L’UMP et les sirènes de Moscou

Fillon et Juppé opposés sur Poutine (Photo AFP)

Fillon et Juppé opposés sur Poutine
(Photo AFP)

Les souverainistes qui militent à l’UMP font tache d’huile : leur courant, très favorable au gouvernement russe, s’étend maintenant à diverses personnalités du parti de droite, y compris Nicolas Sarkozy qui, en février, alors que les diplomates négociaient un accord de cessez-le-feu avec Moscou, s’est prononcé contre « la résurgence de la guerre froide ». En fait, la position des pro-russes de l’UMP rejoint le discours de Vladimir Poutine, sans même le nettoyer des éléments de propagande.

LA « TENTATION » de Moscou, comme l’appelle « Le Monde » qui, le 13 avril, a publié un article édifiant sur le sujet, gagne les instances dirigeantes du parti et prend une forme diamétralement opposée au consensus européen. C’est une façon déguisée de remettre en cause les engagements européens de la France, perçus comme une contrainte de moins en moins tolérable, et de sacrifier au mythe décidément insubmersible de « l’impérialisme américain » au moment où Barack Obama propose, avec un début de timide succès, une diplomatie de détente avec Cuba et Téhéran.

Ce qu’il faut croire pour aimer Poutine.

Ce qui est curieux, c’est que cette ardeur pro-russe coïncide avec le choix du Front national de combattre l’intégration européenne et de nouer des liens privilégiés avec Moscou. Au FN, l’intérêt matériel peut expliquer en partie son orientation pro-russe puisque des banques russes participent au financement de ses campagnes. À l’UMP, la tentation de Moscou a toujours existé. François Fillon lui-même ne cache pas son amitié personnelle avec Vladimir Poutine (« cher Vladimir ») et l’explique par ses racines gaullistes. Le problème, c’est que, pour aimer Poutine, il faut oublier l’agression de la Russie contre l’Ukraine ou l’expliquer uniquement par des provocations de Kiev, estimer que le gouvernement de M. Porochenko est miné par des néo-fascistes, et continuer à croire que les nervis qui se battent dans le Donbass contre les forces loyalistes ne sont pas aidés par l’armée russe. Il faut se féliciter de la vente des missiles anti-aériens russes à l’Iran, ce qui permettra au régime iranien de disposer d’une force de dissuasion s’il entend mener à terme son projet d’acquérir l’arme atomique puisqu’il ne craindra plus le risque d’un bombardement préventif.

Pour flirter avec Poutine, il faut aussi ignorer ses méthodes, sa présence éternelle au pouvoir, les manipulations auxquelles ses services se livrent pour convaincre l’opinion russe, il est vrai enthousiaste à son sujet, et fermer les yeux sur les innombrables violations des droits de l’homme commises en Russie, sans compter les crimes politiques qui demeurent tous inexpliqués. Si la tendance pro-russe à l’UMP se renforce, si M. Sarkozy continue à dire que la Crimée n’a pas été purement et simplement annexée par Poutine, si les Thierry Mariani et autres continuent d’attribuer les comportements autoritaires du maître de Kremlin aux « humiliations » que lui aurait fait subir l’Amérique, il faudra bien, en 2017, que l’électorat fasse son choix en tenant compte de cet engagement en faveur de Moscou.

Sarkozy doit choisir.

Tout se passe comme si M. Sarkozy, décidé cette fois à ne pas aller brouter dans les champs du FN, voulait cultiver l’aile droite de l’UMP en rejoignant quelques-unes de ses conceptions anti-atlantistes, anti-européennes et pro-russes. Mais ce virage aussi, s’il devenait majoritaire, ferait furieusement ressembler l’UMP au FN et on pourrait alors se demander pourquoi ils devraient rester concurrents. Il va y avoir confusion sur la nature des diverses offres politiques. Bien entendu, des hommes comme Alain Juppé et Bruno Le Maire sont foncièrement hostiles à cette orientation et M. Sarkozy serait mal inspiré s’il tentait d’occuper un créneau minoritaire susceptible de lui aliéner le centre avec lequel il a commencé de faire un bout de chemin. Sans doute songe-t-il à préserver l’unité de l’UMP tout en l’alliant au centre. Mais ses propos l’engagent et ils ont un contenu idéologique. Pour l’avenir de la droite, il ne serait pas inutile qu’il change d’avis et le fasse savoir. Ce ne serait pas la première fois.

RICHARD LISCIA

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One Response to L’UMP et les sirènes de Moscou

  1. Monsieur-X-1717 dit :

    C’est déplorable… C’est surtout ça qui m’a fait passer pour Juppé, alors que j’ai toujours été sarkozyste.

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