Opération enfumage

Sous la bonhomie, le cynisme (Photo AFP)

Sous la bonhomie, le cynisme
(Photo AFP)

Plus le gouvernement apporte des explications sur la retenue de l’impôt à la source, moins c’est clair. Ce matin, Michel Sapin, ministre des Finances, anéantissait les commentaires de certains représentants de la majorité qui laissaient entendre qu’il y aurait une année « blanche », c’est-à-dire sans impôts. Non, a dit M. Sapin, mais alors cela signifie-t-il qu’en 2018 nous paierons deux fois ? Mystère.

LA VÉRITÉ est que le gouvernement, sans doute pour échapper à la polémique sur son deuxième recours à l’article 49-3 de la Constitution, s’est livré à un effet d’annonce propre à déminer la situation. La stratégie de l’exécutif n’a jamais paru aussi claire. Manuel Valls poursuit les réformes qu’il considère comme nécessaires, il gouverne. François Hollande, lui, se consacre entièrement à sa réélection. On lui pardonnerait presque son mensonge quand il affirme qu’il est seulement au service du pays, que la différence entre lui et les autres, c’est que lui est président et les autres candidats. Mais quand il ne voit rien de plus urgent que de se rendre aux 24 heures du Mans (où il a été hué), quand il parcourt la France de village en bourg et bientôt en hameau, quand il nous raconte sa fable, peut-être la plus abusive, sur le temps de la redistribution qui serait enfin venu, alors que nos progrès dans le redressement des comptes sont très insuffisants, on est agacé.

Une campagne électorale permanente.

Le président n’est pas directement responsable de la réduction de la durée du mandat présidentiel, voulue par Lionel Jospin et acceptée par Jacques Chirac (qui ne s’y serait pas opposé sans avoir l’air d’un homme qui chipote sur deux ans supplémentaires de pouvoir, à son avantage). Mais il faut bien admettre que le quinquennat est si court qu’il se transforme en campagne électorale permanente. Alors, qu’importe si tant de dossiers restent en suspens, qu’importe si nous n’avons pas entamé le chômage, qu’importe si la crise grecque risque de nous entraîner dans un terrible naufrage, qu’importe si nous n’avons pas de politique d’immigration pendant que des centaines de milliers de damnés de la terre débarquent sur les côtes méridionales de l’Europe ! L’essentiel, c’est que François Hollande, en dépit d’une impopularité record, améliore ses chances pour 2017. De nouveau, il y croit dur comme fer, un peu comme il croyait à l’inversion de la courbe du chômage. Mais qu’est-ce qui le prive du scepticisme que devrait nourrir la réalité des faits et des chiffres ?

Danger pour l’opposition.

Sans doute la relative faiblesse de l’opposition : Nicolas Sarkozy aussi croit à ses chances, alors qu’il n’a jamais été aussi critiqué dans son propre camp. Ensuite, M. Hollande fera toutes les annonces possibles et imaginables, prendra toutes les décisions populaires qui le rendront plus aimable aux yeux des Français, quel qu’en soit le prix pour la collectivité, quel qu’en soit le résultat, pour parvenir à ses fins. On feint de ne pas voir que le système des retraites est déficitaire, donc on ne le réformera pas avant la fin du mandat. On annonce que l’on va augmenter les fonctionnaires, de manière à récupérer l’électorat naturel de la gauche, mais on se garde bien de chiffrer une mesure ruineuse pour l’État, dès lors que l’on refuse de réduire les effectifs de la fonction publique. On se présente comme un grand réformiste en procédant à une réforme fiscale qui ne porte que sur la méthode de perception des recettes ; laquelle, en elle-même, contient la possibilité d’augmenter la CSG.
Sous la bonhomie du président, il y a beaucoup de cynisme que les coups de l’adversité, mais aussi les errements de sa gouvernance, expliquent partiellement. Tous ceux qui, à gauche ou à droite, se dressent contre lui, ne doivent pas perdre de vue qu’il sera un combattant redoutable, qu’il leur réserve quelques surprises susceptibles de le rendre plus populaire et quelques stratagèmes, comme la retenue de l’impôt à la source, qu’il va multiplier.

RICHARD LISCIA

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Une réponse à Opération enfumage

  1. POCHARD dit :

    Merci pour votre commentaire, qui est empreint d’une lucidité remarquable.

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