Droite : deux sur trois

Hollande, Valls : dur métier (Photo AFP)

Hollande, Valls : dur métier
(Photo AFP)

Le second tour des élections départementales a confirmé la victoire au premier tour de la droite, qui s’adjuge deux départements sur trois et inverse ainsi le rapport de forces avec la gauche, tandis que le Front national n’en obtient aucun. La déroute de la gauche pose à l’exécutif un problème pratiquement insoluble. Le président de la République et le Premier ministre ont juré qu’ils ne changeraient pas de politique économique et sociale. Mais, en bonne logique, l’ampleur de leur défaite devrait les obliger à modifier leur programme et à remanier le gouvernement : alors que la droite recueillait 45,03 % des suffrages, la gauche, elle, n’en obtenait que 32,12 %, soit un écart de 13 points (le FN a rassemblé 22,23 % des voix).

Le message de l’électorat n’est pas clair. Sur les réseaux sociaux, les intervenants, souvent des abstentionnistes qui préfèrent se plaindre que voter, réclament un changement en profondeur. Mais le scrutin ne montre nullement que la politique préconisée par l’extrême gauche, ou celle que réclamerait Martine Aubry ou celle qu’exigeraient les « frondeurs » recueille l’adhésion d’une majorité, loin de là. C’est la gauche tout entière qui est désavouée. Jérôme Guedj, président du département de l’Essonne, le bastion de Manuel Valls, et frondeur identifié, perd cette fonction. En Saône-et-Loire, fief d’Arnaud Montebourg, la droite gagne. Dans le Nord, Martine Aubry n’est guère adoubée. Et la liste des défaites se poursuit avec la Seine-Maritime de Laurent Fabius, les Deux-Sèvres de Ségolène Royal, la Corrèze de François Hollande ou les Bouches-du-Rhône du pourtant dissident socialiste Jean-Noël Guérini. Rien, sinon une sorte d’aversion généralisée pour la gauche, n’indique que Manuel Valls devrait tirer de la défaite la conclusion qu’il doit démissionner, pas plus qu’il n’est encouragé à « gauchir » sa politique et à faire entrer dans son gouvernement des frondeurs ou des écolos.

Tensions à venir.

Le gouvernement n’a pas tout à fait tort de dire que les premiers résultats positifs de sa politique vont commencer à se faire sentir, pour autant qu’il puisse s’en attribuer le mérite, car il n’est pour rien dans la baisse de l’euro et du prix de l’énergie. Changer de cap maintenant, explique-t-il, reviendrait à ruiner les efforts qu’il a déployés. Fidèle à lui-même, le chef de l’État est convaincu qu’une reprise tardive mais plus soutenue qu’on ne le croit, va le sauver. C’est parfait pour son équilibre personnel, mais la pression exercée sur la gauche par son impopularité croissante va créer, dans les jours qui viennent, une tension que seuls des effets d’annonce pourraient apaiser. La crise est maintenant politique : la preuve est administrée que, si des élections présidentielles avaient lieu aujourd’hui, M. Hollande serait battu. La gauche de la gauche partage, avec l’exécutif, la responsabilité de cette crise qu’elle n’a cessé d’alimenter au nom de ses vieilles lunes, créant ainsi entre le PS et le Front de gauche, entre le PS et les écologistes, mais aussi au sein même du parti socialiste, des divisions qui, aujourd’hui, se révèlent délétères.

Un homme politique ne meurt jamais.

L’ampleur de la défaite pose en effet la question de la légitimité de l’exécutif : il peut s’attendre à une nouvelle trempée aux régionales de décembre et, cette fois, grâce au scrutin proportionnel, à une implantation du Front national dans trois ou quatre régions. Il restera 15 mois à François Hollande. S’il n’est pas sauvé par le gong économique, c’est-à-dire par une réduction bien peu probable du chômage, s’il n’a aucune crédibilité sur le front intérieur, s’il gouverne avec un moins d’un tiers des électeurs, peut-il apporter au pays les changements dont celui-ci a tant besoin ? Bien entendu, on ne peut jurer de rien. On a assisté par le passé à des remontées spectaculaires et même à des inversions de destin. Un homme politique ne meurt jamais. Il me semble toutefois que la bonhomie de M. Hollande ne viendra pas à bout de la hargne populaire, que ceux qui l’ont provoquée en s’opposant au pouvoir de l’intérieur voudront récupérer pour eux-mêmes. Plus la situation s’aggrave, plus les trahisons se multiplient, plus les ambitions augmentent. Cet électorat qui s’est abstenu, qui a voté en faveur du Front, qui ne croit plus à la gauche, est dans une colère noire, la plus mauvaise conseillère.

RICHARD LISCIA

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One Response to Droite : deux sur trois

  1. Num dit :

    100% d’accord avec vous : Hollande fait le calcul que l’amélioration de la conjoncture va le sauver et lui permettre d’être réélu en 2017.
    Mais cela ne suffira pas et pour trois raisons :
    1. La reprise ne sera pas magique: tout juste peut on espérer 1% ou 1,5% de croissance en 2015-2016 avec une stabilisation ou une très légère baisse du chômage qui restera malgré cela bien au dessus de son niveau de 2012. Bref, rien qui ne fasse sauter les Français au plafond !
    2. Rien ne dit que les Français n’attribueront cette reprise à l’action de Hollande. Elle est plus tardive qu’ailleurs en Europe et permise par l’amélioration de la conjoncture mondiale et non par la politique gouvernementale.
    3. La personnalité de Hollande, les divisions profondes de la gauche et la droitisation de la population (seuls 32 % ont voté à gauche, frondeurs, communistes et verts inclus, soit un niveau historiquement bas) ne disparaîtront pas par enchantement.

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