Soyons meilleurs qu’avant

Valls : discours prodigieux
(Photo AFP)

Je suis sceptique sur l’impact à long terme des tragédies de la semaine dernière. Je ne crois pas que, dans un contexte électoral chargé, les divisions partisanes disparaîtront, d’autant que nous ne saurions souhaiter l’effacement de la pluralité démocratique. Mais je crois en revanche que la douleur que le crime a infligée à la nation tout entière fera reculer les réflexes pseudo-idéologiques, les cheveux coupés en quatre, les discussions byzantines.

LA JOURNÉE du 13 janvier s’est déroulée conformément à la dignité donnée en exemple par le peuple français le dimanche précédent. Les institutions, pour une fois, ont trouvé la hauteur qui sied à un pays frappé par la barbarie. Pendant une heure, celle du discours prononcé par Manuel Valls devant l’Assemblée, François Hollande a su céder la place à son Premier ministre, qui a saisi l’occasion unique que lui offrait une conjoncture épouvantable. Il a prononcé des mots, laissé libre cours à des emportements, cédé à des colères, fait des annonces qui, au total, favorisaient le rassemblement de tous et lançaient la lutte contre l’assassinat politique, l’intolérance, le racisme, la violence aveugle. Personne ne doit oublier ce discours qui exaltait la bravoure de la police, nous rassurait à la fois sur le sort des Français juifs et musulmans et nous proposait des mesures pour prévenir le terrorisme.

Dieudonné en garde à vue.

Ce que M. Valls propose, c’est non seulement la protection des lieux sensibles, non seulement la mise en garde à vue de Dieudonné pour apologie du terrorisme (incorrigible, il a tweeté : « Je me sens Charlie Coulibaly », sans résister à un aussi mauvais jeu de mots), non seulement des espaces réservés aux islamistes dans les prisons, non seulement une coordination des services de renseignements européens et occidentaux, mais le refus de composer avec nos ennemis. Si la réponse de la France est forte, c’est parce qu’il y a un consensus national autour du rejet de la provocation.

Nous ne céderons pas. La preuve en est que l’essor de « Charlie Hebdo » est fabuleux, trois, cinq millions d’exemplaires vendus dans plus de vingt pays, les kiosques dévalisés. Les dessinateurs et journalistes disparus auront payé cher cet incroyable succès de presse, cette notoriété mondiale, cette manne financière, ce triomphe commercial. Que disent-ils? Que le crime ne paie pas, que, contrairement à ce qu’ils croient, les voyous d’Al Qaïda, qui ont revendiqué les crimes de la semaine dernière, ont perdu la partie.

Ce qui importe le plus.

Ils l’ont perdue, parce que le blasphème qu’il veulent effacer se répand dans le monde comme une traînée de poudre, parce que les voix qui, ici ou là, se plaignent de la « méchanceté » de « Charlie Hebdo » (tuer de sang-froid 17 personnes serait moins méchant?) sont noyées dans le cri poussé par 65 millions de Français exaspérés, parce qu’il y a très longtemps que la démocratie et la liberté qui épouvantent les djihadistes n’ont pas été célébrées avec autant de force, parce que, tout à coup, les nations libres du monde se sont souvenues de ce qui importe le plus et qui n’est pas le déséquilibre budgétaire, mais la faculté de vivre ensemble et comme bon nous semble.  « I’m not afraid », disait une pancarte dimanche. Je n’ai pas peur. La meilleure réponse au terrorisme, la voilà : ils ne nous terroriseront pas et nous finirons par les terroriser.

RICHARD LISCIA

 

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One Response to Soyons meilleurs qu’avant

  1. Herodote dit :

    Voilà une conclusion péremptoire qui relève plus de l’incantation que de l’analyse. Du point de vue des terroristes, en effet, mettre des millions de gens dans la rue par l’action criminelle de trois « héros » morts au combat , les armes à la main est un exploit « payant » conforme à leur philosophie. En d’autres termes, il est excessif de transformer cette tragédie pour nous en une défaite pour les assassins. Quand à « terroriser les terroristes » comme le souhaitait Pasqua, il faudrait changer les fondamentaux de notre société.
    « Vaste programme », dirait encore le Général.

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