Béziers : le maire fait des siennes

Ménard : triple forfaiture (Photo AFP)

Ménard : triple forfaiture
(Photo AFP)

Robert Ménard est désormais une célébrité nationale. Ancien président de Reporters sans frontières, il a décidé de se lancer en politique, ce qui l’a conduit à accompagner le Front national dans sa marche victorieuse. Le voici aujourd’hui maire de Béziers, dont la majorité des habitants est hostile à l’immigration. M. Ménard leur montre tous les jours qu’ils ne l’ont pas élu en vain et qu’il prend bien soin de servir leurs intérêts.

ENTRE AUTRES provocations, il a annoncé lundi, lors d’une émission politique sur France 2, qu’il avait fait relever le nombre des élèves musulmans des écoles de sa ville en se servant de leur prénom et qu’il avait pu constater qu’ils représentaient plus de 64 % des effectifs. Cette révélation faisait partie de sa démonstration : comment voulez-vous, a-t-il demandé sous la forme d’une explication, qu’une ville puisse gérer convenablement ses écoles quand le nombre de musulmans y atteint un tel pourcentage?

Convoqué par la police.

Ses propos contenaient une triple forfaiture dont M. Ménard n’a pas mesuré l’effet, tout occupé qu’il était à attirer l’attention sur lui et sans sembler se douter que : premièrement la loi interdit le fichage des gens par religion ; deuxièmement, ce n’est pas parce qu’il y aurait trop de musulmans dans une ville qu’un maire ne peut plus l’administrer ; troisièmement, sa méthode de fichage est plus que douteuse, un nom à consonance arabe ne révélant pas nécessairement que le nommé est musulman et un nom à consonance française n’interdisant en aucun cas à celui qui le porte d’être musulman.

Bien entendu, M. Ménard s’est levé mardi matin avec une gueule de bois. Il comptait bien indigner tous les beaux-penseurs et les politiquement corrects de France et de Navarre, il n’avait pas envie pour autant de rendre des comptes à la justice, comme l’ont exigé aussitôt les organisations de lutte contre le racisme. M. Ménard veut bien être assez courageux pour enflammer un plateau de télévision, il ne pousse pas le sacerdoce jusqu’à avoir des démêlés avec la justice. Il en aura. Il a été convoqué ce matin à l’hôtel de police de Montpellier où il a passé plus d’une heure pour s’expliquer sur un fichage qu’il jure aujourd’hui n’avoir pas mis en place. Dans ce cas, pourquoi l’a-t-il annoncé lundi, sinon pour choquer à bon compte l’opinion, quitte ensuite à se démentir lui-même ?

Une suspension ?

L’effet d’annonce et la rétractation donnent en tout cas une vilaine image du maire de Béziers, qui ne sort pas grandi de l’affaire et dont le maire UMP de Tourcoing, le jeune Gérald Darmanin, par ailleurs étoile montante de l’UMP, réclame la suspension au Premier ministre. L’affaire révèle une sorte de dysfonctionnement démocratique : s’il y a tant de musulmans à Béziers, la logique voudrait que son maire fût musulman et qu’il s’occupât, avec un soin particulier, d’une population qui, je le suppose sans en être sûr, a besoin d’être soutenue. On peut donc s’étonner que M. Ménard, aux élections municipales de l’année dernière, ait remporté une victoire sur la base des idées du Front national. Cela signifie soit qu’il nous dit la vérité et que le FN, dans cette ville, a conquis les coeurs musulmans, soit qu’il ment, ce qui est probable, et que la majorité des Biterrois est d’une autre religion.

RICHARD LISCIA

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