Un très mauvais canular

Sublet : forfaiture
(Photo AFP)

Les téléspectateurs de France 2, qui regardaient  mercredi soir l’émission d’Alessandra Sublet en deuxième partie de soirée, n’en ont cru ni leurs yeux ni leurs oreilles. L’invité du soir, le comédien Nicolas Bedos, y annonçait la publication d’un livre racontant sa liaison avec Valérie Trierweiler. Le subterfuge était tout à fait crédible car il a bénéficié de la complicité des producteurs, de la puissance invitante et même d’un ami de M. Bedos qui affirmait avoir lu l’ouvrage.

BIEN QUE l’émission ait une faible audience, le « buzz », comme on dit aujourd’hui, a fait le tour d’Internet et soulevé d’innombrables réactions qui allaient de « l’écoeurement » à la pure et simple lubricité. Pour autant qu’on eût la patience requise, il fallut attendre la fin de l’émission pour apprendre qu’il s’agissait d’un énorme canular, joué avec sérieux et minutie. Quelques internautes ont cru bon d’écrire qu’ils n’étaient pas dupes ou que, pour l’avoir été, il fallait être bien sot. Cet argument me paraît péremptoire et infondé : dès lors que rien de ce qui se produit dans ce monde ne nous étonne plus, nous sommes prêts à croire l’invraisemblable. C’est plutôt Internet qui rend les gens bêtes : Christine Boutin, par exemple, a cru bon de réagir sur le champ, et bien entendu avec virulence, ce qui démontre qu’il vaut mieux tourner sa réplique sept fois dans sa tête avant d’envoyer un message qui sera la risée de tous. Si elle avait pris la nuit, celle qui porte conseil, pour réfléchir, comme au temps où la communication 24 heures sur 24 n’existait pas, elle ne se serait pas ridiculisée.

Une méthode inquiétante.

C’est plutôt la méthode professionnelle utilisée dans ce cas qui est extrêmement inquiétante. Je n’ai pas d’antipathie pour Alessandra Sublet, qui conduit ses émissions avec charme et vivacité, ni contre Nicolas Bedos, qui a un talent, et un culot, incontestables. Je me demande simplement dans quel long moment d’égarement ils ont forgé leur forfait. Car il ne s’agit pas d’autre chose qu’un affreux manquement à l’éthique et à la déontologie professionnelles, d’une vilaine blague aggravée par une intention perverse,  de la recherche élaborée du bobard, d’un choix d’autant plus répréhensible qu’il fait vraiment bon marché de la sensibilité de Mme Trierweiler. Pendant une heure ou deux, France 2 l’a présentée comme une personne déboussolée et incohérente qui pouvait avoir un second amant dans le temps même où elle se plaignait d’être abandonnée par le premier. Pour achever la victime, des propos ont été tenus sur la différence d’âge entre les deux amants supposés, ce qui représente un comble de goujaterie. Valérie Trierweiler est-elle elle-même exemplaire, elle qui a publié un livre à succès pour raconter ses divers émois de « première compagne » ? Les erreurs de l’une ne justifient nullement celles des autres.

Un mépris absolu.

Je ne sais pas si cette affaire incroyable donnera lieu à un procès, un autre, ou si Mme Sublet et M. Bedos ont la gueule de bois ce matin. Ce dont je suis certain, c’est qu’ils ont porté un coup sévère à la réputation d’une chaîne de télévision publique et qu’ils n’ont fait qu’accroître les doutes de l’opinion sur la morale des journalistes. Ils ont ensuite traité une femme avec un mépris absolu, comme si elle n’était qu’un objet ou, pis, une cible sur laquelle on lance des flèches, sans se soucier le moins du monde des conséquences délétères de l’exercice.  Il faut que Mme Sublet soit très préoccupée par l’audience de son émission pour qu’elle se soit irrémédiablement lancée dans cette conspiration indigne et qu’elle y ait en outre apporté un soin et un souci du détail qui la rendaient vraisemblable. Vous me direz, et vous aurez raison, que tout ça ne mérite pas qu’on s’y attarde. Mais ce que je ne comprends pas, c’est que l’on mette tant de talent au service d’une opération aussi misérable.

RICHARD LISCIA

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5 Responses to Un très mauvais canular

  1. Dr Delahousse dit :

    Grandguignolesque et misérable. Heureux que je suis de n’être toujours pas passé (à mon âge!) de la civilisation de l’écrit à celle de l’image. Ce sordide canular est l’illustration de ce que « gobent » quotidiennement les aficionados du petit écran. Restons confiants dans nos excellents journalistes de la presse écrite, tel l’auteur des lignes ci-dessus.

  2. Pierre Jean Carré dit :

    Le bizarre qui a pu être ressenti par beaucoup de spectateurs a été effacé par l’aplomb ignoble de ceux qui disposent du  » droit à l’information ». Ils méritent une sanction par respect envers le métier qui fait perdre la vie à certains reporters honnêtes et courageux.
    Le problème, c’est qu’en anesthésiant cette bizarrerie , tout le monde sera moins réactif à la prochaine. Cette sensibilité et ce doute fondent pourtant la reconnaissance ou le dépistage de la schizophrénie.
    Cela mérite un sérieux recadrage au plus haut niveau.

  3. JMB dit :

    Internet et en particulier les réseaux sociaux ne sont que la version numérique du Café du Commerce. Celui-ci s’est amplifié à la taille de la France et même de la planète. Mais la finesse des propos développés est restée la même. Internet évite des déplacements, et ne pousse pas à la consommation. C’est son seul avantage.

  4. Clément dit :

    Tout cela prouve peut-être que ces personnes n’ont tout simplement pas de talent.

  5. Chambouleyron dit :

    Il y a des coups de pieds quelque part qui se perdent … chantait Brassens. J’ai lu la chronique de M. Liscia pour être au courant de la forfaiture d’AS. J’approuve son indignation.

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