Le Pen : l’imposture

Le Pen, le 1er mai (Photo AFP)

Le Pen, le 1er mai
(Photo AFP)

Qu’on nous permette d’ignorer le faux suspense qui accompagne la décision des instances du Front national sur le sort qu’elles réserveront aujourd’hui à Jean-Marie Le Pen. De toute façon, les dés sont jetés et Marine Le Pen va pouvoir s’affranchir définitivement de l’influence de son père. Les palinodies qui auront précédé la mise à mort politique du fondateur du parti relèvent davantage de la communication que de la remise en ordre du FN.

JE NE CROIS pas que la crise du Front soit dommageable pour Marine Le Pen : de son épreuve de force avec celui qui l’a faite reine, elle tire, sans trop de scrupules filiaux, un regain de pouvoir. Elle va continuer, plus que jamais, à nous seriner sa chansonnette, celle qui nous raconte que le FN est un parti meilleur que tous les autres, qu’il est débarrassé des idées sinistres d’un vieillard proche du gâtisme, qu’il ne correspond pas à un mouvement d’extrême droite et qu’il n’attire plus aucun fasciste. Mme Le Pen n’a pas pu empêcher son père de monter à la tribune dressée par le FN devant la statue de Jeanne d’Arc, elle ne l’a pas empêché de prendre la parole avant elle, elle ne l’a pas empêché de s’écrier : « Jeanne, au secours », avec les accents terribles d’un commandant de bord qui perd la raison sur la passerelle tandis que ses lieutenants assurent la bonne marche du navire.

Un naufrage.

C’eût été émouvant si ce n’était pathétique. Oui, la vieillesse est un naufrage et, en même temps que le destin de Jean-Marie Le Pen se referme sur lui, remontent du fond de la mer qui l’a englouti les stigmates du Front, cette scandaleuse saga dynastique qui permet, comme dans une monarchie absolue, de transmettre le pouvoir de père en fille et même en petite-fille, comme si c’était là, vraiment, la seule façon de donner à la France de 2015 un gouvernement honnête, à l’abri de tout soupçon. Comment ne pas entendre les applaudissements nourris qui saluent chacune des déclarations de Le Pen père, ces propos que Marine ne veut plus entendre parce qu’ils brouillent l’image qu’elle veut donner de son parti, alors même que, parmi ses forces vives, on compte tant de nostalgiques du pétainisme et de l’État français ?

Ce qu’il y a de pire.

Comment ignorer l’emprunt accordé par une banque russe au FN ? Comment se boucher les oreilles quand on apprend que Jean-Marie a un compte en Suisse abondé à hauteur de 2 millions d’euros, ce qui reste à prouver, bien sûr, mais qu’il n’a pas encore démenti et qui est sidérant quand on se souvient des attaques auxquelles le FN se livre contre tous les autres partis qu’il juge corrompus ? Comment ne pas dénoncer un 1er-Mai frontiste qui s’est déroulé dans le désordre et dans la brutalité, ces journalistes que le service d’ordre de l’inoffensive Marine a bousculés et dont il a cassé les caméras, ces « Femen » que ses nervis sont allés chercher sur le balcon d’où elles manifestaient et qu’ils ont frappées puis jetées dehors alors qu’il n’avait ni le droit de pénétrer dans un lieu privé ni d’user de la force contre des citoyennes libres ?

Et on se demande encore si ce parti est fasciste ? Il est ce qu’il y a de pire en France, il a ses milices, ses idées de 1940, cette haine pour tout ce qu’il n’est pas, il est rétrograde, dangereux et tellement arrogant qu’il ne laisse aucun doute sur la manière dont il traiterait les Français s’il avait ne fût-ce qu’une partie du pouvoir. Et c’est par ces gens-là que nous souhaiterions être gouvernés ? On se moque d’autant plus du sort qui sera réservé à Le Pen père que Le Pen fille, quoi qu’elle dise aujourd’hui, serait, au pouvoir, un tyran.

RICHARD LISCIA

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 Responses to Le Pen : l’imposture

  1. NOËT dit :

    Le texte de notre chroniqueur est remarquablement bien écrit et pertinent. Néanmoins, les diatribes de la famille Le Pen sont la copie de celles du parti communiste des années Georges Marchais, n’en déplaise à M. Laurent, lui aussi fils de son père dans une juteuse affaire. Notre classe politique dans sa corruption généralisée a démoli notre République, année par année, prébende par prébende et le plus grave n’est pas le remplacement du PC par le FN mais l’abstention généralisée. La majorité est dans l’abstention et non pas dans un quelconque parti politique. La solution serait de rendre le vote obligatoire et de tenir compte des votes blancs: s’ils sont majoritaires, tous les candidats à la députation ou la présidentielle du deuxième tour seraient éliminés, et un nouveau scrutin devra être organisé pour trouver un élu proche du choix de la majorité des électeurs.

  2. jak40 dit :

    Entre une gauche mollasse prise en otage par l’extrême gauche anti-sioniste et anti capitaliste…(ça ressemble foutrement à ce bon vieil antisémitisme des vieux Lepénistes!) et une droite merdique à la De Gaulle Chirac Juppé et tutti quanti (hormis les Goasguen et autres gentils goyim…) qui a instillé et bâti l’anti-sionisme français honteux…et le Pen à droite toute. Que propose donc R. Liscia, à part son anti-frontisme obsessionnel (bien que justifié par la stérilité du programme et sa faisabilité plus que douteuse) ?

Répondre à jak40 Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.