, qu’il ferait sa rentrée sous la forme d’un entretien télévisé. Quoi qu’il décide, le come-back de l’ex-président sera bien plus malaisé qu’il le croyait il y a encore quelques mois. Pour plusieurs raisons, la première étant qu’il n’en a pas fini avec la justice et que, pendant les 29 mois restants du mandat présidentiel de François Hollande, les rebondissements judiciaires des affaires où il est impliqué risquent d’être nombreux et, surtout, de le disqualifier.

CERTES, les juges auront beaucoup de mal à le confondre, d’autant que certaines procédures lancées contre lui ne semblent pas faites au coin du bon sens. Si on peut exclure les poursuites engagées dans le cadre d’un paiement de 50 millions d’euros que Kadhafi aurait fait à l’ancien président, l’affaire Tapie et, plus encore, l’affaire Bygmalion peuvent aboutir à de sévères mises en examen. Il entraînerait alors dans sa chute quelques-uns de ses amis ou anciens amis, de sorte que la stabilisation de l’UMP souhaitée par Alain Juppé et François Fillon pourrait bien ne pas avoir lieu.

Des conditions différentes. 

Mais, même si M. Sarkozy réussit à se libérer de toutes les menaces judiciaires qui pèsent sur lui, il va faire son retour dans des conditions très différentes de celles qu’il voulait réunir. La conjoncture politique l’oblige à se démasquer beaucoup plus tôt qu’il ne le souhaitait. Il n’est plus question pour lui d’arriver et de vaincre, c’est-à-dire de prononcer quelques mots suffisants pour faire de lui ce candidat incontesté de la droite auquel son propre parti ne saurait infliger une élection primaire. Il ne peut être en vérité que candidat à la présidence de l’UMP. Elle lui sera confiée aisément, mais elle n’empêchera pas François Fillon, Alain Juppé, Xavier Bertrand et quelques autres de rester candidats à la présidence de la République. La primaire à droite aura donc lieu, ce qui est souhaitable dans le cadre d’une démocratisation de la droite, qui passe par le recours aux urnes, mais qu’il redoute car elle ralentirait sa course. Dans ces conditions, la présidence de l’UMP serait surtout une corvée parce qu’il reviendra à M. Sarkozy de rééquilibrer ces comptes du parti qu’il a beaucoup contribué à dégrader par ses excessives dépenses de campagne.

Ce que veulent les gens.

En outre, l’ancien président souffre aujourd’hui d’un problème d’image. Personne ne peut dire avec certitude qu’il est le meilleur candidat de la droite classique. S’il est à peu près assuré d’obtenir une large majorité des votes des militants UMP, les sondages indiquent régulièrement qu’il est rejeté par une majorité de Français. Ses concurrents de droite, surtout Alain Juppé, seraient mieux placés pour l’emporter contre le candidat de la gauche. Certes, depuis qu’il laisse courir le bruit de son retour en politique, M. Sarkozy aura noté quelques ralliements spontanés, comme celui de Laurent Wauquiez et de Christian Estrosi qui, naguère, avaient pris leurs distances avec l’ancien président. De plus, il entend bien provoquer un raz-de-marée en sa faveur en utilisant son charisme et son sens du leadership. Mais aujourd’hui, la politique a cédé le pas à la technique : ce que les Français veulent, c’est un président capable de créer de la croissance et de l’emploi, et non le lyrisme d’une campagne pleine de mots mais sans contenu. Or M. Sarkozy a eu de mauvais résultats économiques pendant son mandat.

Si l’on en croit la presse, il  veut « tout changer », l’UMP, son propre discours, et même ses idées. Il abandonnerait la stratégie qui l’a conduit à sa défaite en 2012. Il cesserait de solliciter les voix de ceux qui sont séduits par le Front national. Il veut former un grand mouvement politique incluant la droite et tous les centres, ce qui d’ailleurs était la vocation première de l’UMP. Si c’est vrai, cela voudrait dire qu’il présenterait un programme comparable à celui d’Alain Juppé. Le maire de Bordeaux n’a qu’un défaut, son âge, mais il n’est pas si âgé qu’il ne puisse exercer la fonction de président de la République entre 2017 et 2022. Surtout, M. Sarkozy doit nous prouver qu’il a maîtrisé son caractère, qu’il s’est lavé de ses vulgarités, qu’il a acquis la dignité qui convient aux fonctions auxquelles il aspire. Pour un homme censé lancer des réformes essentielles, le problème sera d’abord de se réformer lui-même.

RICHARD LISCIA

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4 Responses to Sarko : retour imminent

  1. phban dit :

    Désolé, mais son incapacité à gérer le budget de sa campagne électorale le disqualifie totalement : comment pourrait-il gérer celui de la France sans laisser encore une fois filer les déficits ?
    Il nous faut un président sérieux, posé et capable de sacrifice, dans ce rôle Fillon ou Juppé sont bien plus crédibles.

    • lionel dit :

      Juppé sera le plus crédible (comme en 1995…). Fillon s’est fait humilier pendant cinq ans par Sarkozy et n’a pas eu le courage ni de l’affronter ni de démissionner, tout ça pour garder son poste : c’est méprisable.
      Par ailleurs « l’âge » de Juppé en fait un atout, en effet, il ne briguera pas un second mandat et réformera en profondeur sans peur du lendemain comme en 1995.

  2. Chambouleyron dit :

    Sarko est un bad-boy, et alors, cher M.Liscia! Tout le long de son mandat, il n’a été attaqué que sur cet aspect et bien moins sur sa politique. En 2008 il fallait qu’il déclare solennellement que l’argent dans les banques resterait au peuple pour que la foule ne se précipite pas aux guichets. C’est un homme d’État. Je n’ai pas pas la cruauté de vous parler de Flanby que vous défendiez toutes voiles dehors!
    PS : quant aux sinuosités de la chronique du 8 septembre, cela m’a fait penser aux sorcières de Macbeth. ou au choeur des pleureuses. Je vous pardonne.

    Réponse
    Vous êtes trop bon, Shakespeare. Mais vous ne manquez pas d’air. J’ai été l’un des rares à souligner le rôle de M. Sarkozy pendant la crise de 2008, mais, bien sûr, vous préférez l’oublier. Utiliser l’expression « défendre toutes voiles dehors » (je vous laisse la paternité de ce néologisme) à propos de simples nuances dans la critique me paraît correspondre exactement à ce qu’il ne faut jamais faire. Et que je ne fais pas.

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