Écosse : le mal est fait

Salmond, un populiste
(Photo AFP)

Quel que soit le résultat du référendum sur l’indépendance de l’Écosse, il laissera des traces profondes. Il aura divisé la société écossaise qui est moitié pour et moitié contre ; dans le cas du « non », les Écossais réclameront l’application des mesures offertes par le Premier ministre britannique, David Cameron, et qui tendent à accroître sensiblement l’autonomie écossaise, laquelle est pourtant assurée par la « dévolution » accordée par Tony Blair ; l’affaiblissement de la Grande-Bretagne, amputée ou non de l’Écosse, s’aggravera.

POUR réclamer l’indépendance, le Premier ministre écossais, Alex Salmond, s’est référé, en bon populiste, à des arguments parfaitement égoïstes : l’Écosse est plus riche que le reste du Royaume-Uni et n’entend plus payer pour les Gallois ou les Anglais ; elle a droit à la majeure partie du pétrole extrait de la mer du Nord ; elle veut sa liberté, mais en même temps, elle ne souhaite prendre aucun risque, en gardant la livre sterling comme monnaie et en restant dans l’Europe. Qu’un tel stratagème puisse convaincre la moitié des Écossais laisse sans voix : M. Salmond propose tous les avantages, réels ou non, de l’indépendance, il prétend que les Écossais n’en subiront pas les inéluctables inconvénients. Tous les Écossais, certes, ne le croient pas qui, pour la moitié d’entre eux, voteront non. Mais que l’autre moitié se laisse berner par un discours aussi infantile est tout de même surprenant.

À la recherche d’une cause.

Car les représentants des institutions européennes n’ont pris aucun engagement avec l’Écosse ; ils estiment que, de facto, elle quitte l’Union européenne si elle s’affranchit du gouvernement de Londres ; et que, si elle veut revenir dans le giron de l’UE, elle devra négocier pendant des années. Car qu’est-ce que l’Europe sinon la possibilité de toute région de commercer ou de procéder à des échanges culturels avec d’autres régions de l’Union, sans passer par le pouvoir central ? Et, tant que l’Union existe, à quoi bon se séparer du Royaume-Uni ? L’Écosse serait-elle un paradis où, tous les problèmes économiques et sociaux étant réglés, ses habitants auraient le loisir d’inventer une crise et de la résoudre par un scrutin ?

De ce point de vue, le puissant euro-scepticisme des Britanniques a préparé la voie de l’indépendantisme écossais en donnant l’exemple d’une insularité irréductible. Le repli sur soi, l’érection de frontières anachroniques, la recherche incessante de l’unité ethnique qui transforme les États en peau de chagrin forment une politique nuisible, contre-productive, intolérante, souvent xénophobe, pleine d’aléas. Tout se passe comme si, ayant trouvé quelque chose qui ressemble au bonheur ou à la sérénité, les Écossais avaient éprouvé le besoin de se créer de nouveaux tourments, de trouver une passion, une cause, un faux idéal.

D’autant que l’Écosse n’est pas la seule en Europe à manifester son esprit frondeur. La Catalogne, le pays basque, la plaine du Pô en Italie, la Corse et d’autres régions en Europe croient dur comme fer que leurs populations vont apaiser leur mal existentiel en prenant la poudre d’escampette. Un non fort asséné dans la nuit de jeudi à vendredi à Alex Salmond mettrait un terme à l’aventure qu’il a imaginée dans son esprit retors, mais laisserait l’Écosse groggy, comme après une nuit alcoolisée. Un oui ouvrirait la boîte de Pandore de tous les nationalismes européens. Il y aurait à faire une psychanalyse des peuples qui croient souffrir d’un malaise dont le remède consisterait à se barricader chez soi. C’est archaïque, périmé, absurde. C’est presque ancestral, comme la querelle mortelle qui a opposé Abel à Caïn. Quelle différence y a-t-il entre un Écossais et un Anglais, à part l’accent ?

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Écosse : le mal est fait

  1. Jean-Pierre Pincemin dit :

    Avez-vous conscience qu’en traitant d’infantile le discours du SNP et de ses alliés, vous pensez la même chose des 49 ou 51% qui diront oui?
    C’est exactement ce type d’a priori qui a fait progresser en France le FN avec lequel le SNP n’a d’ailleurs rien à voir.
    Les Écossais sont fiers de leur pays (ceux pour le non comme ceux pour le oui), le référendum à été accepté par la puissance britannique et le débat s’est fait de manière apaisée.
    Pas de morts! Nous sommes en Grande-Bretagne qui en matière de démocratie n’a guère à apprendre de la tradition stigmatisant ou méprisant l’adversaire réel ou supposé, celle héritée du jacobinisme révolutionnaire qui continue de ruiner la France en divisant les gens, en entravant les initiatives et en l’enfermant dans des frontières de plus en plus étroites, bref celle qui poussent un grand nombre de nos concitoyens à la haine des autres: politiques, élites, patrons, immigrés, Europe, Allemagne… et conduit des esprits pourtant brillants à commettre de terribles maladresses (pour vous, les illettrées de chez Gad, je ne pourrai sans doute rien)
    Laissons donc les Écossais voter en paix et les Britanniques gérer l’après-scrutin.

    Réponse
    Je maintiens que l’argumentation d’Alex Salmond est infantile, populiste, et que ses projets sont catastrophiques pour l’Écosse, le Royaume-Uni et l’Europe. La paix, la sérénité, le calme démocratique dont vous parlez sont producteurs de divisions, de rancunes et d’affaiblissement national. Épargnez-moi vos amalgames : je n’ai jamais traité les Écossais d’illettrés, je n’appartiens à aucune élite, je ne suis pas spécialement jacobin et j’ai le droit d’être contre ce référendum.

  2. Jean-Pierre Pincemin dit :

    Je maintiens, pour ma part, que j’ai perçu dans le titre et le ton de votre billet un pessimisme excessif où j’ai reconnu un jacobinisme dont je peux faire preuve moi-même et que j’ai développé sans chercher à pratiquer l’amalgame
    Vous auriez dû insister sur la réelle somme de problèmes à gérer en cas de victoire des tenants du oui et ne pas les assimiler trop rapidement au populisme ou infantilisme d’Alex Salmond que vous auriez dû argumenter
    Les « frontières » bougent; certaines de manière violente car alimentées par des rancoeurs profondes, des nationalismes étriqués sans tradition démocratique, voire du racisme: ex-Yougoslavie, conflit russo-ukrainien, …
    D’autres sont nées sans bouleverser fondamentalement l’Europe: réunification allemande, scission Tchéquie-Slovaquie, réapparition des pays baltes
    Les Écossais ont voté à presque 85% et c’est bien le plus important
    S’il y a une part d’égoisme chez les tenants du oui, il y a aussi une énergie partagée avec le camp du non qui redéfinit le « nous vivons ensemble »
    Je ne crois pas que les conséquences seront catastrophiques pour la société britannique, encore moins pour l’Europe.

    Réponse
    Merci de me dire comment je dois exercer mon métier. Je constate que, dans votre longue réponse, vous ne faites même pas allusion à la victoire du non. Continuez d’avoir raison, je continuerai d’avoir tort. Et peut-être qu’on peut en rester là ?

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