La maladresse du Medef

Gattaz : vite en besogne
(Photo AFP)

Le journal « Les Échos » a publié dimanche des propositions du Medef que le patronat s’est empressé lundi d’ajourner d’une semaine. L’organisation patronale proposait de supprimer deux jours fériés par an, des dérogations à la durée légale du travail, une révision du salaire minimum et l’extension du travail dominical. Bref, pour la France, des idées explosives, même si elles sont appliquées ailleurs avec succès. Le problème, c’est que le Medef a choisi un très mauvais moment pour s’exprimer.

EN EFFET, le gouvernement qui, par la voix de Manuel Valls, a réaffirmé avec force son soutien aux entreprises, affronte une semaine politique particulièrement difficile. Demain, le Premier ministre engage la responsabilité de ce gouvernement et jeudi, le chef de l’État tient une conférence de presse. L’exécutif doit à tout prix maîtriser la « fronde » des élus socialistes hostiles à son programme économique, ce qui ne sera pas aisé, et il doit procéder à des réformes malgré sa très forte impopularité. Les gages donnés au patronat étaient suffisants pour que celui-ci évite de lancer un pavé dans la mare. Dans le document publié par « Les Échos », le Medef reconnaît lui-même que ses propositions « apparaîtront certainement agressives ou caricaturales à certains ».  L’unique certitude, dans cette affaire, c’est que la tâche de persuasion que le gouvernement s’est assignée va s’en trouver fort compliquée.

Un lien discutable.

D’autant que le Medef a cru bon d’indiquer les créations d’emplois correspondant à chacune des mesures, qu’il s’agisse de la suppression de deux jours fériés (100 000), des dérogations au SMIC (entre 50 et 100 000), ou du travail le soir et le dimanche. Or rien ne semble plus aléatoire que le lien, si vite établi par le patronat, entre une réforme et ses bienfaits. Les syndicats ont beau jeu de dire que, dans l’ensemble de ces propositions, ils savent ce qu’ils perdent et ne savent pas ce qu’ils vont gagner. Propositions purement économiques, affirme le Medef, qui entend, dit-il, apporter sa contribution au débat. Mais, en réalité, tout est politique, comme le montre le débat idéologique, tendu et bruyant sur la politique de l’offre, qui risque d’aboutir à une scission de la majorité, à une dissolution de l’Assemblée, à des élections anticipées. Le Medef aurait dû attendre que Manuel Valls passe ce cap avant de jeter ses propositions à la figure des socialistes.

Prudence.

Ce qui ne veut pas dire que les idées lancées par les patrons ne devraient pas figurer dans les réformes à venir. Pourquoi rejeter le travail du dimanche s’il crée des emplois ? La suppression de deux jours fériés correspond en fait à la nécessité d’augmenter la productivité. Il y a peut-être d’autres moyens, par exemple l’assouplissement de la semaine de 35 heures (qui ne doit pas s’ajouter à d’autres formes d’augmentation du temps de travail), ou une meilleure formation. Rien, dans ce qui est proposé par le patronat, n’est vraiment nouveau. On a déjà pensé à de telles mesures et elles ont été systématiquement dénoncées par la gauche et par les syndicats. Ce n’est pas le Medef qui doit les ressusciter, c’est M. Valls qui doit les imposer à sa majorité. Le réalisme nous rappelle qu’on peut faire des progrès sur le marché du travail, mais qu’il faut avancer prudemment dans cette voie. Le pays est au bord de l’explosion. Il est curieux que le Medef ne s’en soit pas aperçu.

RICHARD LISCIA

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