Un budget laborieux

Sapin est content de son budget
(Photo S. Toubon)

C’est un budget peu convaincant que le ministre des Finances, Michel Sapin, a présenté ce matin. Un budget plus conjoncturel qu’audacieux, qui s’arrange d’une croissance presque nulle et de recettes fiscales en baisse. Résultat : le déficit reste élevé (il sera de 4,3 % du produit intérieur brut contre 4,2 % en 2013 et 4,4% en 2014), les tarifs de la Poste augmentent de 7 %, ce qui est sans précédent, et le diesel est frappé d’une taxe de 2 centimes d’euro par litre. Rien en somme qui puisse laisser espérer plus d’emplois.

ON CONNAISSAIT les contours du budget 2015,  et on savait notamment que certaines prestations familiales allaient diminuer ; on n’est pas surpris de ce que les dotations aux collectivités locales diminuent de 3,7 milliards, ce qui va leur causer de sérieux problèmes. Les économies de 21 milliards sont maintenues, mais en 2017, le déficit budgétaire devrait être encore de 3 %. Sinon plus. Quant aux prévisions de croissance pour l’avenir, elles sont relativement optimistes : 1 % en 2015, 1,7  % en 2016, 1,9  % en 2017, avec une inflation qui reviendrait lentement vers les 1,9 % en 2019, le niveau souhaitable pour un remboursement plus facile de la dette.

Du bon travail ?

M. Sapin estime que la France fait du bon travail budgétaire. Et qu’il appartient à l’Union européenne de prendre enfin les mesures qui relanceraient la croissance. Le discours ne peut pas remplacer les actes : si la Banque centrale européenne a pris des dispositions draconiennes pour faciliter le crédit aux entreprises, l’Allemagne, d’ailleurs mécontente des libertés que prend la BCE,  continue à s’opposer à toute relance économique. Le ministre français des Finances est curieusement le seul à s’octroyer un satisfecit. Si l’Allemagne campe sur ses positions, c’est parce que la France n’a pas résorbé son déficit budgétaire et qu’elle continue à réclamer des délais pour y parvenir alors que la plupart de nos partenaires européens sont maintenant proches de l’équilibre.

Il faut bien couper quelque part.

Nous allons entrer dans une période de sacrifices, comme en témoigne la réduction des prestations familiales. François Hollande a raison de dire que toute contraction de la dépense publique est douloureuse, parfois plus que la hausse des impôts ou que celle des tarifs publics. Fataliste, le président semble penser qu’il faut bien couper quelque part. Il y est incité par une hausse de la dette nationale qui a atteint 2023 milliards et représente plus de 95 % du PIB. M. Sapin doit tenir aux Français le langage de vérité qu’emploie M. Hollande. Il ne peut pas réduire la dépense s’il ne montre pas les déficits dans toute leur horreur.

Jean-Luc Mélenchon, qui fait partie du vaste groupe des partisans de la dépense, où il se retrouve avec les frondeurs socialistes mais aussi avec Marine Le Pen, dénonçait ce matin l’acharnement de l’Allemagne à équilibrer son budget (elle y est parvenue) alors qu’elle emprunte à des taux négatifs (on la paie pour emprunter). C’est pourtant Angela Merkel qui a raison. Elle affiche des résultats enviables, équilibre budgétaire, recul du montant de la dette publique, excédent énorme de la balance commerciale. On peut toujours dire que l’Allemagne n’est pas un paradis, que les salaires y sont très bas, que les inégalités y augmentent. Il n’empêche que nous avons toutes les raisons d’envier nos voisins d’outre-Rhin. Ce qui peut nous arriver de mieux, c’est que nous les enviions assez pour les imiter enfin.

RICHARD LISCIA

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