Et la France, dans tout ça ?

Hollande : ambiguïté (Photo AFP)

Hollande : ambiguïté
(Photo AFP)

On se perd en conjectures sur la position de la France dans la crise grecque. Elle n’est pas claire, c’est le moins qu’on puisse dire. François Hollande, qui lui consacrerait tout son temps, nous dit seulement qu’il fait tout pour que la Grèce reste dans la zone euro. D’un point de vue tactique, c’est déjà donner un avantage à Alexis Tsipras dans la négociation. Le Premier ministre grec joue son va-tout sur le thème : « Donnez-moi tout ce que je demande ou je ferai un malheur ». La vraie raison pour laquelle M. Hollande temporise, c’est qu’il a peur pour la France elle-même.

LA FRANCE n’est pas bien placée pour faire valoir son point de vue. Elle n’est pas le pays exemplaire de la zone euro. Elle est très en retard dans la réduction de ses déficits publics et sa dette équivaudra à 100 % de son produit national brut (PIB) avant la fin de l’année. Pour le moment, le service de la dette française (environ 44 milliards par an) ne pèse pas excessivement sur les comptes grâce à une baisse vertigineuse des taux d’intérêt. Celle-ci a été obtenue par l’injection d’énormes liquidités dans le système bancaire européen par la Banque centrale européenne (BCE). Le président devrait cultiver son amitié avec Mario Draghi, président de la BCE, et lui tresser des lauriers : il a permis à la France de garder son système social. Mais, du même coup, cette situation exceptionnelle de taux très bas, ne fait pas de la France un modèle de rigueur budgétaire. Parmi ceux qui soutiennent Alexis Tsipras ou, en tout cas, qui préconisent de garder la Grèce dans la zone euro, il y a, en général, ceux dont les comptes sont mauvais, même s’ils ne sont pas aussi catastrophiques que ceux de la Grèce.

L’intérêt de la France, c’est le statu quo.

La France a donc tout intérêt au statu quo, c’est-à-dire à un compromis avec la Grèce qui permettrait à celle-ci de garder la monnaie unique. M. Tsipras n’a guère aidé M. Hollande en décidant de procéder à un référendum, en militant pour le « non », en fermant les banques grecques (jusqu’à la semaine prochaine). Non seulement il a aggravé les souffrances des Grecs sous le prétexte de les alléger, mais il fallait toute la subtilité française pour estimer que le référendum traduisait un « non » à l’austérité, et pas un « non » à l’euro. Cela, pourtant, revient au même : l’euro ne peut exister que sur la base de comptes apurés ou en voie d’apurement. Les pays baltes, la Slovaquie, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, l’Italie et la France ont tous mis en place un plan de réduction de la dépense publique. La différence entre d’une part la France et la Grèce, et d’autre part tous les autres, c’est que, pour nous et les Grecs, les prestations sociales ont été maintenues (ou augmentées par le gouvernement Tsipras, sans que de nouveaux impôts aient été mis en place). C’est pourquoi la Grèce a fait faillite, c’est pourquoi la France est extrêmement vulnérable.

L’heure de vérité.

On ne peut pas parler de destin commun entre la France et la Grèce, mais on peut parler de quelques similitudes dans les comportements. Voici venue l’heure de vérité : l’Allemagne et les pays qui ont remis de l’ordre dans leurs affaires n’ont rien à craindre d’un « Grexit ». Ils présentent des garanties qui leur permettent d’emprunter à des taux très bas. La France, l’Italie et l’Espagne seraient, en cas de sortie de la Grèce, la cible immédiate des marchés qui augmenteraient les taux d’intérêt pour nous, élevant ainsi le service de la dette et ruinant tous nos espoirs de revenir à l’équilibre budgétaire dans un délai raisonnable. Si M. Hollande ne pense qu’à la Grèce, il a raison. Elle peut lui faire perdre l’élection de 2017 encore plus sûrement que le chômage.
Tout cela ne se présente pas bien. Pratiquement, il faudrait un miracle pour que l’affaire s’arrange. Les Grecs vont faire une offre sur laquelle les Européens trancheront dimanche au plus tard. Le problème, c’est qu’ils veulent une aide d’urgence, relayée par une aide à court et long terme (ils ont besoin de quelque 50 milliards pour les trois ans à venir) et qu’ils exigent en même temps l’effacement de 100 des 320 milliards de leur dette. Pour obtenir ces avantages considérables, il faut qu’ils prouvent qu’ils vont lever l’impôt, réduire le montant des retraites, diminuer le nombre des fonctionnaires, établir une fiscalité foncière et immobilière. Quarante pour cent des salariés grecs sont des fonctionnaires. Je ne vois pas comment ils pourraient faire des propositions crédibles. Mais tout est politique et il suffirait que les Allemands se prétendent séduits par le plan Tsipras.

RICHARD LISCIA

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2 Responses to Et la France, dans tout ça ?

  1. Herve Manchet dit :

    Certes, les Grecs ne sont pas parfaits côté gestion, mais le problème qui se pose est plutôt d’observer expérimentalement si le piège de la dette (aux mains de sociétés financières, et chez nous depuis VGE) va fonctionner, et jusqu’où!
    Qu’un homme politique comme Tsipras déterminé à refuser l’asphyxie de son pays par ce dispositif le réfute c’est interessant puisque nous sommes pris dans le même piège. Que l’Allemagne s’en tire mieux pose question. Ne reviendrait elle pas victorieuse par la bande après la défaite de la Seconde Guerre mondiale?
    Il n’y a guère qu’en Allemagne qu’on peut se permettre le luxe de réfuter les dangers majeurs que sont l’utilisation inconsidérée du nucléaire, l’exploitation des contribuables par les smartmeters tel Linky (parce que conformément à la réglementation européenne, le consommateur y serait perdant pour ne pas dire grugé, ce qui évite opportunément bien des risques sanitaires et le débat sur ces dangers d’ailleurs). Il n’y a qu’en Allemagne que la sécurité sociale est en solde positif, que les médecins sont bien honorés et suffisamment fédérés dans un grand syndicat.
    Ces exemples montrent qu’en matière de santé on a gardé la tête sur les épaules!
    En France, non seulement nous sommes mortellement endettés, mais cette situation qui favorise l’indigence et la collusion des dirigeants public/privé au mépris de la santé de la population laissant la place à des gestionnaires psychopathes et irresponsables nous rapproche encore plus du désastre sanitaire majeur qui est en train de se dérouler: irradiation tous azimuts de la population par les microondes et de plus, destruction inexorable du territoire par le stockage inconsidéré de déchets nucléaires hautement radioactifs comme à Solérieux entre autres. Ces quelques exemples montrent que tout est en place pour la réelle destruction de notre pays.
    Alors bien entendu, c’est intéressant d’observer si on peut encore résister à une ruine totale qui le condamnerait inexorablement à une mort lente et implacable, le privant de toute possibilité de résistance a l’entropie psychopathique des irresponsables aux mains libres qui ne connaissent que les profits financiers, quitte à tuer leurs semblables!

  2. tibault Immo dit :

    Hello, un post assez sympa. Du bon boulot.

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