Sur la chaleur

Il fait chaud, certes (Photo DR)

Il fait chaud, certes
(Photo DR)

On voudrait ignorer la chaleur en particulier et le temps qu’il fait en général, pour une raison évidente : la météo n’a, ou ne devrait avoir, aucune influence sur l’évolution des idées. Force est néanmoins de reconnaître qu’elle en a parce qu’elle provoque des changements dans les comportements.

COMME CHACUN sait, il est impossible de tirer des conclusions sur le réchauffement climatique à partir d’un épisode qui reste court par comparaison avec le temps annuel, décennal ou centennal. On fera donc les comptes à la fin de l’année, même s’ils ne sont pas eux-mêmes concluants. De toute façon, si la chaleur nous incite à lutter contre l’effet de serre, c’est un pas positif. En attendant, il ne faut peut-être pas exagérer ce coup de chaleur accablant, même si, comme les impôts ou le chômage, il complique notre vie et accroît nos incertitudes.

La France, pays au climat tempéré…

C’est l’été, il fait chaud, trop chaud, mais le temps fera son oeuvre, c’est-à-dire que, tôt ou tard, il nous libérera de l’enfer, fût-ce provisoirement. Le moment n’est pas trop éloigné où nous nous plaindrons du froid.
On ne niera pas, en tout cas, que cette vague de chaleur est exceptionnelle. Elle occupe les conversations, elle se traduit par des dysfonctionnements de la société. De grosses coupures de courant sont constatées, qui sont particulièrement intolérables pour les hôpitaux et la chaîne du froid. Des voyages en train sont ralentis. Des personnes âgées sont en danger. Feindre que tout ça n’est que péripétie est un déni de la réalité.
La France, pays au climat tempéré, se repose sur sa réputation. N’ayant jamais prévu des neiges trop abondantes ou des températures qatariennes, elle leur est particulièrement vulnérable. On ne cesse de louer le Canada où les blizzards n’empêchent pas les avions de voler et les voitures de rouler. Mais c’est le mode de vie d’un pays nordique. Tout est prévu pour l’excès météorologique, pas chez nous. Il s’ensuite une litanie des complaintes axées, pour la plupart, sur l’incompétence d’un gouvernement qui ne sait pas nous protéger contre les agressions du chaud et du froid. Pour le peuple, il est toujours bon de trouver un bouc émissaire. On n’implore plus Dieu, autrefois invoqué par les paysans victimes de la sècheresse, on s’en prend à des gens qui, ayant sur nous les pouvoirs que nous leur avons conférés, deviennent les victimes expiatoires des abus de la météo.

S’inquiéter de tout.

Ajoutez à cela la tendance des Français à s’inquiéter de tout, y compris d’un climat anormal que l’on peut rationnellement attribuer aux violences que nous exerçons collectivement sur la nature et qui nous conduit à adopter de bonnes résolutions, lesquelles seront vite oubliées quand une température plus clémente nous apportera enfin un soulagement. Ah ! Mais c’est que nous sommes menacés, par le terrorisme, par la crise de l’euro, par la météo, par tout ce qui nous arrive et sur quoi nous n’avons pas la moindre influence sinon en nous privant de ce par quoi nous sommes intoxiqués, l’usage de la voiture ou celui de l’avion, l’accumulation hallucinante des déchets de la société de consommation, la suffocation par les sacs plastiques, et j’en passe…

RICHARD LISCIA

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