Grèce : ce qu’il faut comprendre

Tsipras : traitement idéologique de la crise (Photo AFP)

Tsipras : traitement idéologique de la crise
(Photo AFP)

Je note des réactions parfois outragées à mes diverses analyses relatives à la Grèce. D’aucuns me font même la leçon en m’expliquant que les Grecs « n’ont pas commis de crimes contre l’humanité ». Je ne me souviens pas avoir écrit qu’il fallait créer un tribunal de Nuremberg pour les juger. Je suis parfaitement conscient de leur souffrance. Je ne crois pas pour autant que leur gouvernement actuel sert leurs intérêts.

POUR ME COMPRENDRE, il faut avoir lu les articles qui ont précédé celui que j’ai intitulé « La Grèce, ce poison ». La Grèce emprunte sur les marchés et auprès des institutions internationales depuis des décennies. L’idée, quand on prête de l’argent à quelqu’un, c’est qu’il s’en serve pour assainir ses finances et parvenir un jour à ne plus emprunter. Ce n’est pas le cas de la Grèce qui a pris, sous tous ses gouvernements, des mesures sociales extrêmement avantageuses, comme la retraite à 50 ans pour certaines professions et s’est montrée incapable de lever l’impôt, notamment la TVA et les taxes foncières et immobilières. L’équipe d’Alexis Tsipras vient de l’extrême gauche. On pouvait espérer qu’elle serait capable de taxer les riches, les armateurs et l’Église. Elle ne l’a pas fait. Pendant cinq mois, elle a demandé des rallonges, une annulation partielle ou totale de sa dette (300 milliards d’euros). On satisferait ses revendications que sa dette augmenterait encore, si c’est concevable.

Un traitement purement idéologique de la crise.

Personne ne croit d’ailleurs qu’elle remboursera un jour. Les pays de la zone euro envisagent un rééchelonnement de la dette grecque sur quarante ans. La France, je le rappelle, a emprunté des sommes élevées pour les prêter à la Grèce. Cela signifie que, dans notre endettement, une partie représente un effort en faveur de la Grèce qui ne nous vaut pas exactement sa gratitude. M. Tsipras, depuis qu’il est au pouvoir, ne s’est guère attardé sur des codicilles, des chiffres ou des virgules, comme le croit un estimé correspondant. Il a fait de la politique. Son traitement de la crise a été purement idéologique et il se définit comme suit : vous nous demandez des sacrifices intolérables, vous nous traitez en parias, le Fonds monétaire international est un organisme criminel, nous demandons de l’argent sans conditions, sinon c’est vous qui souffrirez, car un défaut de la Grèce aboutirait à un démantèlement de la zone euro.

Un chantage pur et simple.

Est-ce excessif d’assimiler cette méthode à un chantage pur et simple ? Est-il normal qu’un pays en faillite pose ses conditions à l’Europe tout entière ? M. Tsipras s’appuie-t-il sur une position forte ? Il était donc logique de le laisser aller au bout de sa périlleuse politique en lui montrant qu’un défaut de son pays n’entraînerait pas le chaos en Europe. Donc, pour le moment, tout va bien. Ensuite, il y a la menace grecque d’un référendum. Ah, certes, les Grecs sont un peuple souverain. Beaucoup, parmi eux, veulent que la Grèce sorte de l’euro. Nous ne pouvons pas les en empêcher. Mais nous n’avons pas d’autre choix que de leur prouver que, sans eux, nous irons bien. D’ailleurs, comme souvent en politique, la menace du référendum a plus d’importance aux yeux de M. Tsipras que le référendum lui-même. Les Européens n’ont pas perdu le contact et les négociations continuent. Pourquoi ? Parce que le gouvernement grec a peur de sa propre audace et s’il peut annoncer un « accord acceptable », il préfère cette solution à la politique du bord de l’abîme qu’il ne cesse de pratiquer depuis cinq mois.
Par ailleurs, j’espère que nous, Européens et plus particulièrement nous, Français, sortirons indemnes de cette crise. Mais je n’en suis pas sûr. Il y a une part d’irrationnel dans les marchés et les spéculateurs risquent de prendre prétexte de la crise grecque pour attaquer l’Italie, puis la France, terriblement endettée elle aussi. À tous les angelots qui, le coeur sur la main, me rappellent le devoir de solidarité avec la Grèce, l’approche humaniste de cette crise, la prise en compte des difficultés auxquelles est confronté le peuple grec, je réponds que les Européens ont tenté d’expliquer aux Grecs que le plus important pour eux, c’est qu’ils cessent d’emprunter. Et pour y parvenir, il faut qu’ils dégagent un excédent budgétaire. C’est la seule vraie condition qu’ils ont mise pour renflouer la Grèce, tout de suite pour qu’elle continue à respirer et aussi au niveau de son endettement colossal pour des sommes dont nous ne verrons jamais plus la couleur.

RICHARD LISCIA

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3 Responses to Grèce : ce qu’il faut comprendre

  1. phban dit :

    Je suggère que tous les angelots fassent glisser leur main de leur cœur vers leur portefeuille et se cotisent pour rembourser les dettes des malheureux Grecs, dans un magnifique élan humaniste … et concret.

  2. Num dit :

    100% d’accord avec vous.
    Si vous avez un ami inactif à qui vous avez prêté de l’argent pendant des années pour prendre des vacances au bout du monde et s’acheter des voitures de luxe, et qu’il venait vous expliquer que non seulement il ne vous rendra pas votre argent mais qu’en plus il veut vous demande de lui en prêter de nouveau pour maintenir son train de vie incompatible et enfin en vous reprochant en sus votre manque de générosité, je ne pense pas que vous accepteriez. Avec bon sens, vous lui conseillerez de réduire son train de vie et de trouver du travail
    C’est pareil avec la Grèce. Toute autre position n’est qu’ignorance ou hypocrisie.

  3. JMB dit :

    Le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz déclare récemment au Times que la “troïka” (FMI, Commission européenne, Banque centrale européenne), par son action depuis 2010, a eu « une forme de criminelle responsabilité pour avoir causé une récession majeure ». « la première étape devrait être pour la troïka de faire un douloureux pourtant évident aveu: “l’austérité n’a pas marché” ».
    Un autre prix Nobel d’économie, Paul Krugman, écrivait dès 2012: « Donc, la Grèce, non sans péchés, est principalement dans les ennuis à cause de l’arrogance des technocrates européens, la plupart de pays plus riches, qui se sont convaincus qu’ils pourraient faire fonctionner une monnaie unique sans un gouvernement unique. Et ces mêmes technocrates ont rendu la situation encore bien pire, en prétendant contre toute évidence, que tous les troubles de la devise européenne auraient été causés par un comportement irresponsable des Européens du Sud, et que tout allait seulement s’arranger si ces peuples étaient prêts à souffrir encore un peu plus. » Récemment, il écrivait qu’ «en cas de victoire au référendum, le gouvernement grec aura les pleins pouvoirs, fort d’une légitimité démocratique qui, je pense, a toujours son importance en Europe. (Si tel n’est plus le cas, il faut que, cela aussi, nous le sachions). »
    Une vision optimiste.
    En 1992, le Danemark rejette le traité de Maastrich: il obtient ensuite des “exceptions”. Mais en 2005, la France puis les Pays-Bas rejettent la Constitution européenne élaborée par un comité Théodule et non par une assemblée constituante élue préalablement comme il est de règle en démocratie. Le référendum danois prévu pour septembre 2005 est alors annulé. Les technocrates de Bruxelles s’assoiront en 2008 sur le résultat négatif du référendum irlandais sur le traité de Lisbonne.
    La légitimité démocratique n’a déjà plus d’importance en Europe.
    Après la Seconde guerre mondiale, la Grèce reçoit des réparations de la part de l’Italie et la Bulgarie, et non de l’Allemagne qui l’a brutalement occupée de 1941 à 1945. Au contraire, l’Allemagne de l’Ouest obtient en 1953 un défaut de paiement: annulation d’environ 50% de la dette, moratoire de cinq ans, rééchelonnement pour le paiement du solde, les annuités étant limitées à 5% du revenu de ses exportations. Des antécédents qui méritaient bien de devenir un donneur de leçon.

    Réponse
    La dette ne sera pas remboursée. Encore faut-il que la Grèce finisse un jour par ne plus emprunter. Pour cela, elle doit percevoir des impôts et non compter sur les Européens pour vivre.Je veux bien que les Européens aient leurs torts, principalement parce qu’ils ont intégré la Grèce dans la zone euro sans avoir examiné ses comptes. Mais le traitement qu’ils lui ont infligé a donné d’excellents résultats, notamment en matière d’équilibre budgétaire et de croissance, jusqu’à la fin de 2014. Au début de cette année, le nouveau gouvernement de M. Tsipras a décidé d’en finir avec l’austérité. Très bien. Vous pourrez juger vous-même des résultats dans quelques jours, pour autant que les Grecs votent non, ce qui n’est pas sûr. Quant aux Stiglitz et Krugman, ils se sont fait une spécialité de dire partout et tout le temps que la dette n’est pas un danger et que les « institutions » sont criminelles. C’est tellement vrai que l’Espagne, le Portugal et l’Irlande sont en train de sortir de la crise. Ils sont Nobel, mais ils sont très isolés. Et le bon sens, alors? Je veux bien que vous ayez un avis totalement opposé au mien, mais il y a une cohérence dans ce que j’écris et je n’y renoncerai pas, surtout face à des arguments déjà invoqués depuis longtemps par les ennemis de l’intégration européenne, idéal que je continuerai pour ma part à soutenir. Et, si vous voulez bien, on arrête ce dialogue, car toutes les bonnes choses ont une fin. Il me semble que vous vous êtes largement exprimé sur la Grèce et plusieurs fois de surcroît.
    R.L.

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