Radio France : l’absurde combat

Gallet en échec (Photo AFP)

Gallet en échec
(Photo AFP)

Rien ne semble plus rétrograde, passéiste, anachronique et surtout suicidaire que la grève interminable de Radio France. Je l’ai évoquée il y quelques jours avec la fausse certitude que je n’aurai pas à y revenir. Mathieu Gallet, son nouveau P-DG, a peut-être beaucoup de qualités, il faut sans doute lui donner une chance, mais enfin il est en train de s’offrir un mouvement syndical sans précédent qu’il semble aggraver plutôt que d’y mettre un terme.

DE LEUR CÔTÉ, les journalistes et autres salariés de Radio France se comportent comme si leur média vénérable était immortel. À ce jour, ils ont fait à peu près tout ce qui était en leur pouvoir pour habituer leur audience à aller écouter ailleurs. Nous sommes sensibles à leurs arguments, l’idée de licencier trois cents personnes, les insuffisances du projet présenté par M. Gallet ; lequel n’a pas été choisi par le pouvoir mais par le Conseil supérieur de l’audiovisuel, comme François Hollande l’avait promis, ce qui, hélas, ne fait pas du P-DG l’homme idéal d’une situation dont le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il en a perdu le contrôle.

Un déni de la réalité.

Peut-être que si l’on avait songé à placer à ce poste un ou une journaliste, il ou elle aurait mieux compris les doléances des employés de Radio France. Peut-être que, si on avait songé à éloigner Radio France de l’influence de l’État en lui donnant un statut particulier, ses salariés ne se comporteraient pas en fonctionnaires. Leur créativité n’est pas en cause, mais la notion d’emploi pérenne favorise davantage le confort que la productivité. Ce qui fait qu’il y a, dans la dureté du mouvement, un déni de la réalité : oui, comme une radio privée, Radio France perd de l’argent. Et oui, quand il faut rétablir les comptes, cela peut faire très mal, même si on se croit protégé.

Il y a quinze jours, Manuel Valls réclamait, avec sa vigueur habituelle, la fin du conflit. Il a très bien compris, lui, qu’un service public doit encore plus au public qu’une institution privée et qu’il ne pouvait exonérer les grévistes de la responsabilité assez grave qu’ils ont prise vis-à-vis de leurs auditeurs, de leur instrument de travail et, en définitive, vis-à-vis d’eux-mêmes. Mais depuis, il s’est tu, de sorte que sa forte intervention est tombée à plat. Fleur Pellerin, qui exerce sa tutelle sur les chaînes publiques, ne semble pas non plus capable de proposer une sortie du conflit. Je vous laisse imaginer les dégâts que cette grève incroyable va causer à Radio France dans les années qui viennent.

Et tout ça, dans une indifférence générale, ce qui me désole. Je sais bien qu’une grève des contrôleurs aériens a des effets beaucoup plus gênants pour le grand public qu’une grève à Radio France, dont les animateurs ne semblent pas savoir qu’ils sont concurrencés. Mais en même temps, on doit reconnaître que Radio France, libre de publicité, a une offre d’informations et de culture de loin supérieure à celle de ses compétiteurs. Si des socialistes au pouvoir ne défendent pas cette particularité culturelle, qui le fera ?

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Radio France : l’absurde combat

  1. Num dit :

    Est-ce le rôle de l’État de posséder des chaînes de radio et télévision ? Est-ce vraiment un service public ? Pour qui ? Pour quoi ?
    Une solution ne serait-elle pas de purement privatiser ces groupes ?

  2. JMB dit :

    « Écoutez la différence » était un slogan de chaînes publiques. Elle est flagrante à l’écoute de France Musique et de France Culture, et même de France Inter. Ce n’est pas sur les deux premières chaînes qu’ un journal débuterait par un résultat sportif en occupant une grande partie. Les événements sont analysés dans leur contexte. Les événements géopolitiques extérieurs ont le poids qui correspond à leur importance. Les faits divers microcosmiques ont un traitement ad hoc.
    Par exemple, « la Grande Table » invite chercheurs et universitaires; des personnes qui se sont consacrées durant plusieurs années à l’étude d’un sujet, et vous incitent à la réflexion. De même, les intervenants de la « Marche de l’Histoire » sont essentiellement des historiens spécialisés.
    Tout cela est inimaginable sur un chaîne privée qui cherche le plus petit dénominateur commun pour construire son audience, veut rassembler et non éduquer, faire réfléchir.

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