Contre-terrorisme : yin et yang

 Cazeneuve sûr de lui (Photo AFP)

Cazeneuve sûr de lui
(Photo AFP)

On ne doit pas, sous prétexte de défendre les libertés, prendre des mesures qui portent atteinte à ces mêmes libertés. C’est ce que des citoyens, parmi lesquels Cécile Duflot, sont allés dire haut et fort devant le siège de l’Assemblée nationale avant l’ouverture des débats parlementaires sur la nouvelle loi qui réforme nos services de renseignements. Il n’est pas illicite de leur répondre que la première des libertés est de rester vivant en dépit de la menace terroriste.

JE NE SUIS PAS hostile à un texte qui, tout en nous protégeant contre des dangers dont nous avons éprouvé avec douleur la réalité, garantirait la continuité de nos acquis démocratiques. Aussi bien les dispositions qui ont été présentées aux députés seront-elles contrôlées par un organisme, la CNTCR ou Commission nationale de contrôle des techniques du renseignement. Mais l’objectif du gouvernement, celui que rejoignent l’opposition et une majorité de Français, c’est que nous soyons mieux protégés physiquement. L’expérience a démontré que nous sommes encore mal armés contre le terrorisme. Les frères Kouatchi et Amedy Coulibaly étaient connus de nos services, ils ont néanmoins pu passer à l’acte ; la prise de contrôle par de présumés djihadistes de TV 5-Monde, la chaîne de télévision chargée de diffuser le point de vue de la France vers le monde entier, a prouvé que, sur le plan cybernétique, nous sommes encore sans défense.

Ils se servent de notre confiance.

S’il y a encore, et en dépit des vives dénégations de notre excellent ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, des zones d’ombre dans le système qui nous est proposé, nous devons compter sur la représentation nationale pour corriger ces risques. Ce qui est sûr, c’est que nous ne pouvons pas camper indéfiniment sur la belle, mais vieille, idée de Mme Duflot. La question des libertés reste cardinale, mais la lutte contre le terrorisme consiste à réduire la liberté des djihadistes dans une société ouverte comme la nôtre. C’est de nos libertés qu’ils tirent leurs effets de surprise, les moyens de leurs agressions, et c’est grâce à notre civisme naïf qu’ils s’autorisent à faire ce qui demeure pour nous inimaginable, à savoir l’assassinat massif de civils innocents. Il faut absolument qu’ils cessent de se servir de la confiance qui règne dans un pays libre pour retourner cette confiance contre sa population.

Des libertés déjà réduites.

Je voudrais aussi faire remarquer que la menace terroriste a déjà réduit nos libertés. Cela fait près de quinze ans que les États sont contraints, pour des raisons de sécurité, d’exercer sur des citoyens absolument honnêtes un contrôle de leurs déplacements. Nous avons dû accepter de bon gré ces contrôles parce que nous préférons notre sécurité au confort des voyages et au libre franchissement des frontières. De la même manière, il y a longtemps que nous sommes soumis par des sociétés commerciales extrêmement puissantes et de moins en moins discrètes à des sollicitations prouvant sans l’ombre d’un doute qu’elles possèdent sur nous des données qu’elles ne devraient pas avoir et que malgré la surveillance de la CNIL (Commission nationale informatique et libertés), nous trouvons dans notre courrier ou sur nos ordinateurs des messages commerciaux dont le libellé montre bien que des fichiers sont vendus d’une société à l’autre. On pourrait commencer par mettre un terme à ces pratiques.

Ce qui hérisse le plus mes confrères, c’est le risque d’une loi sur le renseignement qui ressemblerait à s’y méprendre au Patriot Act américain, dont on nous serine tous les jours qu’il étouffe les libertés aux États-Unis. D’une part, je constate qu’il est efficace puisqu’il limite beaucoup le nombre d’actes terroristes ; et, d’autre part, je n’ai nullement l’impression, quand je me rends aux États-Unis, de vivre en Corée du Nord. Décriée ou non, la loi sur le renseignement va être votée avec le soutien de l’opposition : tous les Français, ainsi que leurs élus, veulent des moyens efficaces pour lutter contre le terrorisme intégriste. Cela ne clôt-il pas le débat ?

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Contre-terrorisme : yin et yang

  1. A3ro dit :

    Pas d’accord du tout sur TV5 Monde. L’attaque a été possible car les hackers avaient des mots de passe, récupérés….. dans un reportage dans les locaux de TV5, les images montrant des post-it avec login et mot de passe ! Même si des moyens en lutte cybernétique seraient bienvenus, se servir de TV5 Monde ici, c’est comme de demander plus de policiers dans les rues alors qu’on n’est pas foutu de verrouiller sa porte lorsqu’on part de chez soi.

    Après, personnellement, je suis pas fan du tout de la collecte systématique du trafic Internet et de la concentration de ses données sur le pouvoir exécutif. Au lieu d’un comité purement consultatifs, autant créer une cellule de juges anti-terroristes, réactive, dont le but est précisément d’autoriser ou non des collectes ciblées.

    • Liscia dit :

      C’est exactement ce que je dis et je ne comprends pas votre objection : s’il y a eu une imprudence du côté de TV 5, il faut la prendre en compte et faire en sorte que les journalistes eux-mêmes se protègent.
      R.L.

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