Valls empêtré

L'erreur (Photo S. Toubon)

L’erreur
(Photo S. Toubon)

Manuel Valls ne parvient pas à se débarrasser de cette affaire de voyage à Berlin qui lui colle à la peau et, sans entraver son action, nuit gravement à sa réputation, laquelle, comme celle des jeunes filles autrefois, doit rester immaculée. Il me semble qu’on lui fait un bien gros procès pour une petite faute. Le problème, c’est qu’il n’a rien vu venir.

LE PREMIER MINISTRE a d’abord cru que son absence provisoire du congrès du PS à Poitiers passerait inaperçue. Il n’était pas préparé à des questions sur son voyage à Berlin, il aurait dû l’être. Il a donc refusé de répondre. Puis, devant l’insistance des journalistes, il s’est inventé un « sommet » avec Michel Platini, président de l’UEFA, qui, de toute façon, devait être reçu à l’Élysée aujourd’hui par le président Hollande. Puis, il a invoqué le droit, pour un homme qui travaille autant que lui, à un moment de détente. Il ne s’est jamais expliqué sur le coût du voyage évalué à 15-20 000 euros. Avec une sorte d’entêtement surprenant, il a donc tout fait pour donner à l’opinion l’impression qu’il méprisait les objections et estimait qu’il valait bien la dépense.

Un cadeau aux enfants.

C’est ensuite qu’on a appris que deux de ses fils l’accompagnaient dans son voyage, ce qui ne change rien au prix du vol, mais montre bien qu’il n’était pas vraiment en service commandé et qu’il avait tout simplement envie d’assister à un grand match de foot. Pour l’occasion, il a cédé au désir d’épater ses enfants. Première question : était-ce bien nécessaire, et la réunion du congrès du parti n’excluait-elle pas l’intermède berlinois ? Deuxième question : comment est-il possible que personne, dans son entourage, ne lui ait signalé les risques que son escapade faisaient courir à son image ? Voilà un monde où le moindre geste, le moindre mot est calculé, où des « conseillers » de toute sorte donnent leur avis sur la couleur de la cravate du chef du gouvernement, où l’on est très averti de la pesante présence de médias toujours prêts à décortiquer les comportements de nos dirigeants, et rien n’a été fait pour éviter ce psychodrame ridicule ou pour prévoir une parade ?

Contaminé par le pouvoir.

Manuel Valls, si perspicace qu’il soit, n’est pas à l’abri d’une déficience psychologique qui finit par contaminer tous les gens de pouvoir, lequel, comme chacun sait, corrompt énormément. Il dispose de l’exceptionnelle capacité à décider pour ses électeurs et, du coup, il constate qu’il lui suffit de donner un ordre pour que l’on mette un avion à sa disposition. Il aurait dû se souvenir de Nicolas Sarkozy, dont la soirée au Fouquet’s, le soir de son élection à la présidence de la République, a ruiné la réputation et a mis mal à l’aise ceux qui avaient voté pour lui. L’opinion, exténuée et déçue, exige aujourd’hui de ses gouvernants la plus grande humilité. Celle-ci, visiblement, est incompatible avec l’exercice du pouvoir. Malgré les difficultés politiques, les attaques de ses ennemis de droite ou de gauche, la complexité inextricable des affaires du pays, le sentiment de sa propre puissance est le plus fort, aveugle le Premier ministre, le conduit à croire qu’il peut passer en force, un peu comme si, pour un voyage aux frais du contribuable, il faisait jouer le 49-3.
C’est l’impasse. Rembourser la somme reviendrait à céder aux réclamations de la droite et n’effacerait pas complètement l’erreur de jugement. Seul le temps peut estomper l’affaire.

RICHARD LISCIA

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