Les faiseurs de roi

Chirac soutient Juppé
(Photo S. Toubon)

Dans « le Figaro », Jacques Chirac s’est prononcé en faveur d’Alain Juppé pour porter les couleurs de la droite dans l’élection présidentielle de 2017. La décision de l’ancien président, âgé et fatigué, que l’on voit peu, semble surtout destinée à contre-carrer celle de son épouse Bernadette qui, elle, souhaite que Nicolas Sarkozy soit élu pour un nouveau mandat. Il s’agit d’une querelle de palais, non plus celui de l’Élysée, mais celui de la famille Chirac, dont la fille Claude, qui a travaillé avec son père pendant les années décisives de son élection et de sa réélection, serait outrée par le choix de sa mère.

LES CHIRAC ont-ils encore la moindre influence sur le cours de la politique ? Je ne nie pas que M. Chirac et sa femme, ainsi que leur fille, ont beaucoup compté et qu’ils restent une référence pour beaucoup d’élus. Nicolas Sarkozy lui-même est ravi du soutien que lui a apporté Mme Chirac alors qu’il lance sa campagne pour la présidentielle de l’UMP dans des conditions malaisées. Il voudrait même rencontrer son prédécesseur à l’Élysée pour le convaincre de rejoindre sa cause. J’ajoute que les trois personnages de la famille sont constants dans leurs options. Bernadette avait déjà souhaité que M. Sarkozy l’emportât en 2007, puis en 2012 (« Heureusement qu’on vous a »), alors que M. Chirac, au grand dam de sa famille politique, n’a pas hésité à espérer la victoire de François Hollande il y a deux ans, ce en quoi ses voeux furent exaucés. On peut même lui accorder le crédit d’une analyse en vertu de laquelle M. Hollande ayant plutôt échoué, il se rallie au « meilleur d’entre nous », Alain Juppé. En 2012, il avait d’ailleurs posé une réserve sur son choix de M. Hollande : si M. Juppé se présentait, c’est lui que M. Chirac adouberait.

Une vieille rancune.

L’opinion qu’il exprime dans sa déclaration d’aujourd’hui traduit donc des convictions fortes qu’il nourrit depuis longtemps. Il n’a jamais pardonné à M. Sarkozy d’avoir soutenu Édouard Balladur contre lui en 1995 et toutes les fonctions qu’il lui accorda par la suite résultaient de l’impossibilité où M. Chirac se trouvait d’ignorer un homme aussi remuant et aussi populaire. Le point de vue de Claude Chirac résulte des combats qu’elle a conduits avec son père, non qu’elle considérât que M. Sarkozy fût quantité négligeable, mais parce qu’elle aussi était indignée par son alliance avec M. Balladur. Et si Bernadette Chirac a fait le choix inverse, c’est parce que, au delà des déchirements internes de l’UMP, elle pense sincèrement que M. Sarkozy possède des talents rares mais indispensables : le leadership, le dynamisme, la capacité à entraîner le pays. Si on lit attentivement ce qu’elle a dit ou écrit sur ses rapports avec son mari, on trouve une lucidité qui, sans qu’elle se détache de lui le moins du monde, la pousse dans le camp de ceux qui veulent agir, par opposition à ceux qui se contentent de gérer leur passage au pouvoir.

Bon vieux temps.

Il faut toutefois reconnaître que les propos de M. Chirac, pour autant qu’ils ne soient pas dictés par sa fille, n’ont pour effet que de souligner les divergences politiques des membres de la famille et qu’il est peu probable qu’ils influent sur le comportement des militants et sympathisants de l’UMP d’abord, de l’électorat français ensuite. Une majorité de Français est attachée à M. Chirac, mais comme on est attaché au bon vieux temps. Il y a tant de paramètres dans une élection présidentielle qu’on ne peut pas dire que M. Sarkozy « bénéficie » du soutien de Mme Chirac et Alain Juppé de celui de son mari. Ce serait à désespérer pour François Fillon qui ne compte aucun membre de la famille Chirac parmi ses fans. Il est clair que l’affaire sera réglée par la droite en dépit des divers engagements des Chirac.

RICHARD LISCIA

 

 

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2 Responses to Les faiseurs de roi

  1. Vinogradoff Michel Médecin dit :

    Il me semble que de nombreux médecins ont oublié l’époque d’Alain Juppé, Premier ministre de Jacques Chirac. Ce dernier l’a soutenu bec et ongles quand la France et en particulier les médecins étaient vent debout contre ses réformes. Le même Jacques Chirac s’est tiré une balle dans le pied plutôt que de changer de premier ministre, il a choisi la dissolution. Laquelle a conduit Jospin au pouvoir dans une cohabitation qui a vu arriver Martine Aubry, DSK et consorts… ce qui a entraîné la mise en place des 35 heures et de tout le reste que nous peinons à digérer, encore maintenant. Alors Alain Juppé, non, plus jamais ! Et l’avis de Jacques Chirac semble dans ce contexte, de la même valeur prédictive que ce qu’il a accompli avec la dissolution de triste mémoire. Son souhait de voir triompher Hollande montre bien la valeur assez piètre de ses choix et la mesquinerie dont font preuve ces « grands hommes ».

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