Verts, FG : jeu dangereux

Un projet grandiose (Photo AFP)

Un projet grandiose
(Photo AFP)

Les écologistes, les communistes et les mélenchonistes sont soudain saisis d’un vif espoir : ils vont créer un « grand parti progressiste » qui inclura l’aile gauche du PS et damera le pion à l’actuelle majorité. Sur le papier, le projet est novateur et grandiose. Dans la réalité, il va tuer la gauche avant la bataille.

CE QU’ILS ne semblent pas comprendre, c’est qu’ils vont affaiblir la gauche, au point où elle ira divisée à la présidentielle de 2017, ce qui assurera l’élimination de son candidat au premier tour et laissera face à face le candidat de la droite et du centre et celui ou celle du Front National. Cette stratégie irréaliste, qu’aucun chiffre ne soutient, constitue en fait un véhicule pour le Front. Ce que Daniel Cohn-Bendit vient récemment de dénoncer. Car tous les écologistes n’approuvent pas le plan de Cécile Duflot qui, sans tenir compte de l’avis de nombre de ses amis, veut ajouter à l’opposition de droite une opposition de gauche structurée. Hollande, Valls, Macron, voilà les ennemis.

Un chantage.

À ce grand dessein, Manuel Valls oppose l’idée de rassemblement, martelée tous les jours par ses soins et par ceux de Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS. Ils estiment que, face à l’ascension du Front, la gauche doit se réunir et convaincre son électorat que, s’il boude la majorité actuelle, par exemple en s’abstenant de se rendre aux urnes les 22 et 29 mars pour les élections départementales, il fera objectivement le jeu du FN. C’est un chantage, répondent le Front de gauche et EELV, qui insistent sur la terrible déception que François Hollande leur a infligée, en tournant le dos à ses promesses électorales de 2012.

Le président de la République s’associe volontiers aux efforts de son Premier ministre. Il a reçu hier une quinzaine de députés dits frondeurs pour les caresser dans le sens du poil. Tout cela est bel et bon, mais ils lui réclament un changement de programme et lui ont remis une sorte de cahier de doléances dans lequel ils ont consigné leurs revendications qui, toutes, portent sur de nouvelles dépenses publiques pour améliorer le sort des moins lotis. Autrement dit, chacun est resté sur ses positions, car, le même jour, dans un entretien avec l’hebdomadaire « Challenges », le président a dit que, quel que soit le résultat des élections départementales, il ne changerait pas de premier ministre, et pas davantage de politique économique et sociale, mais qu’il songeait à ouvrir son gouvernement à des centristes.

Gagner sur les deux tableaux.

Autrement dit, le chef de l’État songe à une stratégie diamétralement opposée à celle de l’extrême gauche, avec l’espoir que si un certain nombre de centristes rejoignent son gouvernement, les réformes seront votées plus facilement qu’au moyen du 49-3. Si on observe avec attention le tableau de ces divers projets, on constate que la guerre est déclarée au sein de la gauche. Cécile Duflot ne laissera pas des écologistes (par exemple Jean-Vincent Placé, qui ne cache pas qu’il en meurt d’envie) entrer au gouvernement post-départementales si, tout d’un coup, la majorité s’étend au centre, ou plutôt la droite à ses yeux. L’idée de M. Hollande est de gagner sur les deux tableaux et il n’hésiterait pas, fort de son esprit de synthèse, à former un gouvernement avec des centristes et des gauchistes. Mais il faut être réaliste : ce serait le mariage de la carpe et du lapin.

Le pire n’est pas toujours sûr, mais les comportements négatifs (ou même suicidaires) sont plus fréquents que les attitudes pondérées. Il existe une gauche qui se cramponnera à ses idées même si, ce faisant, elle assurera la fin de la gauche.

RICHARD LISCIA

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